On se souvient tous de la vague 3D qui a déferlé il y a une dizaine d’années. Entre les téléviseurs et les tentatives comme le 3D Vision de Nvidia, la promesse était belle mais la réalité souvent décevante : lunettes encombrantes, perte de luminosité, migraines… Bref, un gadget vite oublié. Aujourd’hui, Samsung retente l’aventure avec l’Odyssey 3D (G90XF), un moniteur gaming qui promet une 3D immersive, sans aucune lunette.
Alors, simple coup de poker marketing ou véritable révolution pour le jeu vidéo ? On a passé au crible cette bête de course vendue à près de 2 000 euros à sa sortie. Accrochez-vous, le voyage est impressionnant, mais non sans turbulences.
Découvrir le Samsung Odyssey 3D
Un design qui ne laisse pas de marbre
Pour commencer, sortons la bête de son carton. Côté design, Samsung ne déçoit pas. L’Odyssey 3D en impose sur un bureau avec sa dalle de 27 pouces et ses lignes épurées et futuristes. On retrouve l’éclairage CoreSync à l’arrière, qui synchronise les couleurs avec l’action à l’écran, un classique de la gamme Odyssey. La qualité de fabrication est au rendez-vous, le pied est stable et les réglages ergonomiques (hauteur, inclinaison) sont présents. C’est un bel objet, sans aucun doute.
La connectique, en revanche, est un peu chiche pour un écran de ce calibre : deux ports HDMI 2.1, un DisplayPort 1.4 et un port USB-A 3.1. On aurait apprécié un port USB-C ou un DisplayPort 2.1 pour assurer l’avenir, surtout à ce tarif. Il faut également noter une petite contrainte ergonomique : si l’écran est réglable en hauteur et s’incline, il est impossible de le faire pivoter sur les côtés. Enfin, détail crucial, la connectique inclut un port USB-B qu’il est obligatoire de relier à votre PC pour que toute la partie 3D et le suivi oculaire soient fonctionnels.
Avant la 3D, un excellent moniteur 2D
Avant même d’activer la magie de la 3D, il est crucial de juger l’Odyssey 3D comme un moniteur classique. Et sur ce point, c’est quasi un sans-faute. On a affaire à une dalle 4K (3 840 x 2 160 pixels) qui grimpe jusqu’à un taux de rafraîchissement de 165 Hz, avec un temps de réponse de 1ms.
En clair, l’image est d’une finesse appréciable et la fluidité en jeu est exemplaire. Les couleurs sont vives, le contraste est bon, et la compatibilité HDR offre un vrai plus dans les jeux et les films qui le gèrent. Pour le gaming compétitif ou pour profiter de ses jeux en solo avec des graphismes poussés au maximum, c’est un excellent client. Mais ce n’est pas pour ses performances 2D qu’on l’achète, n’est-ce pas ?
Les compromis physiques d’une dalle 3D
Si la qualité d’image en 2D est indéniable, la technologie 3D impose des contraintes physiques à la dalle qui ne sont pas sans conséquences. L’écran est protégé par une vitre épaisse qui, malheureusement, se transforme en véritable miroir. Même dans une pièce à la luminosité contrôlée, les reflets sont bien plus présents que sur une dalle brillante classique (et explique la difficulté à avoir des photos exploitables de l’écran).
Plus gênant encore, les angles de vision sont très limités. Même parfaitement en face de l’écran, on constate que les quatre bords de l’image sont légèrement assombris, comme s’ils étaient dans l’ombre. C’est un défaut qui, pour une utilisation bureautique ou créative, peut s’avérer rédhibitoire et qui explique pourquoi cet écran se destine avant tout au jeu.
L’effet « Waouh » : plongée au cœur de la 3D sans lunettes
C’est ici que l’Odyssey 3D doit faire ses preuves. La technologie embarquée est complexe : une double caméra suit en permanence la position de vos yeux, tandis qu’un panneau à lentilles lenticulaires placé sur la dalle dirige une image légèrement différente vers chaque œil.

Alors, ça donne quoi en jeu ?
Le résultat est plutôt bluffant et spectaculaire… quand ça fonctionne. Dans un jeu officiellement compatible, l’effet de profondeur est saisissant. Les objets semblent littéralement sortir de l’écran, les environnements gagnent une dimension palpable, et l’immersion est décuplée. Le plus impressionnant, c’est l’absence quasi totale de ghosting (dédoublement d’image), le fléau des anciennes technologies 3D. On peut bouger la tête, le suivi oculaire ajuste l’image en temps réel et l’effet reste stable. La première heure de jeu est une véritable claque visuelle.
Mais qu’en est-il des vidéos ? Le logiciel Reality Hub peut convertir à la volée un film ou une vidéo YouTube. L’effet est présent, mais souvent moins maîtrisé que sur un jeu natif. Il arrive que l’intelligence artificielle se trompe de sujet, mettant en relief un arbre à l’arrière-plan plutôt que la neige qui tombe au premier plan, créant un effet de diorama parfois étrange.

Le revers de la médaille : un écosystème encore balbutiant
Passé l’émerveillement, on se heurte malheureusement vite à la dure réalité. La technologie est impressionnante, mais son écosystème est encore à l’état de chantier.
Le talon d’Achille : la compatibilité des jeux
C’est LE gros point noir de cet écran, et le point qui a le plus fait grincer des dents à sa sortie. Au moment de notre test, la liste des jeux officiellement supportés était, soyons honnêtes, famélique. Une petite dizaine de titres seulement était pris en charge par l’Odyssey 3D, cette liste comprenait : The First Berserker: Khazan, Lies of P, Stray, Dragon Ball Z: Kakarot, Little Nightmares II, F.I.S.T.: Forged In Shadow Torch, Bob l’éponge : The Cosmic Shake, Wigmund, Disney Epic Mickey Rebrushed, Les Schtroumpfs : l’épopée des rêves, Palworld, Grand Theft Auto: The Trilogy – The Definitive Edition (qui inclut les versions remastérisées de Grand Theft Auto III, Grand Theft Auto: Vice City et Grand Theft Auto: San Andreas).
Autre difficulté, le fait de pouvoir accéder à un jeu via le Xbox Game Pass ne garantit pas qu’il sera compatible avec votre écran. C’était notamment le cas avec Palworld lors de notre test, qui n’était pas reconnu par le logiciel qui accompagne l’Odyssey 3D.

Cependant, il faut reconnaître que Samsung a travaillé sur le sujet durant l’été. Lors de la Gamescom 2025, le constructeur a annoncé que le catalogue du Odyssey 3D Hub dépassait désormais les 25 titres*, avec un objectif de plus de 50 jeux d’ici la fin de l’année.
Cette croissance s’explique par des partenariats officiels avec des studios comme Nexon ou Neople. On voit donc arriver des titres très attendus et optimisés nativement pour cette 3D, comme le DLC Lies of P: Overture, MONGIL: STAR DIVE ou encore Stellar Blade.

Malgré ces ajouts bienvenus, le problème de fond demeure : on ne peut toujours pas lancer la majorité de sa bibliothèque Steam en profitant d’une 3D parfaite. La sélection reste limitée et dépend du bon vouloir des développeurs.
*La liste actuelle comprend les jeux suivants : Khazan: First Berserker, Lies of P, Stray, Dragon Ball Z: Kakarot, Little Nightmares II, F.I.S.T.: Forged in Shadow Torch, Bob l’éponge : The Cosmic Shake, Wigmund, Grand Theft Auto: The Trilogy, Grand Theft Auto: San Andreas, Grand Theft Auto: Vice City, Disney Epic Mickey Rebrushed, Les Schtroumpfs – Dreams, PALWORLD, Dragon Ball Sparking! ZERO, Minecraft Dungeons, Tekken 8, The King of Fighters XV, Hogwarts Legacy : L’Héritage de Poudlard, FINAL FANTASY VII REMAKE INTERGRADE, Black Myth: Wukong, Senua’s Saga: Hellblade II, SILENT HILL 2, Persona 3 Reload, The Outlast Trials, Grounded, Pacific Drive et PAYDAY 3.
Reality Hub, le logiciel qui divise
Le fameux Reality Hub est la tour de contrôle de l’expérience 3D. Malheureusement, le logiciel est perfectible en se montrant parfois instable. Il manque de clarté et la conversion 2D-3D pour les jeux non supportés est non seulement peu efficace, mais aussi extrêmement gourmande en ressources.
Attention cependant, il vous faudra une véritable machine de guerre pour en profiter pleinement. La 3D, surtout en 4K, demande une puissance de calcul phénoménale. Ne pensez même pas vous lancer dans l’aventure sans une carte graphique très haut de gamme.
Une fatigue oculaire à ne pas sous-estimer
Si l’immersion est réelle, elle a un coût physique. Jouer en 3D demande un travail d’accommodation constant de la part de vos yeux et de votre cerveau. Habitué à passer de longues heures devant un écran, j’ai relevé une fatigue oculaire plus prononcée qu’avec un écran classique. Elle apparaît assez rapidement (une heure de jeu dans mon cas) et crée une sensation comparable à un effort musculaire pour maintenir la concentration sur l’image en relief. Un facteur à prendre en compte pour les longues sessions de jeu.
Que fait la concurrence ? Le duel face à l’Acer SpatialLabs View
L’Odyssey 3D n’est pas seul sur ce créneau naissant. Son concurrent le plus direct est l’Acer Predator SpatialLabs View 27. Proposé au même prix, il offre une expérience 3D très similaire. Son principal avantage ? Une bibliothèque de jeux compatibles bien plus fournie. En revanche, il fait l’impasse sur le HDR et son design est un peu moins premium que celui du Samsung. D’autres acteurs comme Lenovo et Sony proposent des écrans similaires, mais ils visent un public professionnel avec des tarifs encore plus élevés.
Prix et disponibilité du Samsung Odyssey 3D
Lancé juste sous la barre des 2 000 euros, l’écran Odyssey 3D (G90XF) de Samsung se trouve désormais autour de 1 700 euros.
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