Test

[Test] Star Wars : Battlefront II [PC, PS4, XBO]

Jeux Vidéo

Par firoste le

Avant même de sortir, le nouveau Battlefront a fait l’objet de toutes les opprobres. En cause : son système de microtransactions, très (trop) influent sur le gameplay, pervertissant l’effort de progression en logique pay-to-win. Electronic Arts serait-il passé du côté obscur ? Face à la fronde grandissante, l’éditeur a préféré retropédaler en gelant, temporairement, ses microtransactions et ainsi permettre à tout le monde d’apprécier le jeu pour ce qu’il est. Premier verdict, après la tempête.

Quelques mots d’abord sur le solo. Critiqué pour l’avoir évité sur le précédent Battlefront, DICE se rattrape en livrant une campagne de durée standard (5-6 heures), où la scénarisation et les échos aux sagas filmiques sont au premier plan. Choix narratif intéressant : le jeu se penche sur les événements qui surviennent juste à la fin du Retour du Jedi, et suit les batailles entre les deux blocs, peu de temps après la chute de l’Empereur. Si le jeu nous donne le droit d’incarner quelques unes des icônes de la saga, il se focalise sur un personnage inventé de toutes pièces : une espionne à la solde de l’Empire, Iden Versio, qui a pour mission d’aider le nouvel Empire à se construire. Endor, Naboo, Jakku : la plupart des décors de toutes les trilogies servent de cadres à des missions qui, si elles reproduisent le même schéma de batailles à grande échelle que le multi, lorgnent souvent vers de l’infiltration, Versio pouvant se servir de gadgets, dont un mini-droïde flottant pour assommer l’ennemi ou pirater certains systèmes informatiques.

Plutôt plaisante à jouer au début, la campagne miroite surtout la grande Force du jeu : nous plonger dans l’ambiance des films avec un art de la fidélité, du rythme sans temps mort, et de la séduction visuelle, à commencer par ses décors, d’une beauté à tomber par terre. Malheureusement le scénario, qui ne fait rien de l’ambivalence de son personnage principal, est tellement indigent qu’on finit vite par décrocher, avant un final aberrant de nullité. Ajoutées à cela, des fusillades et courses poursuites insipides, doublées d’une progression en couloir qui ne permet jamais vraiment de profiter des décors monumentaux que DICE s’est acharné à modéliser, preuve d’un énorme gâchis dispendieux qui n’a pas compris l’intérêt de son expérience de jeu. Non vraiment, Iden Versio et sa clique méritaient mieux qu’un traitement aussi expéditif.

[nextpage title=”J’ai un mauvais pressentiment”]

Poursuivant dans la même voie que le premier Battlefront, DICE adopte une philosophie multijoueur plus grand public et édulcorée de ses acquis posés avec Battlefield, misant tout sur son fan-service et l’immersion en décors mythiques. Au niveau des modes de jeu (5 en tout), on se réjouit de voir la réapparition d’un mode Rush à objectifs évolutifs (Assauts Galactiques), et l’arrivée d’un mode spécialement dédié aux combats spatiaux. Si ces derniers n’ont rien de mémorables, leur spectacle est tel qu’on les apprécie juste comme snack pour les mirettes entre deux batailles pédestres. Côté gameplay, DICE a décidé de changer quelque peu les éléments de sa meta. Cette fois, l’infanterie est divisée sciemment en 4 classes indépendantes (du commando au sniper, que du classique) dont l’armement et les capacités évoluent au fil des performances sur le champ de bataille.

Mais surtout : ces perks, et c’est là l’origine du boucan médiatique autour de la sortie du jeu, prennent désormais la forme de cartes (les Star Cards), à débloquer contre (beaucoup) beaucoup d’XP amassées ou grâce à des caisses de loot, qui sont désormais limitées à la validation de défis (réaliser 100 frags, etc.). Quant aux unités spéciales (héros issus des films, vaisseaux élites…), il ne s’acquièrent plus physiquement sur le champ de bataille, sous forme de jetons à ramasser, mais par l’accumulation de points de bravoure, à la manière d’un scorestreak sur un traditionnel Call of Duty. Mine de rien, c’est un sacrément chambardement qu’opère DICE dans sa philosophie de jeu. Là où le premier Battlefront misait tout sur des affrontements arcade et une logique de soutien et d’appuis collectifs, celui-ci se pare d’une dimension stratégique bien plus prégnante sur la nature des affrontements, poussant ainsi chaque joueur vers l’exploit individuel plutôt que la tactique de meute. Forcément, une telle politique laisse son lot de victimes collatérales sur son passage.

On ne saurait enlever à DICE sa qualité d’ambianceur. Chacune des 11 planètes visitées est un modèle de design et de mise en scène, qui repousse encore plus loin l’immersion dans l’univers Star Wars que ne l’avait fait le précédent épisode. Le spectacle est constant, généreux et baigné d’une ambiance inimitable. Heureusement, car pour le reste, Battlefront II reste une sacrée déception. Son défaut pay-to-win mis à part (et qu’on espère définitivement écarté), le jeu souffre de sacrés défauts pour un jeu qui mise sur l’affrontement collectif. À commencer par son système de progression, qui mise tout sur le grind, avec des objectifs à atteindre pour débloquer les unités d’élite, qui relèvent parfois du grand n’importe quoi. Et que dire de certains level-designs de maps qui relèvent du simple foutage de gueule, tant ils privilégient un camp par rapport à l’autre ? de certaines règles (limiter la partie à 100 tickets de respawn, alors que le jeu ne propose pas de medics) qui annihilent toute ambition de mener certains assauts face à une défense surarmée ? Des fautes de débutants qu’on espère réparées sur le long terme, sous peine de voir le jeu-service d’Electronic Arts éclater en plein vol comme un TIE Fighter défectueux.

Star Wars Battlefront II, sur PC, PS4 et Xbox One (testé sur PS4)

Notre avis

Si Battlefront II n’avait pas sa skin Star Wars, il aurait rejoint le camp des FPS multi sans intérêt, promis à une mort prématurée. Son charme a beau opérer sur quelques heures, il va falloir énormément d’efforts à DICE pour redresser la barre en ce qui concerne le gameplay stratégique, bien trop indigent. Car, en l’état, son shooter multi mérite au mieux une indifférence polie, mais fatale pour sa longévité.

5 / 10