Classique parmi les classiques, le Wesc Bongo est une véritable institution. Décliné en une infinité de tons et de motifs, les diverses discussions à son sujet le présentent avant tout comme un bel objet avant d’être un bon casque. Mais, si tant de gens semblent subjugués par cet accessoire, le son doit forcément en être une des raisons, non ? Ou tout du moins ne doit pas handicaper l’argument du design et le laisser naviguer seul. Vérifions cela tout de suite sans oublier de bien présenter la bête.

Présentation

Ah, Wesc. Collectif Suédois de gentils riders insouciants devenus chef de file d’une révolution dans le paysage audio nomade. Le mouvement était prêt, cela depuis des années. Il attendait son heure, laissant les mastodontes Allemands, Japonais et Américains continuer à se partager seuls un gâteau encore bien maigre. Grandissant, certes, mais majoritairement laissé à une frange audiophile. Puis en un instant tout s’est emballé. Monster, Skullcandy, Wesc, chacun dans l’optique non pas de conquérir un marché, mais de le réinventer, d’y apposer l’empreinte du design, de capter une cible infiniment plus large et versatile.

L’école scandinave n’avait déjà plus rien à prouver en la matière, son expérience centenaire nous assurait une réussite totale, à base de design rétro, de lignes épurées, de légèreté. We are the Superlative Conspiracy ouvrait ainsi sa ligne de casque audio, le succès fut extrêmement rapide, la marque devenant une véritable icône de la tendance rétro du casque, laissant Monster dans une sphère plus futuriste et financièrement plus élitiste.

Si ce succès immense des casques (en témoignent les espaces entiers dans les grandes enseignes) semble être à première vue la conséquence d’un intérêt purement audio pour le parent pauvre des enceintes, il est finalement bien plus simple que cela. Le casque n’est plus un vecteur audio, c’est un accessoire de mode, au même titre qu’une montre ou qu’un sac à main. Et si mettre 70 euros dans un casque peut paraitre délirant pour la masse, l’investir dans un objet de mode l’est déjà beaucoup moins.

Je simplifie bien sûr, car l’argument du son est toujours mis en avant, mais d’une façon différente, souvent très évasive, basée sur l’approbation de tel ou tel DJ ou rider. Ne développant pas ses propres drivers, la marque pioche allègrement dans le closed-market. Lequel dans ce cas ? Wesc ne le précise pas ouvertement, ne communiquant jamais vraiment sur ce point, laissant la rumeur publique et son lot d’énormités faire le reste.

La plus tenace ? Les Wesc seraient entièrement développés, la partie son j’entends, par les Allemands de Sennheiser. Allant d’une simple affirmation de forums au titre de « un site l’a dit donc c’est vrai » jusqu’à certaines, plus grave si avérées, impliquant directement des patrons de magasins Wesc, d’expérience plus doués en chaussures qu’en audio.

En définitive, vérifier toutes les rumeurs est simple, contacter Sennheiser France. La marque, très accessible au passage m’informe, sans ambiguïté, que Sennheiser ne vend aucun de ses drivers ou membranes, en particulier à une marque concurrente. Cette rumeur est-elle donc montée de toutes pièces par quelques internautes ou placée furtivement par quelques vendeurs de la marque en gage de garantie ? Difficilement vérifiable, mais au moins si vous l’entendez à nouveau vous saurez à quoi vous en tenir.

Dernier point enfin, et non des moindres, le peu de tests disponibles sur ce type de casque, quand ce n’est une pure et simple absence. Ainsi donc, et malgré ma grande volonté, je n’ai trouvé que bien peu de tests, que ce soit un Anglais ou en Français, de ce fameux Bongo. Bien sûr, mon odieux esprit Parisien ne considère comme test que ce qui se fait sur un site sérieux (pas nécessairement un grand site), avec une écoute un minimum détaillée, un peu d’analyse et forcément une comparaison, même implicite, avec ce qui se fait dans cette gamme de prix.

Et en la matière, les casques design sont aux casques ce que le skyblog est au blog, à savoir un gigantesque salon de coiffure où tout le monde montre fièrement son dernier achat en le qualifiant de génialissime. Une simple requête vidéo du type « review Wesc bongo » vous amènera vers des sommets insoupçonnés du genre, ne serait-ce que la première qui enterre probablement les autres, où un joyeux cocaïnomane fluorescent vous fera vivre ce que je n’hésiterais pas à qualifier de plus grand test de l’histoire.

J’arrêterai ici de soliloquer, le mieux est encore d’entrer dans le vif du sujet. Voyons enfin ce que ce phénomène a dans le ventre.

Caractéristiques

• Diamètre du driver : 40mm
• Sensibilité : 120db/mW
• Réponse en fréquence (annoncée) : 20-20 001 KHz
• Impédance : 33 Ohms
• Poids : 147gr

Rien d’extraordinaire sur le papier, si ce n’est la sensibilité très élevée du driver. En revanche l’utilisation de 20 001 Hz et non 20Khz relève clairement de l’argument commercial. Puisque l’oreille humaine entend jusqu’à 20KHz (et encore cela n’est qu’une moyenne), déclarons que notre driver fait encore mieux a dû se dire la marque. Bref, très discutable.

Fabrication

Un des points forts de ce casque. Bien qu’il soit dans sa quasi-intégralité à base de plastique, l’aspect est particulièrement robuste. L’arceau et les points de torsion en métal assurent une résistance conséquente dans la durée. Il n’y a à vrai dire pas de réel reproche, un démontage en règle permet de s’en rendre compte.

Le câble enfin est un peu deçà. Bien qu’il soit en partie détachable (au-delà de d’une première section indissociable d’environ 50cm) sa qualité n’est pas extraordinaire. S’il se révèle à la fois souple et épais, les connexions Jack sont un peu fines. Il reste dans la moyenne de sa tranche de prix, inutile de faire des reproches là-dessus. Ce casque est livré avec deux types de câbles : un classique et une télécommande/micro pour iPhone et BlackBerry.

Confort

Le confort dépend généralement de trois choses : le poids, les coussinets et le niveau de serrage du casque. Si le premier point est là encore dans la moyenne, les deux derniers plombent largement le confort.

En effet, le serrage clairement trop important à long terme conjugué à des coussinets (dont la matière m’échappe) loin d’être des modèles de douceurs rend l’utilisation du casque assez désagréable au bout d’une heure, moins encore pour les grosses têtes.

Isolation

Un serrage important est bien souvent synonyme d’une bonne isolation, le fameux hd25 en est un exemple. Mais, là encore, les coussinets veillaient. Car non contents d’être désagréables, ils sont également très peu isolants, en résulte une utilisation peu adaptée (le mot est faible) aux transports en commun. Reste la bonne vieille méthode du volume à fond, mais n’importe quelle oreillette en est capable.

Le son

Comme à mon habitude, ce test s’est effectué avec un Cowon S9 (sur lequel je baserais mes observations), ainsi qu’un hifiman hm801 et un omnia 7.

Deadmau5 : HR 8938 Cephei

Le niveau de basses est correct, pas envahissant comme on aurait pu le penser. La qualité de ces dernières n’est pas mauvaise, bien qu’elles demeurent un peu trainantes. On note un manque d’aération sur ce style. Les instruments ne se bousculent pas ici, et pourtant le Bongo ne les sépare pas correctement, ce qui n’augure rien de bon pour les morceaux plus complexes.

Nightwish : Wish i had an angel

Jamais agressif, il y a néanmoins quelque chose qui cloche. Le niveau de détails est correct, mais ce casque ne sait pas organiser l’espace, la séparation des instruments est incroyablement confuse. Même constat que précédemment sur les basses, plutôt agréables à défaut d’être vraiment bonnes. Le reste du spectre laisse franchement à désirer, les voix sont sibilantes et les cymbales catastrophiques.

Diablo swing orchestra : stratospheric serenade

Congestionnée sur la première partie, la fin planante rattrape un peu le reste, l’impression d’espace est plus importante. Reste qu’une fois que les instruments reviennent en nombre l’ensemble n’est pas convaincant, le mixage est pourtant facile.

IAM : petit frère

Structure assez simple, le Bongo est à l’aise. Pas de défaut particulier, l’ensemble est équilibré, les basses ne bavent pas et l’étouffement des aigus ne se fait que peu ressentir. Beaucoup de casques font mieux, mais il reste dans la moyenne.

UB40 : Kingston Town

Encore un morceau à priori facile. Ce n’est effectivement pas désagréable, mais la comparaison avec des casques de cette gamme est rarement flatteuse. L’espace reste trop étriqué et la voix très plate. La ligne de basse aurait mérité plus de finesse ici.

Mastodon : Sleeping giant

De la guitare très grasse et une sonorité lourde, ce casque n’aime pas le style, bien trop complexe. L’ensemble est congestionné au possible, les instruments se rentrent dedans et les aigus proches de la saturation.

Howard Shore : Twilight and shadow

S’il fait le travail sur les voix masculines, les voix féminines ne sont pas sa tasse de thé, à la fois sifflantes et brumeuses. Il y a pire, mais il y a bien mieux.

Michael Jackson : Beat it

Plutôt bon, espace sonore encore un peu juste, mais assez peu de reproches, excepté le solo de Van Halen très peu convaincant. Un défaut récurrent, les aigus sont clairement en retrait.

Ost Eureka seven : Eureka

Sans grande surprise, le piano n’est pas fait pour lui, bien trop sifflant, le driver montre clairement ses limites sur ce type de musique. Ce morceau est plat, sans espace, un bon petit massacre.

Prodigy : Omen

Ce casque commence à se montrer prévisible. Sans défaut insurmontable, il lui faudrait éliminer les trois quarts de la concurrence pour surnager. Il lui manque soit un meilleur impact, soit une meilleure immersion, soit plus de tranchant.

Rammstein : Feuer Frei

La scène est totalement projetée vers l’avant, embarquant guitares, chanteur, la table de jardin et toute la famille avec elle. Pas grand-chose à sauver ici, car rien ne colle, ni l’énergie ni les détails. Les basses surnagent légèrement malgré tout.

Analyse

Retrouvons notre calme et soufflons un peu. Tout d’abord, commençons par les points positifs.

S’il faut reconnaitre une chose à ce casque, c’est bien sa sonorité peu agressive, difficile de le trouver strident. Certes il est bien souvent sibilant sur les voix, mais ce caractère le rend plus désagréable que réellement agressif.

Second point, les basses, même si loin des meilleurs de ce prix sont très honnêtes. À la fois bien contenues, mais présentes. Parfois un peu trainantes en revanche, débordants légèrement sur le reste du spectre.

À côté de cela, les défauts sont légion, à commencer par la qualité des médiums et des aigus. Les médiums, relativement bien dosés n’en restent pas moins à la limite du déplorable, la faute à un driver clairement en deçà des standards de ce prix. Les voix d’hommes, encore supportables, mais si peu définies n’éclipsent pas le rendu effarant des voix féminines.

Pour les aigus, l’affaire est légèrement différente. Car ceux-ci ne sont pas nécessairement atroces bien que très granuleux, ils sont surtout très atténués, ce qui est le lot de bien des casques du genre malheureusement.

Le parti pris ici en matière de représentation sonore est clairement de placer l’écoute vers l’avant. La recette fonctionnerait si un soupçon de détails et une bien meilleure séparation des instruments avaient été ajoutés. À part sur quelques styles simples et aérés, ce casque n’est jamais à son aise sur ce point.

Le constat général peut sembler dur, mais il s’est pourtant fait uniquement en comparaison de casque de cette gamme, dont aucun ne dépassait les 70 euros. Un casque Design comme le SHL9560, pourtant deux fois moins cher, lui met une véritable raclée à tous les niveaux. Un porta pro, même si d’une sonorité colorée et très lourde fera généralement bien mieux. Bref, le driver est manifestement un point délaissé par ma marque, mais sa sonorité rassurante (sans réelle orientation) a manifestement des adeptes, je ne cacherais que ce dernier point reste un mystère pour moi. Justifier l’achat de ce casque par son design est recevable, mais avancer le son comme argument est difficile à avaler. Pour la moitié de son prix pourquoi pas, mais pas pour 70 euros.

Reste une bouée de secours pour lui, les nouvelles marques émergentes souvent pas plus regardantes sur le son. Je ne suis pas obtus à ce sujet, une marque comme AIAIAI m’a agréablement surpris là où je m’attendais au pire.

Conclusion

Une chose est sûre, les Suédois de Wesc connaissent le design et savent exploiter le filon qu’ils ont en partie créé. Mais, là où certains s’appuient sur un développement ou un suivi total de leurs produits, Wesc semble porter moins d’importance à ses drivers qu’à la forme de ses boites. Un excellent accessoire de mode, mais un mauvais casque pour son prix (environ 70 euros).

Test réalisé par Guillaume F. aka Le Masseur Aveugle.