Trois nouveaux héros présentés par Stan Lee ? Vous ne rêvez pas ! Les éditions Emmanuel Proust éditent depuis juin derner les comics Soldier Zero, Starborn et The Traveler sous le label « Stan Lee Présente » qui devrait rappeler des souvenir aux lecteurs Marvel des années 90. Et pour soutenir le lancement de la collection, le maître a accepté de répondre aux questions de la presse lors d’une visio-conférence sur les lieux même d’une exposition dédiée à ses nouveaux héros. L’occasion de découvrir sa vision du marché du comics aujourd’hui, un poil machiste, mais en pleine révolution.

Dans l’espace exposition du MK2 Bibliothèque, une dizaine de journalistes fixe un écran géant. Autours d’eux s’exposent avec force couleurs des oeuvres originales des trois nouveaux héros parrainés par le père des comics modernes, réunis par la galerie Arludik. Elles deviendront peut-être un jour inestimables, mais pour l’heure, c’est le vieux monsieur qui se penche un peu trop près de la caméra qui les fascine. Ce crâne dégarni, ces Ray Ban 70’s, ce sourire de grand-père bienveillant, pas de doute, c’est bien Stan Lee. Le créateur des désormais cultes Spiderman, X-Men et consorts n’a rien perdu de son charisme. Et l’on s’adresse à lui avec révérence, attendant sagement qu’il partage, avec lucidité et générosité, son immense expérience. Si pour notre papy préféré l’âge d’or des comics est définitivement révolu – il n’a lui-même plus donné naissance à un gros succès depuis longtemps – ses super-héros ne risquent pas de raccrocher leurs combis de lycra de si tôt. En témoignent les nombreux formats sur lesquels sont déclinés aujourd’hui ses créations d’hier. Pour Stan Lee, non seulement le marché du comic book doit évoluer, mais il le fait déjà, très rapidement, à travers notamment la distribution digitalisée des parutions Marvel. « Il n’y aura plus jamais de ventes aussi importantes qu’on en a connu il y a des années, affirme-t-il. Mais il y aura toujours des comics ; le contact de ces petits livres est si agréable, ajoute-t-il avec tendresse, on peut les rouler et les glisser dans notre poche ou les prêter à nos amis. »

Soldier Zero, l’un des trois nouveaux héros de Stan Lee.

// Excelsior !

On cite aussi les énormes succès rencontrés par les adaptations cinématographiques de ses aventures dessinées, un engouement populaire que Stan Lee impute en partie à leur universalité : « Les gens aiment ce genre d’histoires, comme ils aimaient les contes de fée étant petits. En grandissant, ils retrouvent le même émerveillement avec les histoires de super-héros, des récits extraordinaires qui dépassent le quotidien. » Il s’enthousiasme : « Les effets spéciaux d’aujourd’hui permettent surtout enfin de les représenter à l’écran. Grâce à eux, on peut vraiment voir Spidey sauter d’immeuble en immeuble ! ». Mais les scènes d’action et les pouvoirs « bigger than life » ne font pas tout dans le succès de ses personnages, et Stan Lee ne l’oublie pas. Lorsque sont abordées les fameuses failles qui ont fait la renommée de héros comme Peter Parker, le vieux monsieur redevient très sérieux. Comme il l’a maintes fois démontré, ces faiblesses permettent de créer de l’empathie entre le lecteur et le protagoniste. « Ce sont les problèmes de la vie courante qui permettent de rendre le héros plus humain. Sans elles vous n’avez que les gentils contre les méchants… Les faiblesses sont aussi importantes que les super-pouvoirs, si ce n’est plus. » L’identification au super-héros, c’est la clé du succès de Stan Lee, et donc un conseil qu’il prodigue à l’envi. Pourtant, c’est encore trois figures masculines et toutes viriles qu’il parraine aujourd’hui. La féminisation du lectorat de comics aurait-elle échappé au maître ? « J’adorerai écrire un personnage féminin, et j’espère que les éditeurs le souhaitent aussi, nous rassure-t-il, amusé par la question. Mais ils préfèrent publier des histoires de garçons, parce que la plupart des lecteurs sont des garçons, et que ceux-ci préfèrent lire des histoires avec des personnages auxquels ils peuvent s’identifier.»

The Traveler bénéficie d’un des créateurs les plus reconnus des studios Boom, le scénariste Mark Wade.

// « … Tout est dit ! »

Toujours drôle et légèrement paternaliste, Stan Lee charme inévitablement ses interlocuteurs. Il évoque avec émotion sa collaboration avec Jack Kirby, faisant rapidement référence aux techniques de travail qui ont fait son succès (grande implication du dessinateur dans la création du scénario puisqu’il ne leur donnait qu’une trame puis reprenait les planches ainsi créées). Assure que son travail le maintient jeune, qu’il adore ses nouveaux héros et qu’ils feraient de très bonnes adaptations au cinéma. Il s’attarde sur le sujet, parle de ses caméos, ces apparitions sous forme de clin d’oeil qu’il fait dans presque tous les films tirés de ses histoires. Et confie même une théorie intéressante quant à son absence du récent X-Men : First Class : « Je pense que je sais pourquoi. C’est parce que lorsque les gens vont sortir du cinéma, ils se diront : « j’ai raté le caméo de Stan, il faut que j’y retourne une deuxième fois ! » » Et d’éclater de rire, beau joueur. Mais ne vous y trompez pas, si Stan Lee a véritablement créé de nombreuses icônes de la culture populaire, il n’est pas là en tant que concepteur des trois nouveaux titres qu’il promeut. Car il n’a pas inventé à proprement parlé les trois nouveaux héros de l’éditeur américain Boom ! Studios. En réalité, il a rejoint le projet après l’écriture des scénarios et s’est contenté de donner des directives aux auteurs. Il se décrit lui-même comme un consultant : « Je n’ai pas écrit les histoires. Je me suis impliqué dans le processus de création en ayant un certain nombre de discussions avec les scénaristes… Ils sont tous incroyablement talentueux et nos échanges furent très enrichissants. » Une implication assez superficielle qui s’explique par ses activités en tant que président de POW! Entertainment. Cette société fondée en 2001 se spécialise dans le développement des nouvelles franchises créées pas Stan Lee et de leurs produits dérivés (quelque séries d’animation, l’émission de télé-réalité Who Wants to be a SuperHero ?). Mais aussi par son âge : Stan Lee fêtera tout de même ses 90 ans en 2012 !

Collection Stan Lee Présente, Soldier Zero, The Traveler et Starborn, aux éditions Emmanuel Proust, environ 15€ en librairie.

Stan Lee, les nouveaux superhéros à l’espace Arludik du cinéma MK2 Bibliothèque. Exposition de peintures numériques des différents artistes travaillant sur les comics, signées par Stan Lee. Du 18 juin au 31 juillet. Entrée libre.