Depuis des mois, les geeks assistent, impuissants, à un défilé de mèmes peuplés de petits poneys aussi colorés que barrés. Cet été, le phénomène s’est étendu jusqu’à atteindre des proportions mondiales, entraînant un cortège de questions angoissantes : pourquoi leurs fans sont-ils si vieux? Pourquoi aiment-ils les trolls au lieu de les détester ? Pourquoi, et comment, ces poneys portent-ils des chapeaux ? Pour vous, le JdG a mené une enquête estivale en immersion entre documents chocs et révélations fracassantes.

Avertissement : La présence d’équidés qui chantent et de gifs animés en grand nombre peut heurter la sensibilité des plus jeunes.

 


//Haters Gonna Hate

C’est l’histoire d’un dessin animé à l’origine destinée aux petites filles, My Little Poney : Friendship is Magic (MLP pour les intimes) qui a mis 4chan à feu et à sang avant de se répandre sur internet. Présentée sur /co/ (le board dédié aux comics et aux séries animées), le show gagne rapidement en popularité et les sujets dédiés envahissent bientôt tous les autres sujets, attirant autant de nouveaux fans que de détracteurs. La guerre fait bientôt rage entre les pro et les anti-MLP, et ce qui enrage les trolls c’est la réponse ultra peace and love des « Bronies » (contraction de « Bro’ » et « Ponies« ), les jeunes adultes – essentiellement masculins – fans de la série. Moot, fondateur du site, customise le forum aux couleurs des petits poneys une journée durant. Enfin, les modérateurs décident de réduire les sujets dédiés à la série à un par board, entrainant une vague de bannissements. Les fans de MLP décident de créer leur propre chan dédié, Ponychan.

Les bronies répondent au troll par l’amour, leur technique ultime.

« Fox News et 4chan nous détestent, » s’amuse Libium, vingt trois ans, étudiant en agronomie et brony assumé, « mais ça ne nous empêche pas d’être très présents sur internet : faites une recherche sur deviantART, plusieurs centaines de dessins sont uploadés chaque jour. De même, la page My Little Pony de knowyourmeme.com affiche plus de 3 millions de vues et les sites comme Youtube regorgent de détournements vidéo. » Autre indice de la popularité du dessin animé et de sa dimension très communautaire : l’affaire Derpy Hooves. Le strabisme prononcé de ce personnage anonyme qui apparait brièvement dans le premier épisode a attiré l’attention des internautes, au point que ses fans lui inventent un patronyme, un métier de facteur et même une famille. Quelque mois plus tard, ils la découvrent dans un nouvel épisode, livrant un colis ! « Les graphistes qui travaillent sur la série sont très actifs sur internet, confirme Libium. Ils réagissent aux commentaires et glissent plein de références destinées aux adultes. »

Un hommage des fans à Derpy.

//The Greatest Thing in History of TV

Les références seules (Les Pokémons, H2G2…) ne suffisent pas à expliquer l’engouement que suscite My Little Pony. L’animation – mélange d’animation classique et flash – offre un résultat dynamique. Mais c’est surtout l’identité du programme qui séduit : « À première vue, MLP peut paraître cul-cul. Mais l’humour rappelle Les Animaniacs ou Freakazoid, des séries déjantées des années 90. » Explique Libium. La série est réalisée par Lauren Faust qui a précédemment travaillé sur Les Supers Nana. Pour la marque de jouets Hasbro, elle a totalement réinventé la licence. L’histoire raconte les aventures de Twilight Sparkle, une licorne nerdy envoyée à Ponyville pour lâcher un peu ses livres et apprendre la valeur de l’amitié. Les intrigues de chaque épisode, cousues de fil blanc, offrent surtout un terrain d’expression aux personnalités déjantées des héroïnes : la fonceuse Rainbow Dash20% cooler ! »), Pinkie Pie à l’humour absurde, ou encore la très timide Fluttershy.

Dans My Little Poney, il y a de l’action !

En France, Mon Petit Poney : le Pouvoir de l’Amitié sera diffusé dès le mois de septembre sur Tiji. Mais chaîne jeunesse et différence culturelle obligent, les premiers extraits mis à disposition sur la toile inquiètent les bronies ; ils jugent le doublage trop éloigné de l’esprit d’origine. En attendant, Libium et les premiers fans français organisent le 1er octobre à Paris la première rencontre IRL pour la communauté française. Et se régalent des épisodes disponibles en VOST sur Youtube, une pratique qui serait tolérée par Hasbro, la marque tablant sur une large diffusion de la série pour vendre ses produits dérivés. Pas sûr que les bronies soient les meilleurs clients pour des figurines en plastique et des châteaux de poupées, mais on ne sait jamais…

 

Ce message des bronies vous convaincra-t-il de regarder le premier épisode ?