Certains y verront là une justice providentielle, d’autres parleront d’arroseur arrosé, nous préférons dire que ce n’était qu’une question de temps.

Un photographe professionnel Guillaume Leroy, membre de la Société des Auteurs de l’Image Fixe, accuse l’organisme en charge de nous améliorer le quotidien, la Haute Autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet, d’enfreindre ni plus ni moins les règles du droit d’auteur.

Pour être précis, ce sont les supports de communication de l’Autorité qui sont visés, ces derniers ont recours à des stocks d’images étrangers à bas coût, ce choix n’est pas du tout du goût des photographes que la HADOPI est censée protéger et justement mettre en avant.

Les supports de communication en question devraient, comme il est de rigueur dans le cadre du droit moral de l’auteur, faire figurer le nom du photographe ou au moins l’agence, mais ce n’est pas tout et c’est là que les choses deviennent
intéressantes :

Les mentions légales du site officiel de la HADOPI, indiquent que toutes les photographies présentes sur le site (et qui sont donc présentes dans les supports de communication précédemment cités) sont issues de la base MasterFile France, préférence nationale oblige. Or, ce n’est pas tout à fait la même histoire qui se présente sous les yeux du photographe :

Je retrouve la photographie d’un « costume cravate avec des gants de boxe dans un champ de blé » présentée sur l’une des fiches mises en ligne par l’Hadopi », raconte le photographe. Mais « de retour sur le site de l’Hadopi, je navigue de rubrique en rubrique et je constate encore l’absence de crédits, sur l’ensemble des images présentées

C’est grâce à une recherche inversée grâce à TinEye, une extension pour Firefox, que le photographe découvre que l’une des photos du site provient de Gettyimages, base de données américaine de photos à bas coût. Getty n’a jamais été crédité sur le site de la HADOPI alors que c’est une obligation légale, le photographe souligne qu’il a été en mesure de constater à plusieurs reprises ces dérives.

L’Hadopi est clairement hors la loi lorsqu’elle publie ces images sans mention du ou des auteurs. Une attitude d’autant plus impardonnable et injustifiable lorsqu’elle est commise par une institution qui prétend alerter les usagers sur « la circulation non autorisée d’œuvres protégées par un droit d’auteur

Nous ne saurions que trop comprendre alors, la grogne des photographes professionnels et amateurs Français pour qui la labellisation de Fotolia en mai 2011, a été très mal vécue, car elle constitue une concurrence déloyale avec des images libres de droits vendus à des prix dérisoires, images que les sociétés ne se privent donc pas d’utiliser au détriment de photographes compétents.

Nous ne pouvons que conseiller à l’Hadopi d’avoir recours à un photographe professionnel français plutôt que d’utiliser des images de stocks étrangers. Cela aurait pour mérite de contribuer au développement de l’activité photographique en France, de se conformer à la politique gouvernementale du « Made in France », et de ne pas aggraver, avec l’argent de nos impôts, le déficit de notre commerce extérieur

Le torchon brûle donc entre les photographes et l’institution.

Ce qui n’aurait pu être qu’anecdotique est finalement symptomatique d’un discours à deux vitesses de la part des autorités compétentes dès qu’il s’agit d’enjeux ayant trait au numérique.

Après vous être fait une idée ici et ici du sujet, pensez-vous que les photographes ont raison de se retourner contre l’institution qui est censée les protéger ?