Jusqu’à présent les liseuses étaient des appareils bien spécifiques, qui n’avaient pour but que la… lecture de livres numériques. Avec le temps les fabricants ont essayé de diversifier les usages, en intégrant çà et là de nouvelles fonctionnalités, comme la lecture de musique ou encore un navigateur internet « expérimental » sur les premiers Kindle par exemple.

Finalement, et Apple avec iBooks y est sans doute pour quelque chose, les fabricants ont tenté de transformer leurs liseuses en tablettes orientées lecture. Les deux principales illustrations de ces tentatives sont la Kindle Fire HD et la Kobo Arc. Ces deux produits restent des liseuses, mais avec une – très – large palette de fonctionnalités supplémentaires comme navigation Web, lecture de vidéo, installation d’applications. Tout cela est permis par l’utilisation d’un écran tactile capacitif traditionnel en lieu est place d’un écran e-ink.

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Les produits jouent clairement dans la même cour en proposant des fonctionnalités similaires et se destinent à un public tout aussi similaire. Le business model est même quasi équivalent où l’on ne marge peu ou pas sur tablette, en se rattrapant sur le contenu. Plutôt donc que de vous proposer deux tests distincts, nous allons ici les confronter afin de déterminer quelle tablette s’en sort le mieux. Pour lire, mais pas seulement.

Résumé des forces en présence

Dans un premier temps et pour clarifier les choses, il convient de récapituler les caractéristiques techniques des deux tablettes. Nous vous proposons donc un tableau récapitulatif, sans doute plus digeste qu’une énumération fastidieuse.

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Comme on peut le voir, les tablettes ont donc une configuration quasiment identique. On note simplement sur le papier une petite avance pour la Kobo Arc et est processeur légèrement plus rapide. Ce qui lui fait sans doute perdre une heure sur l’autonomie annoncée. Nous y reviendrons.

On note qu’aucune des deux tablettes ne prend en charge les cartes micro-SD pour étendre les capacités de stockage. Au niveau de la connectivité, la présence d’une sortie Micro-HDMI sur la Fire HD pourra être un avantage dans certaines situations. Les deux tablettes sont livrées sous Android 4.0 « Ice Cream Sandwich », très largement customisé chez Amazon, nous le verrons.

Design/finitions/encombrement

Blanc ou noir, il faut choisir. Amazon propose une tablette assez simple, noire avec des bordures noires, et un revêtement Soft Touch noir lui aussi à l’arrière. L’ensemble tient bien et est bien fini. Kobo a choisi des bordures blanches en plastique, moins large que le Kindle Fire HD, l’arrière est également « Soft Touch » gris, cette fois.

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C’est une affaire de goût, mais le Kindle et ses bordures en verre sont un peu plus « premium » que celles de la Kobo, et semble en plus un peu mieux fini. Une chute de la Kobo a révélé que son plastique pouvait légèrement se désolidariser du reste de la tablette. Il aura suffi de « reclispser » le tout pour que cela rentre l’ordre, mais cela a mis en lumière une certaine fragilité. Le point revient ici à Amazon.

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En termes d’encombrement le choix est plus délicat, la Kobo est un peu plus épaisse (11,5 contre 10,3 mm), mais est en revanche moins grande, sa surface totale atteignant 226,80 cm2 alors qu’il faut compter 264,41 cm2 chez Amazon. La Kobo est également 29 grammes plus légère que le Fire HD. Le point va à Kobo pour l’encombrement et surtout pour sa légèreté, malgré son épaisseur légèrement supérieure.

Écran

Difficile de départager les deux appareils sur l’écran. Ils proposent la même définition, la même diagonale et la même technologie. À l’œil, la luminosité est aussi équivalente. Toutefois au niveau du rendu des couleurs et notamment des blancs on arrive à relever une différence. Le Kindle tire un peu vers le jaune et le Kobo vers le rouge. C’est moins marqué sur le Kindle dont les blancs sont donc un peu meilleurs, point Amazon.

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Performances et utilisation

Commençons avec les Benchmarks. Sous Antutu (seul benchmark disponible sur les deux appareils) le Kindle arrive derrière l’Arc avec des scores moyens respectifs de 6083 et de 10 780. L’ardoise de Kobo arrive donc largement devant.

NB : Le score moyen a été établi en réalisant trois tests par défaut puis pondéré. Antutu est en version 2.4.2 sur la Fire HD, en 3.3 sur la Kobo.

Pour la lecture de films, la tablette de Jeff Bezos lit les films en 720p sans problème, le 1080p saccadera. La Kobo souffre des mêmes soucis, mais c’est un peu moins marqué sur les films en Full HD. En pratique cela n’aura que peu d’incidence, puisque l’écran n’affiche de toute façon que 1280 x 800 pixels. Le seul vrai problème sera pour celui qui souhaite lire ses fichiers Full HD sur sa télévision via la sortie Micro HDMI du Kindle.

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Aucun problème en 720p

Plus gênant, la tablette d’Amazon souffre parfois de saccade dans le navigateur Web, sur la page d’accueil du JDG par exemple, là où la Kobo l’affiche tout en fluidité. Le point est donc attribué à Kobo.

Pour ce qui est de l’autonomie, Kobo annonce 10h en lecture, Amazon 11h. Une fois en main la différence n’est pas notable alors que nous avons fait subir les mêmes choses aux deux ardoises qui ont su encaisser le choc sans problème, elles sont donc sur un pied d’égalité.

Photo/vidéo

Les deux fabricants n’ont pas jugé bon d’intégrer un capteur à l’arrière de leurs appareils, il faudra donc se contenter d’une caméra frontale destinée à la visioconférence. Elles proposent les mêmes caractéristiques (film en 720p et 1,3 mpx) pour un résultat quasi équivalent, avec peut-être un léger avantage pour la Kobo et ses couleurs vives. Voici deux photos pour en juger.

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Fire HD

 

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Kobo Arc

OS

C’est ici que les différences sont les plus notables. Amazon, fort de son catalogue pléthorique, envisage sa tablette comme une machine destinée à acheter du contenu dans son magasin, a souhaité se débarrasser autant que possible que Google. À tel point qu’on ne reconnaît en fait plus du tout Android. En naviguant dans les réglages pour essayer d’en savoir plus sur l’OS il n’est même pas fait mention d’Android et encore moins de sa version. En fouillant un peu dans Antutu on s’aperçoit finalement que la chose tourne sous Ice Cream Sandwich, en version 4.0.3.

Dans ces conditions, pas la peine de chercher un Google Play, il faudra se contenter de l’App Shop d’Amazon, bien moins fourni. Comme nous le disions plus haut, on n’aura pu trouver qu’Antutu dans une version datée. Dans le même ordre d’idée, pas mal d’applications que l’on a l’habitude de télécharger sur Google Play sont absentes. C’est encore plus rageant quand il s’agit de films. En France les services de VOD du commerçant n’existent pas, impossible donc de louer un film par exemple. Heureusement, il reste possible d’installer des applis « non signées » mais on repassera pour la praticité.

Passées ces considérations, la surcouche, enfin Amazon OS devrions-nous dire, est assez bien ficelée. Ce verrouillage permet justement de clarifier nettement l’interface. La page d’accueil propose un accès à tous les contenus, et les documents récents (voir l’image ci-dessous). Cela permet d’accéder à l’ensemble de son contenu en un « Tap ».

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Kobo n’impose qu’une légère surcouche, et si l’on trouve les services de la marque comme son Kobo Store, l’accès à Google Play et à l’ensemble des services de Moutain View sont présent. On se retrouve donc en fait avec une véritable tablette Android 4.0.4 donc toute la polyvalence et la liberté que cela implique. Précisons également qu’une mise à jour vers Jelly Bean et censée être disponible depuis début avril, mais impossible de la récupérer en OTA sur notre modèle. À termes,  cela la rendra toutefois encore plus intéressante.

La Kobo tourne autour d’un système appelé Tapisserie, qui agit en réalité comme de multiples dossiers regroupant des applications par « genres ». De base on trouve une tapisserie « Lecture », regroupant les fonctions liées aux livres, une « divertissement » où l’on retrouvera YouTube, la musique ou encore Rdio, et enfin une « social » avec Facebook et consorts.

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Tapisseries certes, mais aussi Android

La chose est efficace et est parachevée avec un accès complet à Android. Bref, Point Kobo, largement.

Liseuses

Il convient bien évidemment d’aborder un dernier un point : la lecture. Nous le disions en préambule, en dépit de multiples possibilités, le Kindle Fire HD et le Kobo Arc restent des tablettes destinées à lecture de livre numérique. En termes d’offre, Amazon reste derrière avec 1,2 million (90 000 en français)d’ouvrages contre 3 millions annoncés pour la Kobo, sans précisions sur le nombre d’ouvrages en français.

Les « stores » et les prix sont très similaires, on notera juste que Kobo à la bonne idée de présenter une catégorie de livres gratuits qui permettra de trouver facilement une œuvre sans avoir à débourser un centime. Chez Amazon il faudra avoir un peu de chance pour les trouver. De manière générale, les « classiques » se trouvent assez facilement gratuitement grâce au projet Gutenberg.

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Au niveau de l’application de lecture elle-même, la Kobo Arc propose à peu près les mêmes options que le Kindle, on trouve des choses peu utiles comme la possibilité d’afficher le texte blanc sur noir (cela serait mieux la nuit, cela ne nous a pas sauté aux yeux…) ou derrière un filtre sépia. Un peu plus utiles, les applications calculent en permanence le temps nécessaire estimé pour finir l’ouvrage ou le chapitre.

La Kobo a en revanche la bonne idée de laisser la possibilité d’afficher l’ouvrage avec des pages en regard, ce qui imite un peu mieux un véritable livre. Il faudra se contenter de lire page par page chez Amazon. Pour ce qui est du confort de lecture, les écrans LCD ne sont pas idéaux et on préférera toujours un écran e-ink.  Les deux ardoises offrent un confort équivalent, le poids jouera légèrement en la défaveur de la tablette d’Amazon. Point Kobo.

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Les pages en regard sont plus agréables

Verdict

Au Final l’expérience utilisateur est agréable sur les deux tablettes. Le Kindle a certes quelques arguments, notamment ses finitions la simplicité de son OS. Simple, trop simple en réalité. Plus qu’une simplification on a un peu l’impression d’être plus face à une amputation qu’autre chose. Elle n’est en fait qu’à conseiller à un public qui veut avoir une utilisation très basique de sa tablette.

La Kobo quant à elle est globalement plus performante, propose un Android complet dans un système largement plus ouvert. On se retrouve donc avec une véritable tablette Android à 200 euros. C’est justement cette versatilité qui en fait un terminal de choix pour la lecture, mais pas seulement.

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