[Données personnelles] La Russie ne lâche rien face à Twitter

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Par Elodie le

L’agence de supervision des communications et des médias, le Roskomnador, demande à Twitter de stocker l’ensemble des données personnelles de ses utilisateurs russes sur le territoire national. Une demande effectuée à maintes reprises et que Twitter ne semble pas enclin à accepter.

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Opiniâtre. Le Roskomnadzor presse Twitter de se mettre en conformité avec une loi promulguée en juillet 2014 et effective depuis septembre dernier. Celle-ci exige de tous les services russes et étrangers (réseaux sociaux, services de messagerie et moteurs de recherche) collectant et stockant les données personnelles de ses membres de les héberger sur un serveur en Russie et d’en fournir sa localisation aux autorités.
En cas de refus, les autorités se réservent le droit de prononcer une sanction, de la simple amende au blocage pur et simple du service sur le territoire russe.

Jusqu’ici, Twitter était exempté, les autorités considérant que Twitter ne collectait pas les données personnelles des utilisateurs. « Il y a quelques mois, Twitter a changé ses conditions d’utilisation […] et collecte désormais, selon nous, des données personnelles », a fait savoir Alexandre Jarov, le directeur de l’agence russe dont les propos ont été repris par l’AFP.

La passe d’armes entre la Russie et les géants du web concernant les informations personnelles des internautes n’est pas nouvelle. En juillet dernier, Vladimir Poutine promulguait un ensemble de lois renforçant le contrôle d’internet par les autorités russes. Peu de temps après, Google rappelait tous ses ingénieurs de Russie, une cinquantaine de personnes, pour les transférer dans un autre pays. Si certains y ont vu une concomitance plus que troublante, Google démentait et assurait conserver « une équipe en Russie dédiée au support » tout en prévoyant d’augmenter ses investissements sur le territoire russe en 2015.

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En mai dernier encore, les autorités exhortaient Google, Facebook et Twitter à fournir les informations personnelles des administrateurs de sites et blogs comptant plus de 3 000 lecteurs sous peine de blocage. Autrement dit, lever l’anonymat de milliers d’internautes.

Cette même loi sur la presse votée en aout dernier « oblige également les réseaux sociaux à conserver et mettre à disposition des autorités une sauvegarde de tous les contenus postés sur leurs sites durant les six derniers mois », précisait alors Arrêt sur Images.

Mais Twitter rechigne à la besogne. Si la Russie présente les révélations d’Edward Snowden sur les pratiques des agences gouvernementales américaines comme argument, Twitter et les géants du web avancent le même pour sécuriser les données personnelles de ses utilisateurs et préserver leur vie privée. NSA, États-Unis, Russie ou n’importe quels autres gouvernements et agences gouvernementales

La menace d’un blocage de leurs services est réelle qu’elle avait incité Facebook à bloquer la page d’un opposant politique du régime sur demande des autorités.

Comme le rappelle l’AFP, Twitter et Roskomnadzor s’étaient déjà affrontés… par voie postale. L’agence envoyant ses demandes par courrier :

« Ces lettres sont devenues une pratique courante dans nos relations avec les sociétés internet étrangères. Habituellement, quelques progrès se produisent après l’envoi de ces lettres. Nous espérons que ça sera le cas », expliquait alors un porte-parole du Roskomnadzor.

Au lieu du blocage administratif (d’une durée de 30 jours) en cas de refus d’obtempérer, un responsable de l’agence avait évoqué une fermeture pure et simple, avant de se voir sévèrement tancer par le Premier ministre Dmitri Medvedev, fervent client des réseaux sociaux, qui lui avait suggéré « d’allumer son cerveau ».

Twitter a assuré n’avoir pas donné suite à ces demandes. Les prochaines semaines devraient nous préciser si la lumière brille à tous les étages…

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