La Russie exige les données des internautes à Google, Facebook et Twitter sous peine de blocage

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Par Elodie le

La Russie menace. Dans une lettre envoyée par la Roskomnador à Google, Twitter et Facebook, l’agence de supervision des communications et des médias exhortent les géants du web à respecter la loi régissant Internet sous peine de voir leur service bloqué en Russie, rapporte le journal russe Izvestia. En jeu, la levée d’anonymat de milliers d’internautes… et un peu plus.

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Décidément il n’est pas bon d’être un géant du web par les temps qui courent. Leur emprise tentaculaire sur Internet et la société leur confère un pouvoir immense, incitant la Commission européenne notamment à se pencher sur leurs pratiques, mais réveillent également les appétits.

Appétit des agences de renseignement évidemment qui, lorsqu’elles n’exigent pas, se servent allègrement par leurs propres moyens, et des États ensuite, plus ou moins démocratiques, qui voient dans leurs collectes de données un moyen de surveillance et de contrôle des masses non négligeable, sous couvert de lutte contre le terrorisme et autres enjeux impériaux.

Comme nous l’évoquions précédemment, en juillet dernier la Russie a voté une loi obligeant les sites comptant plus de 3000 lecteurs à s’enregistrer (noms, coordonnées, adresses, adresse mail et formulaire de dépôt de plainte en ligne) auprès du Roskomnador, l’agence de supervision des communications et des médias. Cette loi « sur l’information, les technologies de l’information et la protection de l’information », prévoit également que l’ensemble des données personnelles des internautes russes soit stocké en Russie à partir de 2016, quand bien même ils utiliseraient des services étrangers. Ceci dans une optique plus large de contrôle d’internet par le gouvernement russe, qui voit d’un mauvais œil la liberté d’expression offerte à tous, et donc à ses opposants, par cet outil.

C’est ainsi que Moscou s’est attaqué aux meme, notamment ceux mettant en scène Vladimir Poutine et qui constitue l’une des activités favorites des internautes russes.

Cette loi sur la presse votée en aout « oblige également les réseaux sociaux à conserver et mettre à disposition des autorités une sauvegarde de tous les contenus postés sur leurs sites durant les six derniers mois », précisait alors Arrêt sur Images.

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Las, les géants du web rechignent de plus en plus à courber l’échine. Après une première lettre d’avertissement envoyée le 6 mai leur sommant de lever l’anonymat de blogueurs bénéficiant de plus de 3000 visiteurs par jour, en fournissant toutes informations susceptibles de les identifier, ce qui passe aussi par leur compte sur les réseaux sociaux, la Roskomnador hausse le ton face à l’inaction des firmes.

« Ces lettres sont devenues une pratique courante dans nos relations avec les sociétés internet étrangères. Habituellement, quelques progrès se produisent après l’envoi de ces lettres. Nous espérons que ça sera le cas », explique un porte-parole du Roskomnadzor

Le directeur de l’agence, Alexander Zharov, précise ainsi qu’en poursuivant leurs « actions illégales » en Russie, ces sociétés s’exposent à des « sanctions » : amende pouvant aller jusqu’à 500 000 roubles (environ 9000 euros) et la suspension administrative du site pendant 30 jours.

Le chef adjoint du Roskomnador a en outre précisé que si les plateformes incriminées ne supprimaient pas le contenu « appelant à participer à des émeutes, des activités extrémistes » ou à participer à des événements publics non autorisés, l’agence se verrait dans l’obligation de « limiter l’accès aux ressources d’information sur la plateforme où cette information est disponible ». Autrement dit de bloquer les services de Google, Facebook et Twitter en Russie sur un marché de plus de 80 millions d’internautes.

Numerama rappelle que cette menace avait déjà incité Facebook à censurer la page de soutien à un opposant politique du régime.

Par ailleurs, en début d’année, le gouvernement russe a adopté une loi permettant à la Roskomnador de bloquer n’importe quel site internet considéré comme « extrémiste », et ce, de manière discrétionnaire, sans avoir à fournir la moindre explication, ni s’attacher la décision d’un tribunal. Si nombre d’Etats, dont la France, adoptent des lois similaires dans un contexte international de plus en plus tendu, les conséquences de telles mesures s’apprécient différemment d’un pays à l’autre. tout aussi démocratique qu’il se revendique…

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