Le parti démocrate est dans la tourmente depuis que Wikileaks a publié le contenu de quelque 20 000 messages du Conseil national démocrate (CND) prouvant sa partialité envers Hillary Clinton pour faire échouer Bernie Sanders. Un leak qui pourrait porter la main de la Russie.

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Le 22 juillet, Wikileaks publiait 19 252 emails et 8 034 fichiers soustraits des serveurs du CND relatant les soubresauts de la campagne démocrate.

Plus précisément, ces documents proviennent de la messagerie de sept dirigeants du CND, bureau qui organise la primaire du Parti aux États-Unis. À leur lecture, peu de doute : le Conseil National Démocrate, avec à sa tête Debbie Wasserman Shultz, a favorisé la candidature d’Hillary Clinton au détriment de celle de Bernie Sanders. Un complot régulièrement dénoncé par le rival de l’ancienne première dame au cours de sa campagne pour l’investiture démocrate.
Il a accusé le CND de partialité et assurait qu’en cas de victoire il ne reconduirait pas Debbie Wasserman-Schultz au poste de présidente du parti démocrate. Ce à quoi la principale intéressée aurait répondu dans l’un de ses emails : « C’est une histoire absurde. Il ne va pas devenir président ».

Si aucune information explosive n’est ressortie de ce leak, il jette un trouble sur le processus démocratique de désignation du candidat à l’investiture suprême. Les messages échangés remettent également en cause la foi juive de Bernie Sanders. Sans toutefois le nommer, le directeur financier du CND, Brad Marshall, se demande ainsi :

« Cela ne fera peut-être pas de différence, mais pour KY [le Kentucky] et WVA [la Virginie-Occidentale] pouvons-nous avoir quelqu’un qui le questionne sur sa foi. Est-ce qu’il croit en Dieu. Il avait patiné en disant qu’il avait un héritage juif. Je crois que j’ai lu qu’il est athée. Cela pourrait faire plusieurs points de différence avec mes gens. Mes baptistes du Sud feraient une grande différence entre un Juif et un athée. »

Un scandale qui a conduit à la démission de Debbie Wasserman Shultz, à la veille de la convention du parti démocrate au cours de laquelle Hillary Clinton devrait être investie pour la présidentielle américaine, .

Si Wikileaks n’a pas révélé l’identité de sa source, ni même précisé si les documents fournis provenaient d’une source indépendante, fiable et dénuée de toute motivation politique, comme le site le confirme parfois, les regards se tournent irrésistiblement vers la Russie.

DNC

En effet, le mois dernier, le Washington Post révélait que deux groupes de hackers russes se seraient introduits dans les serveurs du CND pour y subtiliser, entre autres choses, les données collectées par le parti sur leur rival républicain Donald Trump. D’autres données telles que la liste des donateurs du parti, ou les données bancaires des militants avaient été compromises. Des hackers qui auraient été subventionnés par Moscou, s’ils ne sont pas directement issus des rangs du renseignement russe.

La société informatique dépêchée sur place, CrowdStrike, avait d’ailleurs relevé que cette attaque était un espionnage politique traditionnel et non un espionnage économique. Les deux groupes de hackers identifiés seraient Cozy Bear, affilié au FSB, le renseignement russe, et auteur du piratage informatique des serveurs du CND l’été dernier, et Fancy Bear, lié aux services de renseignement militaire russe précisait Le Monde. Par ailleurs, d’autres attaques perpétrées entre 2014 et 2016 contre des institutions ou intérêts américains (Maison Blanche, Trésor Public, Département d’Etat) ont été attribués à la Russie.

Si bien que certains cyber spécialistes ou experts de la Russie se demandent si la Russie ne tentent pas d’interférer dans la présidentielle US.
Pour certains experts, tout comme le parti démocrate, cela ne fait aucun doute que la Russie se cache derrière ces révélations. Un responsable US a qui participe à l’enquête a expliqué que les renseignements publiés par Wikileaks vendredi et collectés lors du piratage du CND « indique, au-delà de tout doute raisonnable, qu’ils proviennent de Russie ».
Au micro de CNN, la présidente de la campagne d’Hillary Clinton a confié que des « experts » ont indiqué aux Démocrates que « des acteurs étatiques russes ont pénétré le DNC, volé ces e-mails, et d’autres experts disent désormais que les Russes divulguent ces e-mails pour aider Donald Trump ».

Pour Julian Assange, le fondateur de Wikileaks, il n’y a « aucune preuve de quoi que ce soit » et cela est une manœuvre de « diversion ».

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Au cours de la campagne, Donald Trump et Vladimir Poutine se sont d’ailleurs échangé quelques amabilités par médias interposés. Quand l’un assure que « Trump est un homme très brillant », l’autre rétorque que « Poutine est bien plus fort qu’Obama ». Trump a d’ailleurs adouci son discours à l’égard de la Russie assurant vouloir renouer des liens avec le pays.

En cas d’attaque des pays baltes par la Russie, le soutien américain envers ses alliés ne serait pas automatique au sein de l’OTAN, « un vestige du passé » selon Trump.

Pour nombre d’experts, ses gages donnés par le candidat Trump feraient de lui le « favori » du Kremlin. De là à lui donner un coup de pouce…

Il en est une qui n’est pas dans les petits papiers russes. Hillary Clinton n’a jamais caché son aversion pour Vladimir Poutine. L’ancienne Secrétaire d’État l’avait comparé à Hitler lors de l’annexion de La Crimée (« Si cela vous semble familier, c’est parce que c’est ce qu’a fait Hitler dans les années 30 »). Le président russe avait alors estimé qu’il était « préférable de ne pas débattre avec les femmes » et que « pour une femme cependant, la faiblesse n’est pas tellement un défaut ».

Gageons que sur ce point encore Trump et Poutine seront – une nouvelle fois – d’accord.

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