Les « photobombs » de Starlink sur les images de télescope enragent les astronomes

Espace

Par Felix Gouty le

Il n’y a pas que vos photos de vacances qui soient gâchées par des incrustations. Les images prises par des télescopes astronomiques subissent aujourd’hui le même sort à cause du passage dans le ciel étoilé des satellites Starlink d’Elon Musk.

Un télescope astronomique pour observer les étoiles dans l'espace.

Lancer des milliers de satellites dans l’espace, pour former un réseau Internet d’un nouveau genre : une innovation, certes, mais à quel prix ? La semaine dernière, l’entreprise aérospatiale d’Elon Musk a envoyé soixante nouveaux satellites Internet Starlink en orbite basse de la Terre. Et ce n’est que le début : la Commission fédérale des communications des États-Unis a autorisé Space X à envoyer jusqu’à 12 000 appareils de ce type. L’entreprise, elle, compte à terme étendre ce chiffre à 40 000. Pour rappel, son objectif est de déployer sur le territoire américain puis le reste du monde un service Internet non-astreint aux contraintes purement terrestres. Elon Musk a prouvé son fonctionnement sur Twitter le mois dernier. Cependant, la formation de cette constellation de satellites-serveurs vient de démontrer son impact négatif sur l’un des domaines de prédilection de Space X, l’astronomie. Deux astronomes travaillant à l’observatoire de Cerro Tololo au Chili se sont plaint d’interférences produites par le passage des satellites Starlink et l’importante lumière blanche qu’ils émettent. Sur Twitter, Clarae Martínez-Vázquez et Cliff Johnson ont posté des images prises lors de leur utilisation du télescope DECam (pour « Dark Energy Camera »), rendues complètement obsolètes par les « photobombs » involontaires des satellites Starlink.

« Nos observations avec le DECam ont été touchées par 19 satellites (et) leur parcours a duré plus de cinq minutes », explique Clarae Martinez-Vasquez. Cette nuisance potentiel avait été soulevée en juillet dernier par les chercheurs du futur télescope LSST (« Large Synoptic Survey Telescope »), installé à vingt kilomètres de Cerro Tololo. Ce dernier a été construit pour étudier les plus proches astéroïdes mais aussi les supernovae et la matière noire. « Le premier groupe de satellites Starlink brille suffisamment – durant l’aube et le crépuscule lorsque le LSST sera en action – pour que son passage excède le taux de saturation des capteurs et génère des artefacts incorrigibles dans nos données », soulignaient-ils dans un communiqué. Néanmoins, d’après le New Scientist, Space X serait prêt à peindre ses futurs satellites Starlink en noir afin de moins impacter les travaux des astronomes.