Facebook, arrestation et incarcération pour la photo d’un baiser

Général

Par Elodie le

Une photo postée sur Facebook et direction la case prison. Pour la plupart, Facebook est un outil de communication anodin, peut-être trop d’ailleurs à voir l’usage que certains en font. Il s’est déjà produit nombre d’affaires où une photo a conduit au licenciement d’une personne censée être en congé maladie, ou un statut a jeté l’opprobre sur celui qui l’a publié. Mais très rarement une photo aura engendré une arrestation et un détour par la case prison. D’autant plus lorsque la photo représente un baiser entre deux jeunes gens.

Leur baiser a bien sauvé l'humanité...
Leur baiser a bien sauvé l’humanité…

Et pourtant. Une jeune fille et un garçon – respectivement âgés de 14 et 15 ans – se font prendre en photo en train de s’embrasser par un ami devant le collège Tarek Ben Ziad au Maroc. Plus tard, ils postent le cliché sur leur compte Facebook. Jusque-là tout va bien me diriez-vous. Pas tant que ça. Ce cliché est à l’origine de leur arrestation et incarcération le jeudi 3 octobre.

En effet, le couple et leur ami sont poursuivis pour « atteinte à la pudeur publique » selon Chakib Al Khayari, le président de l’Association Rif des droits humains, une ONG locale. Un délit passible d’un mois à deux ans d’emprisonnement. Les deux garçons ont été incarcérés dans un centre de détention à Nador alors que la jeune fille a été, quant à elle, enfermée dans un centre pour mineurs pour filles à 300 kilomètres de là. Au Maroc et sur les réseaux sociaux, l’histoire soulève l’indignation. Depuis, leurs soutiens se mobilisent sur la toile mais également sur place. Sur Facebook et Twitter, où nombre d’adolescents ont posté des photos similaires à celle incriminée, de jeunes gens s’embrassant, avec le hastags #FreeBoussa et demandé leur libération.

 

Une page Facebook réunissant près de 7200 internautes dénonce “cette mascarade”. C’est sur cette dernière que l’on apprend d’ailleurs leur libération ce jour. Les trois jeunes gens ne sont pas sortis d’affaire pour autant, ils restent poursuivis et risquent toujours la prison. D’après Chakib Al Khayari, ils doivent être présentés vendredi devant le Tribunal de première instance de Nador.

Nador_Kiss

Ironie de l’histoire, le Nouvel Obs nous apprend que « la police a convoqué les jeunes suite à une plainte déposée par une association locale qui dit défendre… les libertés publiques ».

Dans le même temps, l’ONG Freedom House a publié un rapport concernant la liberté sur Internet. Rapport dans lequel on apprend qu‘un banal like peut vous conduire en prison dans certains pays. Dans ces derniers, “liker” du contenu illégal est aussi criminel que le crime lui-même. Ainsi, l’année dernière en Inde :

Au moins 11 utilisateurs ont été jugés en vertu de la loi appelée IT pour avoir posté ou liké des statuts sur Facebook. Dans un des cas les plus connus, la police a arrêté une femme qui s’était plainte sur Facebook des embouteillages et des interruptions de services dans sa ville pour marquer la mort du leader d’un parti de droite nationaliste hindou. Les amis de la femme, qui ont “liké” le commentaire, ont également été arrêtés.

En Thaïlande, où l’on ne rigole pas avec les insultes faites à la monarchie :

Le ministre des TIC a rappelé aux utilisateurs que liker un contenu de lèse-majesté sur Facebook pouvait entraîner des poursuites pour distribution indirecte de contenu inapproprié.

Ce rapport nous apprend notamment que la France est 6e des pays dont internet est le plus libre au monde, l’Islande quant à elle est première. Néanmoins, le rapport souligne une tendance surprenante : “les plus gros reculs de la liberté sur Internet ont eu lieu dans des démocraties cette année” notamment en Inde et aux États-Unis. Ces derniers auraient perdu 5 points à cause de l’affaire Snowden/PRISM/NSA.