Passer au contenu

Le Vertige : faut-il avoir le film en “mode Sims” de Quentin Dupieux ?

Le réalisateur convoque une esthétique que l’on avait presque oublié avec son film inspiré des graphismes des jeux vidéos des années 2000. On a vu le projet un peu fou de Quentin Dupieux.

Avec Quentin Dupieux, on a tendance à dire que ça passe ou ça casse. Le réalisateur, très prolifique, multiplie les projets dans les salles obscures. Preuve s’il en fallait une que le monsieur ne tient pas en place, il présentait deux films cette année à Cannes : Full Phil avec Kristen Stewart et Woody Harrelson puis Le Vertige avec Alain Chabat et Jonathan Cohen. Ce dernier n’avait d’ailleurs pas vocation à investir les salles obscures, Quentin Dupieux le présente comme une exploration visuelle, une expérimentation à la frontière entre le jeu vidéo et le cinéma. Et forcément, en grands geeks que nous sommes, on a voulu jeter un œil à ce projet qui promettait de nous ramener aux belles heures de la PlayStation 1 et des titres comme GTA. “Ah shit, here we go again”... littéralement.

De quoi ça parle ? 

Jacques se rend chez son ami Bruno pour lui annoncer une nouvelle importante : l’humanité vit dans une simulation. Dès lors, les deux amis remettent en question toute leur existence, se confrontent à des questionnements qui ne les laisseront pas indemnes.

Tout est réel… non tout est faux !

Chez Dupieux, tout est une histoire de concept. Il faut avouer que son Vertige repose sur une idée particulièrement maligne : faire un film sur des personnages qui remettent en question leur réalité avec une animation aux antipodes de ce que l’on qualifierait de réaliste aujourd’hui. Un Matrix passé au Blender, et plutôt deux fois qu’une. Avec de jeunes diplômés des Gobelins, le metteur en scène s’est essayé à ce moteur graphique pour faire éclore un conte de science-fiction absurde. Et ça marche. Dès les premiers instants, il use des bugs du procédé pour créer le décalage entre son sujet et son image. Le doigt d’Alain Chabat s’enfonce dans la sonnette d’un appartement, les mouvements sont improbables et les expressions… inexpressives. Dupieux s’amuse comme on s’amuserait à créer une histoire de toutes pièces sur les Sims ou n’importe quel jeu de simulation. Le décalage entre les thématiques convoquées et l’esthétique fonctionne à plein d’égards, prête à sourire et à rire franchement. Dupieux maîtrise l’absurde comme personne. Mais après ?

Le Vertige Dupieux
© Diaphana

Game over ?

Mais une fois passé cet avant-propos plutôt efficace, que reste-t-il ? Quentin Dupieux brosse quelques questionnements sur nos sociétés, interroge notre rapport au réel sans pour autant aller au bout de son idée. Dans sa dernière moitié, le film enchaîne les lieux communs et les emprunts à des monuments de la science-fiction sans pour autant leur donner corps. Matrix est même cité par les personnages, comme s’il fallait à tout prix se raccrocher à des imaginaires connus plutôt que d’en construire de véritables.

On ne peut pas s’empêcher de se dire qu’il y avait pourtant matière à pousser le concept plus loin, il faudra se contenter d’une conclusion qui ne peut pas s’empêcher d’expliquer ce qu’elle aurait dû laisser à l’appréciation du spectateur. Avec son idée d’un miroir, le cinéaste abandonne ce qui faisait la singularité de son concept. Dès lors, il s’amusera à singer les magnats de la Tech sans pour autant aller au bout. Preuve de son abandon à mi-parcours, le retournement final qui défait tout ce que le récit s’est attaché à faire jusqu’ici.

Étrangement, pour une fois, ça ne passe pas tout à fait, ça ne casse pas non plus… c’est pile entre les deux. Mais après tout, Le Vertige ne devait au début pas être autre chose qu’une expérience. Quentin Dupieux aussi semble bloquer dans une simulation, mais il est incapable de battre le boss final : conclure son récit et dépasser sa “bonne idée” pour en faire quelque chose d’autre.

🟣 Pour ne manquer aucune news sur le Journal du Geek, suivez-nous sur Google et sur notre canal WhatsApp. Et si vous nous adorez, on a une newsletter tous les matins.

Mode