Au tour du GCHQ de critiquer les géants du web

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Par Elodie le

Pour l’Agence britannique de surveillance électronique, le GCHQ (Government Communications Headquarters), les géants du web concourent à aider les terroristes et criminels de tous bords en leur offrant un « centre de commandement » sur un plateau. Dans une tribune publiée lundi, son directeur, Robert Hannigan, appelle ces plateformes à plus de coopération.

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« Le défi posé aux gouvernements et à leurs agences de renseignement est gigantesque, et ne peut être relevé que par une meilleure coopération de la part des entreprises de haute technologie.
Relever ce défi passera par des mécanismes facilitant les enquêtes légales menées par les agences de sécurité et de maintien de l’ordre meilleurs que ceux qui existent actuellement ».

C’est ainsi que Robert Hannigan, patron du GCHQ depuis le printemps dernier, requiert des diverses entreprises de la Silicon Valley qu’elles fassent preuve de plus de coopération pour faciliter l’entrée des différentes agences de renseignement sur leur serveur, dans une tribune publiée lundi dans le Financial Times.

Il appelle ainsi à l’instauration d’une « nouvelle donne » entre « les gouvernements démocratiques et les entreprises technologiques pour protéger les citoyens, qui doit être enracinée dans nos valeurs démocratiques communes ».

Cette sortie pourrait paraitre anodine et isolée si elle ne s’inscrivait pas dans une campagne plus large. Comment ne pas penser à Apple et Google qui ont récemment musclé leur politique de sécurité s’attirant le courroux du directeur du FBI qui aimerait que leur soit imposé une backdoor légale sur iOS et Android ?

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De plus, les États-Unis et la Grande Bretagne font partie des « Five Eyes », cette alliance entre les États-Unis, la Grande-Bretagne, le Canada, la Nouvelle Zélande et l’Australie autour de la récolte de données. Les gouvernements et leur agence de renseignement collaborent de multiples manières avec la NSA dans ses pratiques d’espionnage massif en se partageant informations et données collectées mais s’apportent également un soutient technologique.
Ainsi, le GCHQ est présent dans de nombreux documents subtilisés par Edward Snowden et les révélations concernant sa collaboration active avec la NSA ont fait la une des journaux du monde entier à de multiples reprises.

Il a notamment été révélé que les services de renseignement britanniques et américains, GCHQ et NSA, ont collaboré ensemble pour espionner certains utilisateurs de Yahoo! Messenger via leur webcam alors qu’ils n’étaient suspectés d’aucune activité illégale. Mais également qu’ils espionnaient les utilisateurs de smartphones android via leurs applications dont Angry Birds. Ce qui leur a valu d’être désignés « ennemis d’Internet » par Reporters sans frontières.

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Le livre de Glenn Greenwald, Nulle part où se cacher, l’affaire Snowden par celui qui l’a dévoilé au monde (aux éditions JC Lattès), est d’ailleurs très révélateur et précis sur cette alliance des Five Eyes. Sans verser dans la paranoïa, à la lumière de ces faits, cette déclaration du boss du GCHQ apparaît tout sauf spontanée et non dictée par leurs alliés, quelques semaines après celle du boss du FBI, quand bien même ce ne serait pas le cas.

Depuis les révélations d’Edward Snowden sur leur coopération avec la NSA, les géants du web tentent par tous les moyens de se racheter une virginité et restaurer la confiance perdue de leurs clients.
À l’image d’Apple et de Google donc avec leur nouvelle méthode de chiffrement, les firmes de la Silicon Valley s’échinent à donner des gages de transparence et de bonne foi en s’opposant ouvertement à l’administration américaine (dernier exemple en date avec Twitter.
Les documents subtilisés par Edward Snowden étaient très clairs sur cette collaboration avec l’Agence de sécurité nationale. Quand elles n’y étaient pas contraintes par des National Security Letter (NSL, lettre de sécurité nationale) émanant du FBI et autres agences gouvernementales ou des ordonnances FISA (Foreign Intelligence Surveillance Act), certaines compagnies mettaient beaucoup plus de cœur à l’ouvrage que ce qui leur était demandé (Microsoft notamment à en croire les documents retranscrits dans le livre de l’ancien journaliste du Guardian).

Plus que leur pratique discutable, ces agences de renseignements souhaitent aujourd’hui changer le paradigme et communiquer sur les risques encourus et les questions de sécurité plutôt que sur celles relevant de la vie privée et de la protection des données. À l’image du président Barack Obama dans son discours sur la nouvelle politique de sécurité de l’administration US et le rôle de la NSA, qui préfère axer son argumentation sur les menaces terroristes, les cyber-menaces et le spectre du 11 septembre en faisant vibrer la fibre patriotique du peuple américain, plutôt qu’interroger sur les enjeux de la protection des données et de la vie privée.

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Le patron du GCHQ a un avis tranché sur la question : « la vie privée n’a jamais été un droit absolu ». Ca va mieux en le disant.

Il faut dire que l’actualité leur donne raison et ils surfent opportunément sur la communication des groupes terroristes sur les réseaux sociaux, ces derniers leur offrant un formidable outil de propagande et de terreur. Les prises de parole de l’État Islamique en sont la parfaite illustration et donnent prétexte à toutes les déclarations non vérifiées et vérifiables de la part de ces agences.

Comme lorsque Hannigan affirme « Il ne fait aucun doute que de jeunes combattants étrangers ont appris et bénéficié des fuites [d’Edward Snowden] de ces deux dernières années ».
Par ailleurs, il commence sa tribune par ce fait» : « L’EI est le premier groupe terroriste dont les membres ont grandi sur Internet. Ils exploitent la puissance du web pour créer une menace djihadiste à portée mondiale. Isis a embrassé le web depuis un canal bruyant dans lequel il fait sa promotion, intimide les gens et radicalise ses nouvelles recrues ». Il nomme ensuite directement Twitter, Facebook et WhatsAp comme plateforme privilégiées de communication pour ce groupe.
« On peut avoir l’impression que certaines compagnies du secteur technologique sont dans le déni concernant ces détournements », ajoute-t-il. Un porte-parole de David Cameron a par la suite précisé que « le Premier ministre partageait très largement l’opinion ainsi exprimée sur l’utilisation des technologies d’accès à internet par des groupes violents et extrémistes et sur la nécessité d’en faire plus« , comme le rapporte Reuters.

Le patron du GCHQ reprend l’argument de la transparence à son compte et celui de ses agents. Selon lui en expliquant mieux leur façon de travailler et l’utilisation faites des données collectées les gens se rendront compte que tout cela n’est entrepris que pour les « protéger », il est donc nécessaire que ces entreprises coopérent :

Les agences de renseignement devraient participer au débat public autour de la vie privée. Je pense que nous avons un point de vue à faire valoir. Nous devons montrer que nous sommes responsables dans la manière dont nous utilisons les données pour protéger les gens.

Cependant, on pourrait lui rétorquer que la question ne porte pas tant sur la collecte de données pour traquer les terroristes que sur la manière discrétionnaire, massive, sans commune mesure, parfois sans preuve, sur la simple suspicion que tout le monde est un suspect potentiel, dont il pratique cette surveillance. Et ce, pour des résultats qui n’ont jamais été démontrés et qui se font attendre (deux enquêtes internes diligentées par la Maison Blanche ont abouti aux mêmes conclusions : la surveillance en masse de la NSA n’a jamais débouché sur des résultats concrets).
Personne ne refuse d’être protégé, mais personne ne veut servir de prétexte à plus d’intrusion, de surveillance et d’espionnage pour favoriser les gouvernements et leur flotte industrielle.

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