[Orange] Stéphane Richard tacle Google, Free Mobile et la neutralité du net

Business

Par Elodie le

Le PDG d’Orange n’a pas la langue dans sa poche, alors lorsqu’on lui tend le micro du Grand Jury RTL, Stéphane Richard exprime le fond de sa pensée concernant Free Mobile, Google et la neutralité du net. Tous aux abris !

stéphane_richard_orange_free_google_neutralité

FREE MOBILE

Stéphane Richard et Free c’est une grande histoire de désamour. Le premier ayant du mal à digérer les conséquences de l’arrivée du second sur le marché du mobile et sa prétendue bonne couverture 4G. C’est bien simple Free Mobile nous prendrait pour des « andouilles ».

Et aujourd’hui ? Si cette révolution annoncée par Free a bénéficié au secteur de l’économie numérique comme « élément de compétitivité » et a pu être saluée par les consommateurs qui ont vu leur facture baisser, « Les prix dans la téléphonie mobile ont baissé de 40 % en trois ans, ce qui est gigantesque » assure Stéphane Richard, pour les opérateurs historiques c’est la grise mine : marge rognée, pertes accumulées et emplois menacés, non renouvelés ou tout simplement supprimés.

Concernant la baisse des prix, Stéphane Richard, qui est reconduit pour un second mandat, aimerait que celle-ci s’arrête : « N’allons pas plus loin parce qu’on mettrait en danger la capacité de la France à être connectée à l’horizon 2020 ». Pour l’homme d’affaires, « on est arrivé à un niveau où la nécessité d’investir, d’innover dans ce secteur, est tellement importante que ça serait vraiment imprudent de continuer sur ce rythme de baisse ». Les opérateurs télécoms étant « vitaux pour l’économie » en construisant les infrastructures nécessaires à leur présence dans la « révolution numérique ».

Xavier Niel, founder of French broadband Internet provider Iliad, speaks during a news conference to launch Iliad long-awaited mobile service in Paris

En rognant sur leurs marges brutes annuelles, « 2 milliards d’euros » de pertes, « c’est limite » au niveau des capacités à investir pour Stéphane Richard, il ne faudrait pas aller au-delà. Il rappelle qu’Orange investit tout de même 6 milliards d’euros par an (réseaux, fibre, 4G).

Tableau tout aussi sombre du côté de l’emploi. Même si le PDG d’Orange n’accuse pas formellement Free Mobile d’être responsable de la crispation du secteur, il estime néanmoins que « L’emploi a baissé fortement dans le secteur. Bouygues Telecom et SFR ont licencié massivement, plusieurs milliers de personnes. Nous aussi, nous sommes obligés de réduire nos effectifs […] en ne remplaçant pas tous les départs. Je ne vous parle pas des sous-traitants [centre d’appels]… Il est évident que la photographie de l’emploi dans le secteur est mauvaise aujourd’hui et n’a pas été arrangée par cette affaire ». Mais comme le souligne NextInpact, l’UFC Que Choisir considère qu’il y a une baisse constante depuis 2002 et une stagnation entre 2010 et 2013.

doingbusinessinagafaworld

Trop de concurrence, tue la concurrence ? « Je pense que quatre opérateurs, c’est trop. Ce choix a été une mauvaise décision. On aurait pu voir des baisses de prix par d’autres moyens. C’est le gouvernement de l’époque, le régulateur [l’ARCEP] l’a beaucoup poussé… peut-être que l’industrie a payé un certains nombres d’erreurs du passé aussi… Si on regarde objectivement, personne ne peut dire que cela a été un élément positif, ni pour l’emploi, ni pour l’investissement » conclut le PDG d’Orange.

LES GÉANTS DU NET ET L’IMPOT

Stéphane Richard pointe du doigt les distorsions de concurrence et d’impôt avec les géants du web mais surtout la fascination qu’ils exerceraient sur la Commission Européenne qui les laisserait donc faire peu ou prou ce qu’ils veulent.

« J’ai été choqué, plusieurs fois, d’assister à des grandes messes européennes à Bruxelles, dans lesquelles les stars qui étaient mis en vedette, ceux qu’on faisait parler en premier étaient les Américains. Jamais des Européens. »

Il milite ainsi pour revoir les règles de concurrence au niveau européen qui empêche toute concentration, politique anti-trust en cours « depuis trente ans », il parle même d’une « exception européenne dans le secteur ». Et d’illustrer son propos en énumérant le nombre d’opérateurs présent au sein de l’Union Européenne et ailleurs (plus de 100 opérateurs pour l’UE contre 4 aux États-Unis, 3 en Chine et au Japon) mais également en comparant la capitalisation boursière des GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) avec celle des quatre principaux opérateurs européens (1200 milliards de dollars avec 250 milliards de $ de trésorerie pour les uns contre 250 milliards de capitalisation et 150 milliards de dettes pour les autres).

google-orange_stéphane_richard

NEUTRALITÉ DU NET

Pour lui, ce déséquilibre a aussi avoir avec un autre sujet, la neutralité du net.

« Historiquement, on nous demandait de construire les tuyaux [réseaux, ndlr] et de ne pas les gérer. Je ne parle pas de discriminer les contenus, hein ! Mais simplement de proposer des qualités de service différenciées, avec des prix différenciés… Comme ça existe dans n’importe quel autre secteur » plaide Stéphane Richard. « Donc c’était exclusivement dirigé sur les opérateurs ».

L’enjeu de la neutralité du net ne résiderait pas de cette différenciation d’offres et de services… mais de Google ! Présent dans la recherche avec « 97% de part de marché sur le moteur de recherche », Google équipe également les deux tiers des smartphones du marché mondial [avec son système d’exploitation Android et tous les services Google embarqués, ndlr]. Il ajoute :
« Où est le problème concurrentiel ? S’il y a un problème de neutralité du net, est-ce qu’il est du côté des 100 opérateurs européens ou pas plutôt du côté de Google ? », s’interroge Stéphane Richard.

Prône-t-il alors le démantèlement de Google ou comme l’Union Européenne la scission entre ses activités liées à la recherche et ses opérations commerciales ?

« Je réclame l’égalité de traitement sur la régulation, sur les données personnelles [au regard des règles strictes qu’ils leurs sont appliquées, les géants du web devraient en faire de même, ndlr], du point de vue de l’optimisation fiscale. Je trouve qu’il est scandaleux et inacceptable que les trois plus grandes entreprises américaines [du numérique] paient 1 % des impôts du numérique en France, alors que les opérateurs télécoms en paient 96 % ! » plaide-t-il encore.

richard_orange_google_fiscalité

Le PDG d’Orange estime que la situation est due aux défaillances de l’Europe : « C’est les failles de l’Europe, parce que ca arrange l’Irlande et quelques autres pays qui profitent du système. »
Enfonçant encore un peu le clou « L’Europe est totalement défaillante sur ces sujets. On n’a pas été capable de créer un moteur de recherche européen, peut-être entre opérateurs, qui puisse rivaliser avec Google. Je pense que c’est trop tard… Mais il y a beaucoup d’autres choses que l’on peut faire ! ».

Il concède d’ailleurs avoir des « relations complexes avec Google ». « Nous sommes dans la coopération et aussi dans l’affrontement. J’ai construit depuis quelques années des relations personnelles avec Larry Page, on se voit régulièrement en Europe ou aux États-Unis. On discute de tout, y compris des affaires qui ne nous plaisent pas ». Les choses n’ont pas l’air d’avancer pour autant.

Bonne ou mauvaise nouvelle, nous apprenons aux détours d’une phrase que Stéphane Richard a rencontré le nouveau Commissaire européen au numérique, Günther Öettinger, personne aux « idées très saines ».


Stéphane Richard, invité du Grand Jury, le 1er… par rtl-fr