Les Anonymous sont-ils des terroristes ?

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Par Elodie le

C’est la question que l’on peut se poser à la lecture d’un document confidentiel de la justice new-yorkaise que le Daily Dot s’est procuré et qui place Jeremy Hammond, hacker affilié aux Anonymous et condamné à 10 ans de prison, sur une liste de « terroristes à surveiller ».

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Jeremy Hammond sur une liste de « terroriste à surveiller »

Le FBI a donc placé Jeremy Hammond sur une liste confidentielle de terroristes à surveiller. Sur ce document, provenant de la Division des services de Justice pénale de l’État de New York (DCJS), Hammond est considéré comme un « possible membre d’une organisation terroriste » et son nom inscrit sur la « terrorist screening database » consultable par plusieurs agences gouvernementales et sur laquelle figure des personnes suspectées de liens avec Al Qaida, les FARC ou encore Al-Shabaab en Somalie.

Dans cette dénomination, il fait peu de doutes sur la manière dont le FBI perçoit le mouvement Anonymous, « une organisation terroriste ». D’ailleurs, sur une note à « détruire après usage » et révélée par le Daily Dot, il est stipulé « de ne pas avertir l’individu qu’il est inscrit sur une liste de terroriste à surveiller ». Ce qui parait assez logique finalement, mais passons.

Le mois dernier, le journaliste Barrett Brown, lui aussi connu pour ses liens avec les Anonymous, a été condamné à 63 mois de prison, soit 5 ans, pour avoir collaboré avec Hammond et publié sur son site les documents précédemment publiés par Wikileaks. Quid de la liberté de la presse et du soutien affiché par John Kerry lors des attentats commis en France entre le 7 et le 9 janvier ?

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Alors les Anonymous, des terroristes ?

Comme le précise le Daily Dot, les États-Unis n’ont pas une définition précise du « terrorisme ». La loi (titre 18 du Code américain, section 2231) le décrit comme un acte « dangereux pour la vie humaine ». Définition qui n’est pas « directement applicable » au regard du Terrorist Screening Center (TSC), système qui regroupe les renseignements des différentes agences gouvernementales afin d’identifier et repérer les terroristes sur son sol ou à l’étranger. En effet, celui-ci exclut la menace pour la vie humaine comme condition préalable à toute activité terroriste… Ce qui permet donc d’inclure les hackers et autres lanceurs d’alerte.

Pour le Centre National de lutte contre le terrorisme (NCTC), est «digne» de figurer sur la base de données du TSC (la TSDB) toute personne qui s’adonne à « des actes dangereux sur les biens ou les infrastructures » destinés « à intimider ou contraindre une population civile » ou encore à « influencer la politique d’un gouvernement » mais également tout soutien à un acte terroriste qu’il soit violent ou non. Définition très large, voire fourre tout.

Une politique américaine très répressive à l’encontre des lanceurs d’alerte et hacktivistes

Pour un ancien agent du FBI, Michael German, désormais au Centre Brennan pour le Justice et cité par le Daily Dot : « Le FBI a longtemps utilisés des termes comme cyberterrorisme qui ont créés plus d’ambiguïté qu’ils n’ont apporté de clarté ».
Cet épisode illustre bien la politique de l’administration américaine à l’égard des lanceurs d’alerte ou hacktivistes. La plupart étant assimilés à des traitres à la nation coupable d’espionnage et/ou de collusion avec l’ennemi.

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Depuis l’exil de d’Edward Snowden et son refuge en Russie, Obama ne s’est jamais véritablement exposé sur cette affaire et le sort du lanceur d’alerte, tout juste l’a-t-il évoqué sans jamais le citer lors de son discours sur la réforme des politiques de surveillance US et le rôle de la NSA en janvier dernier.

Je dirais que la défense de notre nation dépend en partie de la fidélité de ceux auxquels nous avons confiés les secrets de notre nation. Si toute personne qui s’oppose à la politique du gouvernement peut prendre [ces secrets] dans ses mains et divulguer publiquement des informations classifiées, alors nous ne serons jamais en mesure de garder notre peuple en sécurité, ou de conduire une politique étrangère.
En outre, la manière sensationnelle avec laquelle ces informations sont sortis a plus jeter de l’huile sur le feu qu’apporter une lumière sur des faits, tout en révélant à nos adversaires des méthodes qui pourraient influer sur nos opérations de façon que nous pourrions bien ne pas comprendre avant des années.

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Rappel des faits :
En 2013 nous vous relations l’histoire de Jeremy Hammond, cet hacktiviste appartenant au groupe LulzSec affilié d’Anonymous connu sous le nom d’Anarchaos, balancé par un autre hacker « Sabu », taupe du FBI au sein du mouvement.
Il sera poursuivi en vertu des lois anti-piratage pour avoir dérobé 5 millions de communications internes à l’entreprise spécialisée dans le renseignement, Strategic Forecasting, Inc (Stratfor) mais également pour avoir subtilisé les coordonnées bancaires de 860 000 de ses clients. À ce titre, il a finalement été condamné à 10 ans de prison par la justice américaine dans une procédure de plaidé coupable.

Jeremy Hammond
Jeremy Hammond

En février 2012, Wikileaks, en partenarait avec plusieurs médias du monde entier (un peu à la manière des Snowden’s files) avait publié les communications de Stratfor fournies par Anonymous auquel Hammond est donc affilié. Ces communications sont apparues très embarassantes pour la compagnie puisqu’elle révélait la surveillance de militants écologistes en Inde mais également ceux d’Occupy Wall Street ou de la PETA, organisation de défense des animaux.

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