Le fondateur de GKS condamné à 6 mois de prison avec sursis

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Par Elodie le

Boris P., 28 ans, vient d’être condamné par la justice française à 6 mois de prison avec sursis et 2 millions d’euros de dommages et intérêts. En cause ? Le site de torrent GKS.gs dont il est le fondateur.

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La bataille semble définitivement engagée contre les sites de streaming et autres P2P. Après eMule Paradise et la SCPP, c’est au tour du site GKS d’être amené devant la justice, mais par une plainte de la SACEM cette fois-ci (suivi par une foule d’ayants droit).

Il lui est reproché d’avoir causé un préjudice de 1,3 million d’euros, le parquet avait requis un an de prison ferme et 100 000 euros d’amende. Préjudice calculé en fonction des statistiques du site qui font état de plus de 56 000 membres, 55 650 torrents, pour un total de 130 158 To de données et 8 390 855 To téléchargés. Des chiffres qui semblent fous mais à relativiser au regard des 5 millions d’utilisateurs actifs et ses 480 000 torrent partagés que comptent t411 par exemple.

Le 19 février, le tribunal de grande instance de La Rochelle a condamné Boris P., connu sous le pseudo de Meska, à 6 mois de prison et 2 millions d’euros de dommages et intérêts et c’est depuis la Hongrie, à Budapest précisément, où il vit depuis 3 ans, que le jeune homme a appris la nouvelle :

« J’ai été jugé sans le savoir, alors que mon entreprise est localisée chez ma mère ! » assure-t-il interrogé par nos confrères de NextInpact.

Si plusieurs médias prétendent qu’il a quitté la France pour fuir ses responsabilités, Boris P. dément formellement, arguments à l’appui :

« Il est dit ‘partout’ que j’ai fui en Hongrie, ça me fait bien rigoler, j’ai simplement suivi une petite Hongroise, et le pays et la ville de Budapest sont tellement bien, que j’ai fini par y rester. Aussi avec mes revenus, je vis bien mieux ici où la pinte est généralement à 1 ou 2 euros… », explique-t-il.

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« C’était le 1er février 2012 [le jour de son départ pour la Hongrie, ndlr]. C’est une entreprise d’infogérance, d’administration de serveurs dédiés, c’est pour cela je peux travailler depuis la Hongrie. Mon entreprise est toujours en activité ».

Son entreprise, mais pas son site, fermé depuis juin 2014 et dont il assure qu’il n’était à l’origine qu’« un petit tracker ouvert avec une centaine de potes en décembre 2010. Le but était de pouvoir s’échanger des fichiers, essentiellement légaux. Au fil du temps, beaucoup de personnes m’ont cependant incité à ouvrir plus largement les inscriptions ».

Ne s’est-il jamais douté que ses affaires étaient suspectes, voire complètement illégales ? « Je me doutais qu’il y avait un problème, car mon compte PayPal passait son temps à se faire bloquer. Je me suis dit qu’à 27 ans, et alors que je recommençais ma vie en Hongrie, je devais arrêter les conneries ».
Discours qui n’a pas changé depuis juin 2014 où il expliquait les raisons de la fermeture de son site.

Surtout que le site ne lui rapportait pas plus que ça : « De l’enrichissement personnel, il y a dû en avoir. Peut-être 100 à 200 euros par mois, parfois j’ai aussi déboursé de ma poche »; plaide-t-il.
Son entreprise localisée chez sa mère, qui en est également la comptable, c’est d’abord elle qui fut inquiétée par les autorités afin qu’elle fasse pression pour que son fils rentre au pays :

« Je n’ai pas spécialement les moyens de rentrer pour voir ma famille, je n’en ai pas davantage pour la gendarmerie ! », se justifie Boris P.

La justice a donc fait son œuvre sans lui, sans le prévenir non plus à l’en croire, alors même que l’ambassade de France et la police disposaient de ses coordonnées.
Ce n’est qu’une fois la machine bien lancée et inarrêtable qu’il s’est décidé à prendre les choses en main : « J’ai trouvé un avocat en urgence sur La Rochelle, qui a pris le dossier en main. Mais alors que la décision était en délibéré, il ne pouvait pas bosser sur mon cas. Je suis un peu ‘sur le cul’, je ne pensais pas qu’en France, on puisse être jugé ainsi ! »

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Il jure de sa bonne foi et précise que si la SACEM l’avait contacté les choses auraient pu en être autrement puisqu’« Une seule fois un cabinet d’avocat m’a contacté, me demandant la suppression d’un torrent, cela a été fait aussitôt. »

N’a-t-il jamais pensé que ses activités lui causeraient quelques soucis ? « J’espérais avoir le statut d’hébergeur, c’est pour cela que je n’ai jamais caché mon identité », admet-il encore.
Statut accordé et conforté par la justice pour Youtube récemment, ce qui ne semble pas prêt d’arriver pour les sites de torrent…

Quoi qu’il en soit, Boris P. voit son avenir s’assombrir avec cette condamnation, cependant il n’envisage pas de faire appel, comme il a confirmé à NextInpact :

Je n’ai vraiment pas envie que cela dure des années. Cela fait un mois que je ne dors plus, j’ai perdu 10 kg. Je dois vivre avec 300 euros par mois, ce qui en Hongrie est très bien. De fait, je ne sais absolument pas quoi faire maintenant et pour la suite.

Concernant son amende, au vu de ses revenus – entreprise comprise, même en leur donnant tout « il me faudrait 227 ans pour rembourser. »



Merci à Thibaud L. pour avoir porté cette information à notre attention.

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