Interdire Tor serait impossible et insensé selon le Parlement britannique

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Par Elodie le

Une interdiction du réseau Tor serait « impossible techniquement » et peu judicieuse sur le plan politique, c’est le constat dressé par le bureau parlementaire des sciences et des technologies britannique (The Parliamentary Office of Science and Technology ou POST).

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Une volonté de mettre en lumière le dark web

En janvier, peu après les attentats de Paris, David Cameron portait l’estocade lors d’un discours en affirmant vouloir interdire les « espaces surs » et notamment les applications de messageries privées, telles que WhatsApp, Snapchat, Hangout, Skype, coupables de trop bien dissimuler les terroristes potentiels qui s’y cachent et de rendre le travail des autorités beaucoup plus difficile.

« Dans notre pays, pouvons-nous autoriser un moyen de communication entre des personnes, même des extrémistes … que nous ne pouvons pas lire ? », apportant plus tard lui-même la réponse : « Non, il ne faut pas […] Le premier devoir de tout gouvernement est de garder notre pays et notre peuple en sécurité. »

Il s’enquérait du soutien de Barack Obama quelques jours plus tard lors d’une visite de deux jours aux États-Unis. Cette volonté de s’attaquer aux espaces surs faisait opportunément écho aux déclarations du directeur du FBI, James Comey, et du GCHQ, qui dénonçaient les nouvelles méthodes de chiffrement d’Apple et Google (pour la firme de Mountain View, ça attendra), « vrai problème de sécurité nationale » pour la NSA.

Pour pallier la réticence des géants du web, Comey proposait même d’imposer des backdoors légales sur iOS et Android.

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Pour les autorités, la lutte contre le terrorisme vaut bien de s’attaquer à ces outils et réseaux garantissant l’anonymat parmi lesquels Tor figure en bonne place.
Si le réseau est prisé des internautes souhaitant protéger leur anonymat et vie privée sur la toile, il est également un terrain propice aux activités illicites en tout genre, dont le désormais célèbre « eBay de la drogue », Silk Road.

Une interdiction inconséquente politique et « impossible technologiquement »

Cependant, Cameron risque de trouver quelques obstacles sur sa route avant de parvenir à ses fins, si tant est qu’il y parvienne. En effet, lors d’une séance d’information devant les députés, les membres du bureau parlementaire des sciences et des technologies, rattaché au Parlement donc, ont jugé que si les objectifs du Premier ministre étaient « nobles », ils n’en étaient pas moins irréalisables.

« Il y a un large consensus à propos duquel l’interdiction des systèmes permettant l’anonymat en ligne n’est pas tout à fait considérée comme une option politique acceptable au Royaume-Uni. Et même si c’était le cas, il y aurait des défis techniques. »

Comme le rapporte la BBC, dans le rapport du POST, la Chine est prise en exemple. En tentant de bloquer le réseau, elle n’a fait qu’engendrer la création de « bridges », des relais passerelles TOR, « très difficiles à bloquer ».

Le POST délivre des conseils indépendants aux députés sur diverses questions scientifiques et techniques. Concernant le réseau Tor, il fait bien la distinction entre son utilisation à des fins criminelles et celle à des fins d’intérêt public, comme le whistleblowing, ce qui nécessite donc une sécurité forte.

Le rapport précise en outre que des experts en informatiques ont estimé que toute tentative législative d’interdiction ou de blocage du réseau Tor au Royaume-Uni serait « technologiquement impossible ».

À bon entendeur…

UK Briefing on Tor


http://www.bbc.com/news/technology-31816410