Facebook va-t-il devenir éditeur de presse ?

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Par Elodie le

Facebook serait en négociation avec plusieurs grands médias américains afin qu’ils hébergent une partie de leur contenu directement sur la plateforme. Est-ce le signe de la vigueur de la presse ou d’une capitulation nécessaire ? Quoi qu’il en soit Facebook confirme sa volonté de devenir un média à part entière.

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Facebook veut devenir éditeur de presse

Une demi-douzaine de médias auraient donc été approchés par Facebook afin de faire héberger leurs contenus directement sur le réseau social et ainsi éviter à l’utilisateur de cliquer sur un lien hypertexte pour accéder au site source.

De grands titres tels que The Guardian, National Geographic mais aussi Buzzfeed, le Huffington Post, Quartz ou encore le New York Times à l’origine de ces révélations.

Du côté de Facebook, on justifie ces nouvelles négociations (6 mois auparavant, un autre article du NYT révélait cette volonté de Facebook) par un seul but : celui d’améliorer encore et toujours l’expérience utilisateur, surtout sur mobile. Entendez bien, un article qui « met 8 secondes à se charger dans un navigateur web » est une hérésie 2.0 pour Facebook, d’autant plus sur mobile.

Cependant, si Facebook est toujours le leader incontesté des réseaux sociaux avec 1,39 milliard d’utilisateurs actifs dans le monde (26 millions en France), la firme de Menlo Park perd des parts de marché chez les jeunes, phénomène constaté depuis octobre 2013.
Ces derniers sont beaucoup plus volatiles et enclins à porter leurs intérêts vers d’autres applications, comme Snapchat qui a lancé en début d’année son offre Discover avec plusieurs médias dont Vice, CNN et ESPN.

On le voit depuis quelques mois, Facebook muscle sa stratégie et diversifie son offre et ses services, sur Internet et surtout sur mobile, non seulement à destination de ses membres, mais également des marques. Semblant ainsi devenir plus qu’un réseau social, mais un média à part entière ou comme le dit Vincent Glad dans Libération, « Facebook est en train de créer un Internet en vase clos, qui se charge depuis le même onglet. […] Facebook veut se confondre avec le world wide web. »

Mark Zuckerberg , Facebook

Vidéos, données de navigation, gages de revenus publicitaires conséquents

Cette volonté de se positionner comme éditeur de presse traduit cette tendance. Tout comme le développement phénoménal de la vidéo en est une illustration flagrante, notamment en incitant les marques et sites d’informations à éditer leurs vidéos depuis la plateforme, promettant une visibilité jamais atteinte en comparaison d’une vidéo hébergée sur YouTube par exemple.
Rien d’anodin dans cette promesse puisque Facebook marche délibérément sur les plate-bandes de la filiale de Google, qui se positionne juste devant le réseau social sur le marché de la vidéo. Au détriment de certaines entreprises de presse qui ont vu leur trafic baisser depuis la priorisation de la vidéo sur le réseau.

La vidéo est un eldorado en matière de revenus publicitaires pour Facebook, d’autant plus depuis que la firme a introduit « l’autoplay » sur sa plateforme, soit la lecture automatique.
6 grands médias sont donc en négociation, le NYT serait même proche d’un accord selon une source du quotidien. Quel(s) intérêt(s) pour les parties ? La crainte surgie d’être asservis par Facebook et de n’avoir comme autre marge de manœuvre sur son contenu et les données de navigations générées, celle que le réseau social voudra bien leur octroyer.

D’autant que ces données de navigation, que les médias collectent normalement sur leur site, ont une valeur importante pour eux s’ils veulent augmenter leurs revenus publicitaires, mais également analyser le comportement de leurs lecteurs.

Une présence sur Facebook est-elle forcément gage d’audience et de lecture ? Rien n’est moins sûr… L’année dernière, une étude était venue doucher les espoirs des médias et calmer les prétentions/promesses de Facebook.

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L’augmentation de la visibilité vaut-elle la perte de sa souveraineté ?

Ainsi, un article très partagé sur les réseaux sociaux n’est pas forcément lu et inversement. Et sur mobile, les lecteurs passent encore moins de temps sur les contenus.
Bien entendu, ces articles et le média source bénéficient d’une visibilité non négligeable, et il reste important que l’article soit partagé. Néanmoins, si l’utilisateur n’effectue pas l’action de cliquer sur le lien hypertexte pour être dirigé vers le site source, quel intérêt pour le média ?

Pas de vues, pas de temps passé sur l’article et le site donc de revenus publicitaires générés. Facebook les appâtera certainement en leur reversant une part non négligeable des revenus publicitaires générés sur sa plateforme.
Les négociations actuelles portent notamment là-dessus. Pour Facebook, il s’agit d’éviter l’ouverture d’un lien vers un autre site, ce qui aurait pour effet de ralentir l’expérience utilisateur. Facebook souhaite donc imposer la manière dont ce contenu sera hébergé sur sa plateforme. A cette fin, celui-ci devra répondre à des critères précis, notamment en terme de rapidité de livraison.

Quid des médias exclus de ses négociations et de leur visibilité sur le réseau social en cas de non-collaboration avec Facebook ?
Toute la question sera de savoir si chaque média est prêt à sacrifier sa souveraineté sur l’autel de la visibilité. On le sait, sur Facebook c’est l’algorithme qui dicte la loi sur le fil d’actualité (ou news feed). En le modifiant légèrement, Facebook peut favoriser un média au détriment d’un autre ou le rendre quasiment invisible. Si la relation de dépendance est à la faveur de Facebook, le réseau social ne peut se priver totalement des médias et aller à leur encontre.

Selon le NYT, The Guardian tablerait pour un partenariat groupé avec plusieurs médias afin de peser plus fortement dans les pourparlers. Le quotidien souhaiterait également conserver le contrôle de ses publicités.

Des tests devraient commencer dans les prochains mois.

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