Le cyberbullying devient un crime en Nouvelle-Zélande

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Par Elodie le

La Nouvelle-Zélande vient de criminaliser la pratique du cyberbullying, qui consiste à s’attaquer à une personne sur Internet, et dont les conséquences peuvent parfois se révéler tragiques.

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Si l’essor d’internet a permis des avancées salutaires et louables, il a amené son lot de maux avec lui : trolls, dark market (Silk Road par exemple), cyberattaques et cyberharcèlement notamment, autrement appelé cyberbullying (bully signifiant « brutaliser », « tyranniser », « harceler »).

Venue des États-Unis, cette pratique est surtout visible chez les plus jeunes. Autrefois, les têtes de Turcs des récrés pouvaient rentrer chez elles et aspirer à un peu de paix. Désormais, avec Internet et les réseaux sociaux, Facebook surtout, où les pages dédiées aux cibles désignées pullulent, le harcèlement est ininterrompu, violent et collectif : des pages se créent, on se partage des vidéos et photos humiliantes, on commente, on raille, on invective, on insulte sur la place publique numérique, entraînant des détresses émotionnelles et psychologiques lourdes chez les victimes. Dans les cas les plus tragiques, certains cas ont mené au suicide.

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Parents et enseignants sont parfois impuissants quand ils veulent bien ouvrir les yeux et se sentent démunis face à un phénomène qu’ils saisissent mal. La CNIL a d’ailleurs publié une fiche explicative sur le sujet. À l’école, un meilleur encadrement ainsi que plus d’informations sur les outils numériques est nécessaire. Ces questions ont été abordées lors du CIS (Child Internet Safety) Summit 2015 qui s’est déroulé à Londres le 3 juillet. Il est ressorti de la conférence e-safety in the classroom and beyond (e-sécurité en classe et au-delà) que 24% des parents britanniques n’ont aucune idée sur la manière d’éduquer leurs enfants sur les risques en ligne.

La nécessité d’un changement de comportement est apparue, certes. Changement qui commence par de la prévention, dont les conseils simples enfoncent des portes ouvertes, mais ne semblent pas pour autant respectés : réfléchir avant de poster, ne pas fournir d’informations personnelles en ligne, ne pas discuter avec des étrangers (hors du cercle d’amis et que l’on n’a jamais vu) et accepter de se mettre en scène pour eux, etc.

« Le bon contenu, à la bonne place, au bon moment » est le mantra d’une pratique en ligne sûre.

Mais comment faire face à ces nouveaux phénomènes, quel type de prévention mener, quels conseils donner aux enfants, qui est responsable en cas de délit, parents, enfants, enseignants ou les entreprises high tech qui fournissent ces outils sur lesquels les harceleurs se déchaînent (Facebook, Twitter, Vine, Snapchat & Co) ?

En attendant de trouver la bonne marche à suivre, la Nouvelle-Zélande a décidé d’adopter une loi contre le cyberbullying, the Harmful Digital Communications Bill (la loi sur les communications numériques nocives). Il sera désormais interdit d’envoyer, à toute personne, des messages à caractère raciste, sexiste, critique envers leur religion, leur sexualité ou leur handicap. Sera également pris en compte pour déterminer le préjudice subi, le fait d’entamer une communication dans le but de provoquer une « détresse émotionnelle grave ».

Toute personne s’étant rendue coupable de ce crime encourra une peine de deux ans de prison et une amende maximale de 33 900 dollars néo-zélandais (soit environ 20 531 euros).
Une agence non encore créée aura la charge de traiter les plaintes émanant des plateformes telles que Facebook ou Twitter. Néanmoins, elles peuvent invoquer le Safe Harbour (qui autorise le transfert des données personnelles des Européens aux autorités américaines) uniquement si elles s’engagent à supprimer les contenus incriminés dans les 48 heures suivant leur découverte.

Un crime distinct d’incitation au suicide a également été créé. Toute personne ayant incité à un tel acte encourra une peine de trois ans de prison.

Certains opposants à cette loi pointent des contours trop larges qui pourraient limiter la liberté d’expression, mais également le fait que cette nouvelle loi permet potentiellement de criminaliser des enfants de plus de 14 ans. Là où la prévention manque, la répression éclos.

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