Voitures sans conducteur : Le CNRS étudie les choix « moraux » lors d’accidents mortels

Automobile

Par Henri le

Le développement à grande échelle des véhicules autonomes ne parait plus très loin. Mais ces derniers feront-ils toujours le bon choix en cas de risque mortel ?

touareg_grand_challenge

La voiture autonome est à nos portes, et devrait sérieusement se démocratiser dans les 20 années à venir. Nous évoquions d’ailleurs récemment un trajet Paris-Bordeaux réalisé sans encombre au début du mois d’octobre. Mais l’avènement de la voiture sans conducteurs soulève de nombreuses questions. Si l’aspect technologique intéresse la plupart d’entre nous, les véhicules autonomes posent également des problèmes éthiques et moraux. Des chercheurs du CNRS (et d’autres universités américaines) se sont focalisés sur ces derniers, en étudiant différents cas de figure incluant des accidents mortels.

Parmi les exemples cités dans l’étude, un en particulier met en lumière cette problématique. Lancé à 60 km/h, un véhicule autonome voit débouler un groupe de dix personnes au milieu de la route. Alors que le choc parait impossible à éviter, le véhicule doit faire un choix : sacrifier le conducteur en s’encastrant dans un mur ou le préserver, mais tuer plusieurs piétons. Un choix terrible, que l’intelligence artificielle de la voiture doit pourtant pouvoir faire.

Ethical cars

Ces questionnements sont essentiels puisqu’ils pourraient être déterminants dans la commercialisation et la mise en avant de cette technologie. Le choix ne revenant plus au conducteur, ce genre de programmation pourrait en effet décourager des acheteurs potentiels.

Le chercheur Jean-François Bonnefon et ses collègues ont d’ailleurs compris l’importance de l’opinion publique sur le sujet. Ils ont donc soumis ce dilemme à des centaines de télé-travailleurs, en leur demandant quelle décision leur voiture devrait prendre selon eux. Les participants étaient soumis à plusieurs scénarios, à travers lesquels un ou plusieurs piétons pouvaient être sauvés si le véhicule fonçait dans une barrière, en tuant l’occupant ou même un autre piéton esseulé.

voiture-autonome-ford-evite-meme-pietons-800x

Les interrogés ont globalement répondu en faveur de la minimisation du risque, quitte à perdre la vie. Cet altruisme, qui pourra étonner certains, reste à prendre avec des pincettes. En effet, les participants ont indiqué qu’ils préféraient que les gens utilisent des voitures autonomes programmées comme cela plus qu’ils ne comptent les conduire eux-mêmes. L’étude indique donc qu’ils ne pensent pas en tant que conducteur, mais plutôt en leur qualité de piéton.

capteur_pieton1

Cette enquête passionnante (disponible ici en PDF) peut paraître précoce, mais Bonnefon estime au contraire que la « moralité algorithmique » est un sujet éthique d’une importance capitale vu la possible explosion de ce marché.