La NSA a espionné Israël lors des négociations sur le nucléaire iranien

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Par Elodie le

Placée sous le feu des projecteurs, la secrète NSA n’en poursuit pas moins ses activités de surveillance. Le Wall Street Journal révèle que l’Agence de sécurité nationale aurait espionné Israël lors des pourparlers concernant l’accord sur le nucléaire iranien, contre lequel Benyamin Netanyahou était farouchement opposé.

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crédits : AP Photo/Pablo Martinez Monsivais

C’est au terme de longues et âpres négociations que l’accord sur le nucléaire iranien a pu être signé entre l’Iran et les « P5+1 » (États-Unis, Russie, France, Allemagne, Chine et Royaume-Uni) en juillet dernier à Vienne.

Dès 2014, Israël n’a pas manqué de dénoncer ces tractations et de fustiger l’accord historique jusqu’au sein même du Congrès américain.

Aujourd’hui, le Wall Street Journal révèle que la NSA aurait espionné Israël au cours de ces pourparlers, mais surtout surveillé les communications téléphoniques du Premier ministre israélien lors de sa venue aux États-Unis pour prononcer un discours devant le Congrès, avant que celui-ci ne se prononce sur l’accord récemment signé.
Benyamin Netanyahou entendait faire pression sur le Congrès afin qu’il s’oppose à l’accord, « un compte à rebours pour un cauchemar nucléaire », et n’a pas manqué de vilipender la politique diplomatique du président Barack Obama.

Un retour à l’envoyeur puisque le quotidien américain avait précédemment révélé qu’Israël déployait les mêmes efforts à l’encontre de Washington, afin d’espionner les discussions qui se tenaient à huit clos.

Par ailleurs, le WSJ précise que la NSA a également intercepté les conversations téléphoniques entre des membres du Congrès, de hauts responsables israéliens et des groupes de juifs américains.

Selon des responsables américains cités par le journal, l’administration US a estimé que les informations interceptées auraient leur utilité afin de contrer la campagne de Netanyahou contre l’accord nucléaire iranien. Elle a donc laissé à la NSA le soin de décider si les informations interceptées devaient être partagées.

Grâce à ces écoutes, la Maison Blanche aurait appris que Netanyahou et ses conseillers avaient délibérément fait fuiter des informations sur les pourparlers entre les États-Unis et l’Iran interceptées par les services israéliens. L’ambassadeur d’Israël aux États-Unis, Ron Dermer, aurait ainsi fourni à des groupes de juifs américains un certain nombre d’arguments à faire valoir auprès de leur élu, membres du Congrès, afin de les monter contre l’accord et influencer leur vote.

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Netanyahou devant le Congrès en mars 2015 – crédits Reuters

Cependant, lors de ces écoutes, la NSA s’est rendu compte qu’elle interceptait également des conversations téléphoniques des membres du Congrès : « Cela a provoqué des inquiétudes que la branche exécutive puisse être accusée d’espionner le Congrès ». L’agence aurait donc supprimé les noms des législateurs de leur rapport, ainsi que les données personnelles et propos obscènes avant de le transmettre à la Maison Blanche, précise l’article.

Bien que Washington assure n’utiliser les moyens mis à la disposition de la NSA que pour des impératifs de sécurité nationale, il a été maintes fois révélé que l’agence gouvernementale espionnait également des dirigeants et leaders mondiaux à travers le monde, comme la chancelière Angela Merkel.

Lors de son discours sur la réforme de la NSA en janvier 2014, Barack Obama affirmait que les États-Unis n’espionneraient pas – ou plus – ses alliés, Benyamin Netanyahou ne semble pas figurer sur cette liste. Ce n’est pas une grande surprise au vu des rapports qui (dés)unissent le président américain et le premier ministre israélien.

Il serait naïf de penser qu’avec les moyens déployés les États-Unis se contentent de lutter contre le terrorisme quand elle a une longue réputation d’espionnage économique et diplomatique. Nuançons cependant, le pays de l’oncle Sam n’est pas le seul à s’adonner à ces pratiques, ce qui explique peut-être les réactions plus que timorées de la France ou de l’Allemagne lors des révélations faisant état d’une surveillance appuyée à leur égard.