La première greffe de tête humaine (d’un cadavre à un autre) a eu lieu

Science

Par Mathieu le

Cela fait plus d’un an qu’il en parle. Et c’est en passe de devenir une lugubre réalité. Le neurochirurgien Sergio Canavero a confirmé à la presse et à la communauté scientifique mondiale qu’il avait, il y a quelques jours, réalisé la première greffe de tête humaine. Cette opération, post mortem, a donc été effectuée sur deux cadavres humains. C’est en Chine que l’homme, assisté du chirurgien Xiaoping Ren et d’une équipe de médecins, a pu mettre en place cette opération de greffe. Bien évidemment, depuis l’annonce, la communauté médicale est unanime pour dénoncer “une opération inhumaine” et qui est controversée depuis de nombreux mois.

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Une première réussie ?

C’est lors d’une conférence de presse tenue à Vienne, en Autriche, que l’italien Sergio Canavero a affirmé avoir réussi l’inimaginable. Il faut dire qu’il évoque ces recherches depuis longtemps. En septembre 2016 déjà, il parlait de ses études, notamment sur la moelle épinière. Grâce à un composé chimique appelé polyéthylène glycol, ou PEG, le scientifique tente de réparer la colonne vertébrale endommagée de divers animaux. Il a déjà testé le composé sur des souris, rats et même sur un chien. Les résultats sont mitigés. L’expérience sur les souris a été partiellement concluante. Sur seize souris dont il avait endommagé la moelle épinière, huit ont reçu pour traitement le composé PEG. Aux huit autres, le chercheur a administré une solution saline. Au final, cinq souris sur les huit traitées aux PEG ont survécu et ont retrouvé une certaine mobilité.

En août 2016, Valery Spiridonov explique se porter volontaire pour aider la science. Cloué dans un fauteuil roulant depuis toujours, il décide de confier sa vie au neurochirurgien et demande à ce que sa tête soit transplantée sur un autre corps. Un hôpital au Vietnam accepte également de prêter son bloc chirurgical dans le cas où la greffe aurait lieu. Mais depuis, plus aucune nouvelle. On pense alors que Sergio Canavero n’a plus les moyens de continuer ses recherches.

Mais, vendredi dernier, un article paru dans le Surgical Neurology International a confirmé que l’équipe menée par Xiaoping Ren et le neurochirurgien italien a réalisé une “anastomose céphalosomatique.” C’est au sein de l’Université médicale de Harbin, en Chine que cette greffe de tête entre deux cadavres a eu lieu. Et pour eux, il s’agit ni plus ni moins d’une grande avancée pour traiter certaines maladies neuromusculaires aujourd’hui incurables. Ainsi, deux équipes de cinq chirurgiens ont travaillé ensemble sur les deux cadavres, afin de préparer la tête du “receveur” pour la première tandis que la seconde traitait le corps du “donneur” .

Encore beaucoup de travail

Il a ainsi fallu réunir plusieurs spécialistes sur une même opération : chirurgies du cou, des vaisseaux, chirurgies orthopédique, plastique, gastro-intestinale et neurochirurgie. On apprend ainsi qu’il a fallu au total dix-huit heures pour réaliser l’opération et permettre, à l’aide d’une plaque en titane et de vis placées sur la colonne, de faire rejoindre une tête A vers un corps B. Le système utilisé aurait permis “une bonne stabilité de la tête.”

L’œsophage et la trachée ont été reliés, les vaisseaux sanguins ont été reconnectés afin de restaurer une circulation sanguine pour le cerveau, les muscles profonds ont été suturés et la peau a été recousue. Malgré les affirmations de “grande réussite”, la communauté scientifique dénonce une opération qui n’a pas eu à traiter les problèmes de perte de sang pendant l’intervention, ceci étant dû au fait qu’il s’agissait de cadavres. Mais Sergio Canavero et Xiaoping Ren ont répondu “que cela ajouterait du temps à l’opération.”