Pas de compétition officielle pour les films Netflix au Festival de Cannes

Cinéma

Par Julien Paillet le

La polémique Netflix touche à sa fin. Du moins pour le moment. En effet, après le cas Okja l’année passée, le président du Festival de Cannes, Thierry Frémaux a annoncé que tous les films en compétition officielle devront, par la suite, être diffusés en salles.

Les films Netflix devaient être diffusés en salles pour pouvoir bénéficier d’une sélection en compétition officielle. Une règle qui, à l’époque, n’avait été transmise que par le biais d’un communiqué : “Dorénavant, tout film qui souhaitera concourir en compétition à Cannes devra préalablement s’engager à être distribué dans les salles françaises. Cette disposition nouvelle s’appliquera dès l’édition 2018 du Festival International du Film de Cannes.”

Une règle aujourd’hui bien confirmée par le président du Festival de Cannes en personne. Celui-ci a annoncé la nouvelle en ces termes :  “Les gens de Netflix ont adoré le tapis rouge et aimeraient nous présenter d’autres films. Mais ils ont compris que leur intransigeance sur leur propre modèle s’oppose désormais à la nôtre

Thierry Frémaux ne dénigre pas, pour autant, les productions de la plateforme de streaming américain qu’il qualifie d’“extrêmement brillantes sur le plan artistique“. Ainsi, si les films Netflix sont interdits de compétition officielle, ils peuvent néanmoins être sélectionnés dans la catégorie hors compétition. Un mal pour un bien ?

Steven Spielberg prend la parole

Lors d’une interview accordée à ITV News, le créateur des Dents de la mer s’est lui-aussi exprimé sur le sujet en déclarant : “Une fois que vous choisissez le format télé, vous faites un film pour la télévision. Et vous méritez, si c’est un bon film, de gagner un Emmy Award, mais certainement pas un Oscar. […] Je ne pense pas que les films qui sont projetés dans quelques salles pendant moins d’une semaine devraient être nommés aux Oscars“.

Si on peut comprendre le point de vue du réalisateur de Ready Player One, ses propos sont cependant à remettre en question. En effet, toute l’argumentation du cinéaste repose sur la notion de choix. Ici, le choix de travailler pour le format télé. Pourtant, il faut rappeler que certains metteurs en scène ne choisissent justement pas cette option et qu’ils se la voient parfois imposée. C’est ce qui est arrivé à Alex Garland et son formidable Annihilation cette année. Le film était d’abord prévu (et pensé) pour sortir en salles, avant de se retrouver sur Netflix.

Si l’affaire semble aujourd’hui close, on ne doute pas que le dossier cannois de Netflix et ses nombreux enjeux, plus complexes que ne semble le dire Steven Spielberg, soient rouverts dans les prochaines années.

14 réponses à “Pas de compétition officielle pour les films Netflix au Festival de Cannes”

  1. Si Netflix sort ses films en salle, il lui sera interdit de les diffuser sur sa plateforme pendant une période énorme. Vive l’exception culturelle française de mmmmmmmmmmm? 

  2. La chronologie des médias tue le cinéma et les réalisateurs ne s’en rendent toujours pas compte…

    La presse n’a pris que très tardivement le tournant d’Internet avec les conséquences que l’on connaît (et vouée à disparaître avec les générations nées avant les années 60) et l’industrie du cinéma prend la même voie, ne réalisant pas encore le fossé abyssale qui séparent les générations post-Y et les autres, mais faisant partie de ces derniers, leur industrie risque de mourir avec eux mais leurs égos surdimensionnés ne semblent pas être dans la capacité de le discerner…

  3. Netflix est 1/ populaire, 2/ sur petit écran, et 3/ américain. Trois choses que le petit monde élitiste du cinéma français à toujours méprisées. Arrêtons l’hypocrisie, Cannes est traditionaliste (qui à dit réactionnaire ?) et le restera. Arrêtons de nous faire croire que les festivals français ont la même considération pour toute la création audiovisuelle, alors qu’ils s’entêtent à la classer en sous-catégories (films sur grand écran, séries télévisées, court métrages du web…). Tout ce petit monde a dix ans de retard et ne parvient pas à comprendre qu’avec les nouveaux modes de production/ diffusion/ consommation, ces frontières sont tombées. Bref, si vous voulez voir un excellent film Netflix primé en France, il va falloir attendre que quelqu’un créé le "Festival de ce qui passe à la télé mais aussi sur internet mais qui n’est ni une série, ni un court-métrage, ni un documentaire, ni un film diffusé aussi au cinéma". La fameuse "exception française" ^^

  4. Je pense qu’on ne peut plus comparer Netflix au petit écran, ou alors de moins en moins. Les films pour la télé, les téléfilms en gros, sont loin d’avoir le même budget qu’un film de cinéma. Mais on sait bien qu’avec les services de VoD les choses ne sont plus les mêmes. Netflix investit, et investira de plus en plus d’argent dans de gros film, j’en suis sûr. Je me demande même si certains de leurs films actuels n’ont pas déjà un budget équivalent à certain films destinés au cinéma…

    Du coup Mr Spielberg, quelle est la vraie différence entre un film destiné au cinéma et un film destiné à Netflix quand ceux-ci ont le même budget ? Le support sur lequel on le regarde ? Exact. Cela mérite-t-il alors qu’on disqualifie les réalisateurs de ces derniers ? Je ne pense pas!

  5. Ben voyons, et l’orthographe Madame Soleil, c’est sensé disparaître avec la presse et le cinéma ? L’âge ne fait rien à l’affaire disait un poète ante-netflix

  6. C’est sur que si on évalue les films au montant de leur budget on a plus besoin non plus de jury. C’est comme si le prix Goncourt allait au bouquin qui a le plus de pages.

  7. Un festival de cinéma n’est pas obligé de s’intéresser aux télé-films ricains même si tout le monde les regarde et qu’il y a des gros sous derrière. Une salle de cinéma reste une salle de cinéma, dans tous les pays du monde. La télé à la maison ça n’a rien de nouveau et il n’y a que vous qui ne voyez pas la frontière entre les deux.

  8. Désolé, mais non. N’en déplaise à ceux qui voudraient que tout soit resté comme dans les années 80, les usages ont changé. Si par le passé il a pu être cohérent de distinguer d’un côté le cinéma, temple de l’oeuvre audiovisuelle de qualité, et de l’autre la télévision, support de divertissements populaires sans réel intérêt artistique, aujourd’hui tout cela n’est plus vrai. Ce qui est visible à la télévision l’est aussi sur internet, et inversement, et alors qu’aller au cinéma ne garantie plus d’y voir de la qualité, ceux qui par le passé y exerçaient leur talent n’ont plus de scrupule aujourd’hui à travailler pour le petit écran. Il n’y a qu’en France qu’on s’entête à voir dans les fameux "téléfilms" quelque chose de médiocre et péjoratif, là où ailleurs ça n’est q’un moyen de diffusion plus simple et moins coûteux. 
    Bref, si l’on peut défendre le principe d’un festival consacré à un type de média précis, celui qui consiste à ne prendre en compte qu’un seul mode de diffusion n’a plus aucun sens aujourd’hui. Les frontières sont belles et bien tombées, les grands films ne sont plus l’apanage du cinéma, et ceux qui, comme Thierry Frémaux, s’entêtent à penser le contraire sont simplement dans le déni. S’il n’y avait que moi qui voyait ça, le débat Netflix n’existerai pas 😉

  9. Je suis certain que des festivals alternatifs vont être crée car l’industrie du streaming est trop importante pour être écartée de ces happening qui apportent de la notoriété à peu de frais, et là Cannes n’aura que ses yeux pour pleurer car ce ne sont ni les plus forts ni les plus intelligents qui survivent mais uniquement ceux qui s’adaptent…

  10. Oh, que vois-je ? Un film un peu singulier et qui fait réfléchir. C’est forcément mauvais oui. Alex Garland aurait dû mettre Iron Man dedans pour que ce soit plus "fun".

  11. Oui, bien entendu, mais le cinéma n’a pas disparu. Comprenons nous bien : il ne s’agit pas de la frontière entre bonnes et mauvaises créations audiovisuelles mais entre mater un film sur son iphone ou dans son canapé et aller à une séance de ciné. Ce sont des expériences réellement différentes. Le festival de Cannes porte sur la seconde et il ne me paraît pas insensé que de refuser de le transformer en jeux olympiques du son et de l’image.

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