Un pic de méthane relance l’hypothèse des microbes martiens

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Par Antoine le

D’après CNET, Le rover Discovery a mesuré un important pic de méthane sur Mars ce mercredi. Cette découverte a relancé une nouvelle fois la sempiternelle question de la vie sur la planète rouge.

Cette mesure est tout sauf anodine car la concentration mesurée est environ trois fois supérieure au précédent record enregistré par le robot de la NASA. Et si la découverte de méthane suscite toujours autant d’excitation, c’est parce que sur Terre, il fait partie intégrante des produits du métabolisme de nombreux êtres vivants. On peut citer les ruminants, connus pour en produire de grandes quantités. Naturellement, les spéculations vont bon train car en l’état, rien ne permet de rejeter l’hypothèse que le méthane martien soit d’origine biologique. On sait qu’il existe de nombreux micro-organismes capables de résister à des conditions extrêmes. Certaines espèces de tardigrades, par exemple, sont connues pour résister aux températures et aux rayonnements du vide sidéral. Comme le rappelle Mike Mumma, du Goddard Space Flight Center; il n’est donc pas exclu que ce gaz provienne directement de micro-organismes enfouis dans le sous-sol !

L’une des idées en tête de la liste est que ce méthane est relargué de réservoirs souterrains crées par une activité biologique passée.

Mais si cette hypothèse est particulièrement excitante, les responsables de la mission rappellent qu’il faut rester prudent avant de tirer des plans sur la comète.

Credits: NASA/JPL-Caltech

En effet, la vie n’est pas la seule source de méthane connue. Rien que sur Terre, on sait que de grandes quantités de méthane peuvent être produites par d’autres processus, dits abiotiques. On peut citer les volcans actifs, qui relarguent des quantités astronomiques de méthane dans l’atmosphère. Une autre source de méthane se situe au fond des océans. A certains endroit, il existe des zones où des remontées chaudes issues du manteau terrestre débouchent au niveau des fonds marins. Cela donne de véritables cheminées sous-marines (les “fumeurs noirs” ou “fumeurs blancs”). Ce sont des zones très actives chimiquement, où sont émises de très grandes quantités de soufre, d’ammoniaque.. et de méthane, produit par des réactions chimiques entre l’eau et la roche permises par les conditions extrêmes des fumeurs. Il serait donc envisageable qu’un processus analogue ait lieu sur Mars, conduisant à une accumulation de méthane dans le sous-sol. A un moment donné, la fracture du réservoir laisserait s’échapper le méthane, le rendant ainsi brièvement détectable. Ce phénomène est très bien illustré dans cette petite animation publiée par un administrateur de la NASA, avec un selfie de Curiosity en prime :

Il pourrait aussi s’agir d’un phénomène sans aucun équivalent sur Terre. On sait que Pluton présente du méthane à l’état solide (de la glace de méthane). Titan, l’une des lunes de Saturne, possède même des lacs de méthane liquide. Le constat est sans appel : à l’échelle du système solaire, le méthane n’est pas une rareté. La particularité de la Terre réside dans le fait que seule une petite partie (moins de dix pourcents) du méthane terrestre soit d’origine géologique, la majeure partie étant le fait du métabolisme d’organismes vivant. Et jusqu’à preuve du contraire, la planète bleue reste le seul exemple connu de méthane d’origine biologique.

Des pistes, mais aussi de nouvelles questions

Si cette mesure est intrigante, c’est aussi parce que ce pic important n’a pas été repéré par l’ExoMars Trace Gas Orbiter. Ce satellite de l’ESA embarque pourtant une sonde extrêmement sensible au méthane : cela signifie que quelle que soit son origine, il est détectable très brièvement au niveau du sol avant de se dissiper dans l’atmosphère. Cela indique soit la fracture d’un réservoir où le gaz s’accumulait depuis un certain temps, soit un relargage du à un événement ponctuel où beaucoup de méthane aurait été produit. Dans les deux cas, les différences d’observation entre Curiosity au sol et ExoMars en orbite n’est pas anodine, et connaître la raison de ces différences apportera de nombreuses réponses sur la façon dont le méthane se comporte sur mars.

La NASA a annoncé dans la foulée de ces résultats la planification d’une nouvelle mission, avec pour objectif d’identifier la source exacte de ce méthane. Cela passera par la mesure d’autres données importantes, surtout l’âge de ce méthane. Il faudra aussi découvrir si le pic enregistré est un épisode isolé ou s’il pourrait y avoir une certaine périodicité. Quels que soient les résultats de cette mission complémentaire, les résultats promettent d’être fascinants. La découverte de vie microbienne sur la planète rouge serait l’aboutissement d’un véritable fantasme scientifique vieux de plusieurs décennies. Mais cela ne serait pas forcément une déception si ce méthane se révélait d’origine abiotique : cela pourrait tout de même redéfinir notre connaissance de la géologie et des origines de Mars. Reste à attendre les résultats de cette prochaine mission pour en savoir plus… certainement pas avant plusieurs années, malheureusement.

Source: NASA