Le cuisant échec de la route solaire de Ségolène Royal

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C’était le grand projet de Ségolène Royal, en 2016 : une route jonchée de panneaux solaires à Tourouvre-au-Perche dans l’Orne, symbole du renouveau écologique voulu par l’élue socialiste. Aujourd’hui, cette belle initiative tombe malheureusement en décrépitude.

Cette voie de circulation innovante, forte de ses 2800 m² de panneaux photovoltaïques, était censée produire plus de 750 kWh par jour et autour de 275.000 kWh à l’année. Soit assez pour générer assez d’électricité pour alimenter l’éclairage public d’une ville de 5000 habitants. Mieux encore : cette route devait être très rentable, et rapporter autour de 10.000€ par an grâce à la vente de l’électricité produite. Près de trois ans après son inauguration en grande pompe le 22 décembre 2016, l’initiative a du plomb dans l’aile et l’enthousiasme est retombé. Le constat est amer : la route miracle n’est pas efficace en termes énergétiques…

Le Monde s’appuie sur les relevés de l’association BDPV pour affirmer que la première année, les chiffres n’étaient déjà pas encourageants : un peu plus de 50% de l’objectif avait été atteint, avec environ 149.595 kWh sur l’année. Pire, ce résultat déjà inquiétant a encore empiré avec le temps : depuis janvier 2019, la route aurait produit 37.900 kWh. Si on extrapole en projetant ce chiffre sur l’année 2019, on atteint péniblement les 60.000 kWh… soit à peine plus de 20% de l’électricité escomptée.

Et si cette route est loin de justifier les espoirs placés en elle en termes de production énergétique, le volet économique n’est guère plus encourageant. Gilles Morvan, directeur du conseil départemental de l’Orne, a confié au monde avoir perçu 4550€ sur les 10.000 attendus en 2017, et 1540€ pour le premier trimestre 2019. Soit loin des recettes attendues.

Usure, saleté et riverains sceptiques

La raison principale de ces chiffres décevants est l’usure que subissent les panneaux. On sait parfaitement que l’efficacité des panneaux solaires diminue de façon drastique avec la saleté et la pollution. Forcément, cette route n’y échappe pas : entre la circulation et les feuilles d’arbre qui s’y déposent, le rendement souffre forcément. L’ensemble souffre aussi d’un problème structurel : les plaques de panneaux solaires ne sont pas assez solides pour résister aux assauts continus des véhicules, qui finissent par malmener la résine protectrice. Celle-ci a donc tendance à s’opacifier voire à se décoller, puis à se briser, générant ainsi des éclats tout sauf idéaux pour la conduite et le reste des panneaux…

Et il ne faut pas compter sur les locaux pour trouver des excuses à l’ouvrage : en plus de ne pas être rentable, il s’est révélé être une vraie nuisance sonore pour tout le voisinage, à cause du revêtement pas vraiment conçu pour être performant en termes auditifs. Etienne Gaudin, patron de Wattway, la filiale de Colas qui dirige l’expérience, a concédé à l’Express que le système n’était “pas mature” sur le trafic interurbain, et que la logique de production n’était “pas pertinente”. Un vrai aveu d’échec.On ne verra donc certainement pas de route comme celle-ci se démocratiser en France, ou en tout cas pas sous cette forme…