Ce pansement expérimental aide les plaies à se refermer deux fois plus vite

Science

Par Antoine le

Dans une étude publiée dans Science Advances ce mercredi, des chercheurs affiliés à Harvard ont présenté un nouveau type de pansement inspiré du fonctionnement des tissus embryonnaires. Les résultats sont prometteurs, et la technologie plus abordable que les différents pansements connectés développés aujourd’hui.

Photo: Wyss Institute at Harvard University

Notre peau est la première défense de notre organisme contre toutes les agressions du milieu extérieur : elle est donc soumise à des contraintes à chaque instant de notre vie. C’est pourtant une mal-aimée d’un point de vue thérapeutique : la plupart des blessures de la peau sont considérées relativement bénignes, et on peut comprendre qu’une simple brûlure ou égratignure ne nécessite pas l’utilisation d’une technologie de pointe.

Pourtant, des solutions très avancées ont déjà été développées, à des fins surtout expérimentales pour l’instant. Ces technologies pourraient aider à surveiller, voire même à traiter les blessures ou maladies de façon plus efficace. On peut notamment citer cette gamme de “bandages intelligents” , capables de surveiller la température et le pH d’une plaie et de délivrer une faible de dose de médicament si les circonstances l’exigent.

Un pansement connecté, imaginé par l’université Tuft. | © Tuft University

Mais aussi excitantes soient ces nouvelles technologies, elles présentent le défaut rédhibitoire d’être très complexes à développer et donc onéreuses à fabriquer. Cela limite drastiquement leur potentiel dans le cas d’une application à grande échelle. En partant de ce constat, des chercheurs d’Harvard ont développé une toute nouvelle approche : un bandage thermoactif, très résistant, antibactérien et capable d’assumer quasiment toutes les fonctions des bandages connectés mentionnés ci-dessus.

Baptisés Active Adhesive Dressings (AADs), ils permettent de refermer une plaie plus rapidement tout en empêchant la prolifération de micro-organismes. Mais surtout, ils ne sont pas limités aux écorchures sur les coudes : ils sont parfaitement adaptés à d’autres cas plus délicats à traiter, comme des ulcères ou des escarres. Mieux : ils peuvent également servir à délivrer un médicament de façon contrôlée, ou même servir de composants à d’autres thérapies basées sur la robotique.

Une technique inspirée du tissu embryonnaire

Pour mettre au point leurs AADs, l’équipe s’est inspirée du tissu embryonnaire. Celui-ci présente une particularité qui disparaît ensuite : à un stade précoce de son développement, la peau d’ un embryon est capable de se régénérer intégralement, sans laisser de tissu cicatriciel. Pour cela, les cellules situées en périphérie de la blessure produisent des fibres constituées d’actine, la même protéine qui est au cœur du mécanisme de contraction des muscles squelettiques. De la même façon, elles vont tirer sur les bords de la plaie pour la refermer, un peu comme lorsqu’on tire la ficelle d’un sac poubelle.

Un schéma de l’actine à l’œuvre dans la contraction d’un muscle squelettique. | © Chandres, WikiCommons

C’est ce processus que les équipes d’Harvard ont tenté d’émuler. Ils se sont basés sur un puissant bioadhésif développé en 2017, basé sur des hydrogels et capable d’adhérer à la peau avec 10 fois plus de force qu’un bandage classique. Ils y ont ajouté un polymère thermoréactif, qui présente la particularité de se contracter lorsqu’il est exposé à une température supérieure à environ 32°C. Cette contraction imite le processus que l’on trouve chez les embryons, pour améliorer significativement la régénération du tissu.

Les chercheurs ont testé leur technologie sur de la peau de souris, avec des résultats concluants : les plaies ouvertes se referment environ 45% plus vite qu’avec un traitement traditionnel ! Et ce sans réaction inflammatoire hors norme, ce qui indique une “bonne biocompatibilité” d’après les auteurs.

Ils ont terminé en mettant au point un modèle simulé valable pour l’Homme en tenant compte des différences structurelles entre la peau de la souris et celle de l’humain mises en évidence par cette étude parue en 2012. Les prédictions sont encourageantes, et suggèrent que des résultats comparables pourraient être obtenus sur des tissus humains.

Comme le précisent les auteurs, une simulation ne constitue en aucun cas une preuve, et cela nécessitera des essais cliniques en bonne et due forme. L’équipe compte ainsi démarrer des essais pré-cliniques rapidement, pour pouvoir tester les AADs dans différentes conditions. Il leur faudra ainsi vérifier le comportement de ce pansement next-gen lorsqu’il est exposé à de fortes chaleurs, ou à l’inverse, lorsqu’il fait trop froid pour que la chaleur corporelle ne suffise à le faire se contracter. Des tests dans différentes conditions d’humidité et de ventilation, ainsi que sur différents types de peau seront également nécessaires. Mais l’équipe a bon espoir de pouvoir “démontrer le potentiel des AADs en tant que vrai produit médical, puis de travailler à sa commercialisation”.