Tchernobyl : Le démantèlement du sarcophage débute enfin

Science

Par Antoine le

Le contrat validé, les opérations de démantèlement du sarcophage de Tchernobyl vont bientôt débuter. Une opération de très grande ampleur, et une page qui se tourne dans la triste histoire de ce drame.

La Shelter Structure, plus connue sous le nom de « sarcophage ». | © IAEA pour WikiCommons

C’est un véritable morceau d’histoire qui connaît ses dernières heures. SSE Chernobyl NPP, l’organisme qui gère la centrale, et l’entreprise de construction Ukrbudmontazh, ont signé un contrat pour le démantèlement du célèbre “sarcophage” de Chernobyl. A l’heure actuelle, ce symbole fort de la plus grosse catastrophe nucléaire de l’histoire de l’Homme surplombe toujours les restes du tristement célèbre réacteur numéro 4 de la centrale. Ses quelques 400.000 mètres cube de béton et 7300 tonnes d’acier ont été érigées dans l’urgence en à peine plus de 200 jours après l’accident de 1986. L’objectif : contenir autant que possible la contamination radioactive de la zone environnante.

Comme à chaque ligne de cette sombre page de l’Histoire, ce sont des hommes de chair et d’os qui ont sciemment malmené leur santé pour permettre la construction de cette structure qui permettrait d’en épargner tant d’autres. Ces travailleurs n’opéraient sur le terrain que “5 à 7 minutes à la fois” à cause du danger avant de se débarrasser de tous leurs vêtements et d’être décontaminés, comme le rapportait l’un d’entre eux à la BBC en 2017 . Cela n’a pas empêché une trentaine d’entre eux de succomber des suites directes de la radioactivité. Sous-entraînés, surmenés, peu informés des risques et complètement exposés, luttant contre la peur et la maladie, ils ont donné leur vie en tentant d’ensevelir pas moins de 200 tonnes de corium, 30 tonnes de poussière radioactive et 16 tonnes d’uranium et plutonium…

Le monument aux travailleurs du « sarcophage » devant le NSC achevé. |© Adam pl pour WikiCommons

C’est grâce au travail de ces héros de l’ombre que le reste de l’Europe, surtout à l’Est, n’est pas devenu un désert nucléaire dans les années qui ont suivi. Mais s’il s’est prouvé très efficace, ce “sarcophage” a également été soumis aux agressions des éléments. Si bien que dès 1999, le constat était devenu évident. Désormais endommagé au point d’en être irréparable à cause des niveaux de radiations toujours critiques, ce dernier rempart contre les agressions des neutrons finirait par s’écrouler, exposant ainsi son trésor maudit.

Il aura fallu près d’une décennie pour concevoir son remplaçant : en Septembre 2010, la construction du New Safe Confinment (NSC) est lancée. Plus haute que la statue de la Liberté, cette gigantesque structure à plus de deux milliards d’euros a été symboliquement conclu le 10 juillet dernier par Vinci Construction Grands Projets et Bouygues Travaux Publics.

Faire place nette sous cette nouvelle armure

Elle devrait offrir un siècle supplémentaire de marge de manœuvre. Pendant ce délai, la priorité sera le démantèlement de l’ancienne structure qu’elle surplombe, toujours dans un état de délabrement avancé. A cause de pièces manquantes oubliées dans la précipitation initiale et de la corrosion liée aux éléments, elle menace donc de s’écrouler d’une minute à l’autre. Il y a donc un risque d’endommager les structures de confinement existantes. Mais les ingénieurs ont tout prévu au moment de la construction du NSC : il est équipé de plusieurs grues, dont une spécialement dédiée à la démolition. Et elles ne sera pas de trop puisque les ingénieurs auront pas moins de 85 éléments à démanteler, pour un total de près de 2000 tonnes d’acier, de béton armé et de débris divers. Un travail de titan.

Une autre vue du sarcophgage. La cheminée faisait partie du fameux réacteur 4. | © IAEA pour WikiCommons

La décontamination se fera à l’aide de filtres HEPA et de techniques avancées de sablage. Les déchets ultimes, trop radioactifs pour être décontaminés, seront pris en charge par Nukem Technologies, une entreprise germano-russe spécialisée de démantèlement nucléaire. L’opération devrait prendre plusieurs années. Une fois ce sarcophage démantelé, l’histoire de Chernobyl ne s’arrêtera pas là pour autant : il faudra déjà commencer à envisager l’avenir post-NSC en continuant à réfléchir à la question du nucléaire dans son ensemble.