Saga Star Trek : comment briser l’ultime frontière

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Star Trek vous connaissez ? Non ? Bah c’est un peu comme Star Wars, mais bien. C’est l’histoire de l’humanité, qui a su s’élever et s’axer sur la culture, la découverte, la science, et a complètement renoncé aux concepts de guerre et de colonisation. Voilà la base de Star Trek. Pas de combats fratricides, pas de vieillard jeté dans le vide qui revient trente ans plus tard, pas de gremlin qui parle verlan, et surtout, pas de Jar-Jar Binks.  Retour sur une épopée culte, intelligente et bienveillante.

Créée en 1964 par Gene Roddenberry, Star Trek est une série télé dont la diffusion commence en septembre 1966 et qui raconte l’histoire non pas d’un seul héros, mais de l’équipage de l’Enterprise, un vaisseau de la Fédération Unie des Planètes. La mission de l’Enterprise ? Explorer l’espace à la recherche de nouvelles civilisations, et s’aventurer là où nul autre ne s’est aventuré. L’histoire originale se déroule au 23e siècle et nous présente un équipage haut en couleur, dont le Capitaine James T. Kirk, sorte de croisement entre Sinatra et Belmondo, un charmeur qui n’hésite jamais à coller des pains, McCoy le médecin, Scotty le mécano, Uhura la spécialiste des transmissions, mais aussi et surtout Spock, personnage emblématique de la toute la série.

Saga intergalactique

Parce qu’il serait beaucoup trop long de revenir en détail sur la totalité de l’histoire de Star Trek, nous allons plutôt revenir sur ce qui fait que cette série est si différente de tout ce qui existe d’autre. Déjà, le fait que la série ait débuté en 1966 et continue encore aujourd’hui, plus de 50 ans après, fait qu’elle n’a pas à rougir face à des sagas interminables telles que Doctor Who ou n’importe quelle télénovela argentine. S’il est vrai que toutes les séries Star Trek ne se suivent pas directement, elles partagent le même univers, et leur cohérence n’est plus à démontrer. Même dans des éléments troublants, comme l’apparence des Klingons (une race guerrière) dans la première série, où ils ressemblaient à des humains dotés de boucs bien fournis, alors que leur look évolue énormément ensuite, les scénaristes ont une explication : les Klingons cherchant toujours la meilleure façon de vaincre leur ennemi, n’ont pas hésité à s’adonner à des modifications génétiques sur leur peuple pour s’approcher de code génétique de leurs ennemis, et ainsi mieux les comprendre. Un genre d’homéopathie guerrière. Et tout ça est dû à une seule chose, ou plutôt une seule personne : Gene Roddenberry.

Le génie au service du bien

Lorsqu’il imagine la série dans les années 60, Roddenberry est un visionnaire. À l’époque, pas de Netflix, pas de films de SF à gros budget à copier. Tout est à faire. Puisant dans la littérature de genre, mais aussi dans les grandes sagas mythologiques, Roddenberry crée un univers dans lequel la terre s’est alliée à d’autres planètes et ont ensemble formé une Fédération pacifiste. Plus de guerres, plus de violence, juste de la découverte et un usage de la science pour aller de l’avant et pour fonder, non plus détruire.
Le monde de Star Trek fait en effet la part belle à la science et ne laisse pas de place pour les créationnistes. Ici, pas de Dieu. Et Roddenberry insistera bien là-dessus même lorsqu’il ne contrôlera plus totalement son bébé : Starfleet peut être en conflit avec tout un tas de créatures, mais pas de divinités bibliques, et pas de religion.

Roddenberry va aussi pousser plus loin le concept d’exploration respectueuse, en créant un des fondamentaux de Star Trek : la Prime Directive. Alors non, elle ne permet pas de se faire livrer par coursier en 24h chez soi. Non, le concept de la Prime Directive, c’est de dire que les équipages qui vont découvrir de nouvelles formes de vie ont interdiction de s’interposer dans leur développement, d’être vus ou même d’aider en cas de conflit. Pour Roddenberry, l’humain peut découvrir, s’enrichir, sans coloniser, voler ou tuer qui que ce soit. Il imagine Starfleet, une académie et une organisation chargée de ces explorations, et de la défense de l’espace de la Fédération (au cas où des aliens malintentionnés décident d’essayer de nous éradiquer).

Un iPad dans les années 80 ?

Si Star Trek a autant de succès auprès d’un public de nerds fans d’espace, de technologie et de découverte, c’est aussi parce qu’au-delà de proposer des vaisseaux aux murs clignotants, cette série semble avoir inventé, souvent des décennies avant tout le monde, la majorité des objets que l’on utilise aujourd’hui. Des communicateurs à clapet (dont s’est inspiré le StarTac de Motorola) aux tablettes tactiles (que tout le monde utilise aujourd’hui) en passant par les synthétiseurs de nourriture (la Nasa a avoué être en train de développer une sorte d’imprimante 3D à nourriture, à base de pâtes aromatisée, pour les voyages dans l’espace), il est très amusant de revoir des épisodes des séries classiques (la première, Next Generation ou encore DS9) et de se demander si Roddenberry et ses auteurs n’avaient pas une machine à voyager dans le temps. En tout cas, il est à espérer que cet esprit visionnaire ait aussi vu juste dans la direction que va prendre l’humanité.

Petit et grand écran

Si Star Trek a dominé le secteur des séries télé de SF depuis sa création, les studios n’ont pas tardé à voir le potentiel au cinéma, notamment après le carton de Star Wars. C’est ainsi que des films sont venus compléter l’intrigue de base de la série originale, quelques années après la fin de celle-ci, revenant sur l’équipe de base, à savoir Kirk, Spock et leur équipe. Connus pour être de qualité inégale, et généralement successivement réussis puis raté, les films Star Trek ont au moins le mérite d’explorer le lore de cette saga, avec un budget que la série initiale n’a jamais eu.

Et c’est d’ailleurs cette absence de budget qui a amené l’un des éléments à la fois le plus aimé et le plus moqué de Star Trek : le côté kitsch. Si dans la série les rochers sur les planètes ressemblent plus à des boules de mousse qu’à du granit, et si les costumes des aliens ont l’air tout droit sortis d’un bootleg indien de Godzilla (on se souvient de cette scène culte de baston pathétique mais hilarante entre Kirk et Gorn -sinon googlez ça tout de suite-), l’arrivée sur grand écran vient faire oublier tout ça et ouvre Star Trek à tout un nouveau public.
Il est donc temps pour les scénaristes de réfléchir à une vraie suite, pour la télé.

On prend pas les mêmes, mais on recommence…

Les suites et spin-off vont alors s’enchaîner à la télé, là encore avec une qualité variable, alors que les salles obscures continuent d’accueillir, de temps en temps, un nouveau film. Tout ce petit univers continue à s’étendre, avec ses messages bienveillants et avant-gardistes (Star Trek est une des premières séries à accorder une place aussi importante aux femmes qu’aux hommes, et ce depuis le début). Pour Roddenberry, si l’humain a su se sortir les doigts et devenir meilleur, c’est aussi en se débarrassant de la masculinité toxique et du patriarcat. Kirk, l’exemple même du macho un peu bas du front, se retrouve d’ailleurs régulièrement en mauvaise posture à cause de son tempérament, tandis que Spock, plus calme et féru de logique, passe son temps à le sortir du pétrin.Un duo qui fonctionne et que les scénaristes suivants n’arriveront jamais vraiment à reproduire, même si l’on aura droit tout de même à des personnages épiques dans les séries suivantes, tels que Jean-Luc Picard, Data, Worf, Deanna Troi, Quark ou encore Wesley Crusher… heu… non. Pas Wesley.

En gros, si le thème de l’exploration reste le même, chaque nouvelle série réussit à l’aborder par un angle différent. Next Generation propose par exemple beaucoup plus d’interactions entre les personnages et pousse encore plus loin l’aspect exploration et découverte de l’autre et de soi, tandis que Deep Space 9 se déroule presque en huit clos dans une station spatiale qui surveille un trou de ver, à l’aube d’une guerre de pouvoir inévitable. Les sujets abordés sont toujours très forts, très actuels et la critique sociale et politique est omniprésente. En ça, Star Trek est une œuvre majeure parfois incomprise par les critiques, mais diablement intelligente et profonde.

Kévin ? Non. KELVIN

Arrive le temps des reboots propres au 21e siècle, et Star Trek ne va pas y couper. En 2009, sort Star Trek, réalisé par J.J. Abrams, dans lequel Spock vient foutre le bordel dans la continuité en voyageant dans le passé et en l’altérant, créant de fait une seconde réalité connue sous le nom de Kelvin Timeline. Cette réalité alternative s’avère pratique à bien des égards, puisqu’elle offre la possibilité aux studios de conserver tout ce qui fonctionne dans Star Trek, mais de mettre la technologie, les costumes, les effets et -avouons-le- les relations humaines, au goût du jour.

Si Star Trek n’a jamais été timide en matière de relations amoureuses, elles restaient somme toute assez ancrées dans leur temps, et donc hétérosexuelles et relativement non-mixées. La Kelvin Timeline va légèrement secouer ces deux derniers points, mais c’est vraiment la nouvelle série Discovery qui va éclater les portes en devenant la série Star Trek la plus inclusive à l’heure actuelle. Et comme disait France Gall « c’est peut-être un détail pour vous », mais pour toutes les personnes, adultes et jeunes, qui ne s’identifiaient pas dans cet univers, c’est un message d’espoir et une véritable reconnaissance.

Découvrir de nouvelles possibilités

Michael Burnham, La protagoniste de Discovery, est une femme, noire, forte et courageuse. Pour autant elle n’est pas une caricature. Elle a des défauts, fait des erreurs, ressent de la peur. Elle est humaine. Elle est réaliste, crédible.
Les carcans de la mode qui veulent nous faire croire qu’on est gros·se quand on fait du 38 sont aussi éclatés avec le personnage de Tilly, une jeune et brillante officier qui n’a pas eu besoin de se faire vomir pour entrer dans sa combinaison. Là encore, c’est une vraie personne, comme on en croise tous les jours. Et là encore, ça fait du bien.
La communauté LGBT est aussi représentée, preuve qu’il n’est pas nécessaire d’être genré et hétéro pour faire partie de Starfleet. Et contrairement à d’autres séries, ici, ça n’a pas cette sensation d’être commercialement mis en avant, non. C’est cohérent.
Quant à la série elle-même, Star Trek Discovery surprend. Elle se permet de casser certains codes établis par Roddenberry, mais jamais sans raison. Les clins d’œil aux anciennes séries y sont d’ailleurs nombreux, notamment à la série originale, vu qu’elle se déroule à la même période.

Explorer en Air Max

Modernisation oblige, Discovery prend quelques libertés avec le matériau original, notamment au niveau des technologies utilisées dans la série. Ici les capitaines échangent par hologrammes interposés, les decks des vaisseaux sont bien plus modernes et fournis et les tenues ressemblent moins à des pyjamas de fraternité américaine.
On notera aussi que les bottines en cuir brillant ont été remplacées par des baskets, ce qui peut surprendre, mais qui s’avère bien utile quand on se fait courser par un monstre tentaculaire sur une planète hostile.
Le lifting a aussi été appliqué sur les méchants de l’histoire, les Klingons, qui se retrouvent au croisement entre les reptiles de V et les Klingons apparus dans Next Generation. Le design surprend, mais fonctionne finalement très bien. Et puis on découvre une mixité de pigments de peau chez ces guerriers nés, ce qui apporte une variété qui manquait cruellement aux précédentes versions.

Pour ce qui est de l’intrigue et des nouveaux personnages, difficile d’en parler sans spoiler des éléments majeurs des deux premières saisons. Sachez juste que Discovery suit le parcours de Michael Burnham, la sœur adoptive de Spock, une humaine au tempérament bien plus sanguin que celui de son frère. Les fans de voyage quantique et autres vitesses à distorsion seront ravis d’apprendre que l’équipage va découvrir une nouvelle façon de voyager, qui pourrait changer la face de Starfleet à tout jamais. Mais n’en disons pas plus, car le mieux avec Discovery, c’est justement de… découvrir la série directement.
Le casting est très chouette, les actrices et acteurs convaincants, les effets très très bons et si l’action est plus présente que dans d’autres séries Star Trek, les questionnements moraux propres à cette saga n’en sont pas diminués.

Au final, Discovery est sans doute la meilleure façon aujourd’hui pour Star Trek de glaner de nouveaux Trekkies (les fans officiels de Star Trek), ailleurs qu’en convention, et si cela peut permettre à la saga d’exister pendant encore 60 ans, alors c’est une très bonne chose. Comme dirait Spock : Vivez longtemps et prospérez.

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