Un ex-neurochirurgien estime que la transplantation de tête sera possible dans 10 ans

Science

Par Felix Gouty le

Pourra-t-on vraiment passer d’un corps à l’autre en gardant notre tête sur les épaules ? Cet ancien neurochirurgien pense qu’une nouvelle approche, couplée aux progrès technologiques en cours, pourrait rendre la chose envisageable d’ici dix ans.

Le film de 1931, Frankenstein.
Dans le roman puis le film Frankenstein, le savant fou du même nom tente de donner la vie un être formé de multiples greffes de membres et d’organes (Crédits : Universal Pictures).

Une idée qui pourrait radicalement changer la donne dans le domaine de la transplantation ? C’est en tout cas qu’espère Bruce Mathew.  Interrogé par The Telegraph, cet ancien neurochirurgien rattaché au Service national de santé du Royaume-Uni révèle qu’en travaillant sur un roman, il a eu une idée qui pourrait, selon lui, permettre d’ici une dizaine d’année de transplanter la tête d’un individu sur le corps d’un autre. Comment ? En transplantant également la moelle épinière. Jusqu’à présent les chirurgiens qui expérimentent sur la question testent des méthodes qui amènent à sectionner la colonne vertébrale à la base de la nuque. Tenter de conserver la moelle épinière en un seul morceau représente, il est vrai, pour l’heure, un défi insurmontable. Selon Bruce Mathew, les progrès technologiques permettent cependant d’envisager une telle opération à moyen terme.

« Actuellement, il n’est possible de connecter qu’un ou deux nerfs (à un autre système nerveux) mais grâce à l’intelligence artificielle et les progrès robotiques, nous serons bientôt capables de relier deux cent nerfs, précise l’ancien chirurgien. « Bien sûr, il est très délicat de garder intacte la dura (la membrane protectrice de la moelle épinière. Beaucoup d’étapes doivent être franchies avant d’y parvenir. Mais cela arrivera probablement d’ici dix ans ».  Ce n’est bien sûr pas le seul défi qu’une opération si radicale poserait : vu la quantité d’ADN étranger que représenterait un corps quasi complet, le risque de rejet serait extrêmement élevé.

Pour Bruce Mathew, si le projet pose pour l’heure « d’énormes défis », cette nouvelle approche, couplée aux progrès technologiques, pourrait cependant donner des résultats d’ici une dizaine d’année. Pour le moment, cependant, nous en sommes encore loin. Si en 2017, le neurochirurgien italien controversé, Sergio Canavero, avait grand bruit avec sa « greffe de tête », il est en effet important de rappeler que l’opération avait été mené avec la tête et le corps de cadavres. Et si, selon Canavero, les réactions des membres aux stimulations cérébrales prouvaient que la connexion avait été correctement établie, de nombreux scientifiques avaient jugé la portée de ce « succès » somme toute modérée.