La CIA aurait réussi à espionner le monde grâce à une société suisse de « cryptage »

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Par Felix Gouty le

Le Washington Post a révélé le « coup du siècle » de la CIA. Pendant des décennies, les services secrets américains ont été les propriétaires d’une société suisse, Crypto AG, qui a vendu des solutions de « cryptage » (truquées par la CIA) à plus d’une centaine de pays.

Carte de crédit.
Crédits : jarmoluk / Pixabay.

L’Iran, des pays d’Amérique latine, l’Arabie Saoudite, l’Inde, le Pakistan, la Libye, le Vatican : tous ont été clients d’une société de télécommunications et de chiffrement suisse pour sécuriser leurs informations, leurs communications et leurs capitaux, Crypto AG. Seulement, ce qu’ils ne savaient et ce que révèlent aujourd’hui une enquête très fournie du Washington Post, c’est que cette entreprise a appartenu à l’Agence américaine des services secrets (CIA) pendant plusieurs décennies. En tout, le journal américain estime que 120 pays – dont 62 identifiés – auraient pu être espionnés par la CIA au travers des services vendus par Crypto AG. La relation entre la CIA et Crypto AG aurait débuté durant la seconde guerre mondiale. Alors que la société suisse gagne en popularité, la CIA, ainsi que la NSA (l’agence nationale de sécurité et d’information des États-Unis) et le Bundesnachrichtendienst (ou BND), le service de renseignements de l’ancienne RFA, décident d’investir définitivement dans le pilotage complet de Crypto AG. Les années 1960 marquent ainsi le début d’une opération secrète qui va durer près de 50 ans : son nom est Thesaurus puis devient Rubicon.

« Le coup du siècle »

Dès lors, la CIA et ses partenaires allemands auraient truqués les produits de chiffrement vendus par Crypto AG à de riches pays ou politiciens ou militaires afin d’espionner leurs moindres faits et gestes. Dans les années 1970 puis 1980, l’opération Rubicon aurait représenté 40% de l’activité de la NSA. Selon le Post, la CIA est parvenue à lire environ 85% des messages codés iraniens grâce à cette méthode de truquage. L’Agence a même réussi à obtenir indirectement des informations confidentielles provenant de l’URSS et de la Chine – évitant pourtant tout contact avec Crypto AG – grâce à leurs communications avec des clients de la société suisse. En 1993, le BND finit par revendre ses parts à la CIA. Celle-ci aurait ensuite continué de contrôler l’ensemble de l’activité de Crypto AG jusqu’en 2018. Dans un rapport en 2004, la CIA se félicite elle-même d’avoir réussi « le coup du siècle » avec l’opération Rubicon. L’évolution des technologies de « cryptage » ou chiffrement actuelles aurait rapidement rendu caduque un tel investissement. Crypto International, une entreprise privée suédoise, en est désormais le propriétaire. Suite aux révélations du Washington Post, le gouvernement suisse aurait indiqué à l’AFP conduire une enquête sur Crypto AG pour « clarifier les choses. »