Covid-19 : les enfants sont de “tout petits contaminateurs” selon une étude

Science

Par Antoine Gautherie le

Selon une étude réalisée en Île-de-France, les enfants auraient  très peu de chances d’attraper la Covid-19, surtout par rapport aux adultes. Le collectif de pédiatres à l’origine de l’étude pousse pour un retour rapide à l’école.

Alors que certains observateurs s’inquiétaient du fait que les enfants puissent être des vecteurs de transmission importants, une nouvelle étude menée en Ile-de-France explique qu’ils seraient en fait des petits contaminateurs. Cette étude, menée par 27 pédiatres, a été réalisée sur plus de 600 enfants. Pour le professeur Robert Cohen, vice-président de la société de pédiatrie et rapporteur des résultats de l’étude au Parisien,  leur rôle dans la transmission du virus a été largement surévalué.

Le journal n’a pas mis à disposition le papier de recherche et nous ne pouvons donc pas vérifier les détails du protocole. Mais le pédiatre évoque plusieurs chiffres forts. Il affirme que moins d’un cluster sur 10 aurait un enfant pour origine. Ce serait plutôt les adultes qui les contamineraient, dans plus de 9 cas sur 10. De plus, ils seraient en moyenne deux à cinq fois moins porteurs que les adultes ! Leurs symptômes seraient également moins importants, à tel point que R. Cohen affirme qu’en dessous de quinze ans, “on ne voit presque rien !”

Le pédiatre explique que sur les 605 enfants testés, 10% ont attrapé le coronavirus et présentaient des anticorps dans leur sang. 1,8% ont été positifs au test PCR, c’est à dire qu’ils avaient déjà déclaré des symptômes récemment. Il aurait été intéressant de pouvoir comparer avec des données d’une population exclusivement adulte. On note aussi que ce chiffre présente un risque d’être sous-évalué. Le test par PCR implique d’aller chercher le matériel biologique directement à la source, c’est à dire d’enfoncer un écouvillon assez profondément dans le nez pour dépasser les fosses nasales et aller buter loin derrière, jusqu’en haut du pharynx. Un test extrêmement désagréable, et qui peut facilement donner un faux négatif si le prélèvement n’est pas bien réalisé. Ce genre de prélèvement est habituellement plus difficile à réaliser chez un enfant peu rassuré. L’équipe de pédiatres a certainement tenu compte de ce biais potentiel, mais impossible de s’en assurer sans avoir le protocole expérimental sous les yeux, et ce test est connu pour son taux d’erreur qui peut être élevé malgré une manipulation correcte.

Un plaidoyer pour le retour à l’école

Pour finir, le pédiatre explique que seuls 0,6% de ces enfants étaient contagieux ! Dans l’absolu, c’est un chiffre très faible, et qui vient corroborer les conclusions d’autres études comme celle qui s’est déroulée aux Contamines-Montjoie. Cette dernière présentait le cas d’un enfant qui, après enquête d’infectiologues et épidémiologistes, s’est avéré avoir été en contact avec 172 personnes sans en contaminer ne serait-ce qu’une seule !

En revanche, impossible d’être catégorique sur les causes de ces phénomènes. Mais les 27 pédiatres ont identifié plusieurs pistes. Premièrement, les enfants présenteraient moins de récepteurs au virus dans leurs muqueuses nasales. Ensuite, leur charge virale globalement plus faible pourrait également jouer un rôle. Ils suggèrent aussi qu’ils auraient pu développer ce qu’on appelle une immunité croisée, en attrapant d’autres formes de coronavirus. Et étonnement, l’équipe se demande également si leur taille pourrait jouer un rôle ! Tout simplement, être plus petit pourrait permettre d’être moins exposé aux postillons des adultes, diminuant ainsi l’exposition.

Pour R. Cohen, ces arguments sont largement suffisants pour justifier un retour à l’école. Il fustige le fonctionnement actuel du système et s’inquiète des conséquences sur le développement du lien social des enfants. Il mentionne tout particulièrement les enfants précaires, hyperactifs, en décrochage scolaire ou encore les autistes, pour qui cette situation relève de la catastrophe. Il plaide ainsi en faveur d’un retour rapide à l’école, avec prudence mais en leur permettant de jouer et d’interagir. “Les règles doivent être moins strictes que pour les adultes puisqu’on sait qu’ils sont moins contagieux.”, affirme-t-il. Reste à voir comment M. Blanquer et son Ministère de l’éducation voudront articuler ce retour à l’école généralisé, qui s’annonce déjà très compliqué d’un point de vue logistique.