Le coronavirus se transmettrait plus facilement que prévu dans l’air

Science

Par Antoine Gautherie le

239 chercheurs ont adressé une lettre ouverte à l’OMS, qui devrait être publiée cette semaine dans le New York Times. Ils y expliquent que, contrairement aux affirmations de l’organisation, le Sars-Cov-2 pourrait bel et bien être aéroporté. Si leurs conclusions étaient vérifiées, cela pourrait nous forcer à revoir notre méthode de gestion des risques.

© Mohamed Hassan – Pixabay

Depuis des mois, L’Organisation Mondiale de la Santé persiste et signe : le coronavirus se transmet par des gouttelettes, de petite taille certes mais assez grosses pour être plus lourdes que l’air et ainsi retomber au sol. Mais l’institution sur laquelle se basent de nombreux organismes et professionnels pour prendre les mesures nécessaires en matière de santé publique pourrait bien s’être trompée. C’est en tout cas ce qu’affirment les travaux de 239 scientifiques issus de 32 pays dans une lettre ouverte à l’OMS, à paraître dans le New York Times et relayée par Le Parisien. D’après eux, le coronavirus pourrait également se transmettre au travers des plus petites gouttelettes, plus légères que l’air, et donc capables de voyager sur de plus longues distances avant de retomber – on parle de virus aéroporté.

Un risque potentiellement plus important que prévu dans les espaces clos

C’est un détail qui a son importance. En effet, les “grosses” gouttelettes ciblées par l’OMS jusqu’à présent sont émises en quasi-intégralité lors d’éternuements, de quinte de toux, ou autres expulsions d’air brusques. En revanche, ces particules de plus petite taille sont émises en quasi-permanence, par exemple en parlant ou en respirant. Si ces conclusions sont vérifiées, cela ne signifie cependant pas que le virus peut stagner dans l’air, ou voyager au gré du vent sur des centaines de kilomètres tout en restant contagieux. Cette étude ne remet pas en question les données déjà acquises sur l’infectiosité des particules virales, mais elle a tout de même plusieurs implications importantes. En particulier, cela signifierait que le risque aurait été largement sous-estimé dans les espaces confinés, en particulier les lieux surpeuplés qui ne sont pas ou mal ventilés. Cela pourrait conduire les autorités compétentes à demander une nette augmentation des distances de sécurité ou le port du masque dans les espaces clos.

On notera cependant que cette information publiée par le Times ne fait pas mention d’une étude en particulier. Le document produit par ces 239 chercheurs est une lettre ouverte, que le célèbre journal new-yorkais devrait publier au cours de la semaine. À l’heure où ces lignes sont écrites, nous n’avons donc pas pu accéder au texte de la lettre et aux éventuelles preuves apportées par ses auteurs. Il faudra donc patienter jusqu’à ce que le texte soit disponible pour tirer les conclusions qui s’imposent, mais le New York Times explique que ces lanceurs d’alerte demandent à l’OMS de faire usage du principe de précaution. Dans tous les cas, l’opposition frontale de ces chercheurs n’arrangera certainement pas l’image de l’OMS auprès de la communauté scientifique et du grand public. L’agence a déjà été pointée du doigt pour sa communication depuis le début de la pandémie, et en particulier pour son volte-face sur la question du port du masque. Soumya Swaminathan, scientifique en chef à l’OMS interrogée par le Times, explique que l’agence “essaye d’évaluer les nouvelles preuves scientifiques aussi vite que possible, mais sans sacrifier la qualité des vérifications”. Elle a également ajouté que l’agence allait tenter d’ “élargir l’expertise de son comité et de ses publications, de façon à ce que chacun soit entendu”, avant de conclure sur une forme de mea culpa : “Nous prenons cela très au sérieux quand des journalistes scientifiques, ou qui que ce soit nous met au défi en disant que nous pouvons mieux faire. Nous souhaitons vraiment mieux faire. » Reste désormais à attendre la parution de cette fameuse lettre pour savoir ce qu’il en est réellement, et ensuite de voir quelles conclusions l’OMS et les autorités de la santé tireront de ce coup de semonce.