Le SARS-Cov-2 peut-il se transmettre par la nourriture ?

Science

Par Antoine Gautherie le

Après la découverte de particules virales de SARS-Cov-2 sur quelques emballages alimentaires isolés, le risque de transmission par la nourriture a été très discuté et monté en épingle. Les scientifiques et l’OMS appellent à ne pas surestimer ce risque, réel mais apparemment trop faible pour constituer un vrai danger de santé publique.

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L’information a fait grand bruit hier, jeudi 13 août : plusieurs villes chinoises ont annoncé avoir trouvé des traces de SARS-Cov-2 sur des emballages de poulet brésilien et de crevettes équatoriennes. Rapidement, une vague d’inquiétude est montée au sein du public et des responsables de la filière agro-alimentaire. Depuis, l’organisation Mondiale de la Santé a appelé à ne pas tirer de conclusions hâtives et se veut rassurante. “Nous ne pensons pas que le coronavirus puisse être transmis par les aliments […] La Chine cherche le virus sur les emballages, en a testé des centaines de milliers, et en a trouvé moins d’une dizaine de positifs”, explique Maria Van Kerkhove, porte-parole de l’OMS sur le Covid-19. “Les gens ne devraient pas avoir peur de la nourriture ni des emballages alimentaires”, renchérit Michael Ryan, qui coordonne la gestion des situations d’urgence sanitaire au sein de l’organisation.

Une probabilité trop faible pour menacer la santé publique

Une analyse que partage le virologiste T. Jacob John, interrogé par Reuters : “Le nombre de particules qui sortent de la bouche ou du nez d’une personne est largement supérieur que quelques particules virales qui resteraient sur de la nourriture congelée”, explique-t-il en estimant le risque “très faible”. C’est aussi l’avis du microbiologiste Emanuel Goldman; en juillet dernier, il expliquait à The Atlantic que “la transmission de surface du COVID-19 n’est pas justifiée du tout en l’état actuel de nos connaissances.”

Il ne renie pas pour autant la possibilité de ce mode de transmission, mais explique qu’il se base sur des cas théoriques qui n’ont pas d’équivalent dans le monde réel et qu’il ne faut pas l’interpréter statistiquement comme un vrai danger de santé publique. Dans tribune parue dans The Lancet en juillet dernier , il précise : “Je ne conteste pas le principe de précaution, mais tout cela peut aller vers des extrêmes non justifiés par les données scientifiques. Une perspective plus équilibrée est nécessaire pour endiguer les excès contre-productifs”. Il est à nouveau rejoint sur ce point par Michael Ryan : ““Il n’y a aucune donnée probante permettant d’affirmer que les aliments ou les chaînes alimentaires participent à la transmission du virus […] Il ne faut pas gonfler ce type d’information. Les gens ont déjà assez peur de la pandémie”, conclut-il.