Un nouveau représentant du genre Homo découvert en Israël

Science

Par Antoine Gautherie le

Reste désormais à trouver sa vraie place dans l'histoire évolutive des espèces liées... ce qui promet de faire couler beaucoup, beaucoup d'encre dans la communauté scientifique.

© Avi Levin and Ilan Theiler, Sackler / Tel Aviv University

Une équipe internationale d’archéologues vient de faire une découverte particulièrement rare : sur un chantier de fouilles israélien de Nesher Ramla, ils viennent de trouver un nouveau représentant du genre Homo. D’après leurs découvertes, publiées dans Science (disponible ici), celui-ci aurait vécu en actuelle Israël à partir d’il y a 420.000 ans et jusqu’à 120.000 ans.

Comme à chaque fois que nous trouvons un membre du genre auquel nous appartenons, l’excitation est palpable et les hypothèses fusent. Pour les archéologues de l’équipe, cette communauté aurait pu vivre au contact d’Homo sapiens pendant des milliers d’années, assurant ainsi un brassage de leurs cultures et leurs génomes respectifs.

Homo sapiens, neanderthalensis.. ou autre chose ?

Ce nouvel Homo a été identifié à partir de deux fossiles : un de crâne, et un de mâchoire. Ces deux objets ayant chacun entre 120.000 et 140.000 ans ont intrigué les chercheurs. Et pour cause : ils ne présentent pas toutes les caractéristiques que l’on s’attend à trouver sur les ossements d’Homo sapiens. Les archéologues ont donc cru à un Homo neanderthalensis, plus connu sous le nom d’Homme de Néandertal, le seul autre de nos ancêtres à avoir vécu dans cette zone. Surprise : les caractéristiques de ces nouveaux ossements ne correspondent pas non plus exactement à un néandertalien. Une analyse plus fine de certains critères comme l’épaisseur de l’os ou la forme de la mâchoire a révélé qu’il se trouve quelque part entre les deux.

Autre élément fascinant retrouvé sur place : des ossements d’animaux très variés. Les auteurs de l’étude parlent d’os de tortues, gazelles, aurochs, sangliers, et même des autruches. Ceux-ci présentent des traces qui suggèrent qu’ils ont été découpés et mangés sur place. Et ceux-ci auraient apparemment été consommés cuits; le site comportait également les signes d’un feu de camp – le plus ancien jamais trouvé à l’air libre.

Une vue du site de fouilles. © Yossi Zaidner

Un brassage génétique et culturel plus important que prévu

Les chercheurs présentent également un autre constat fascinant : génétiquement parlant, l’Homo de Nesher Ramla présente un mélange de caractéristiques d’ Homo sapiens et neanderthalensis. D’après eux, ces données corroborent l’idée que la consanguinité était plus répandue qu’envisagé entre les différentes espèces d’Homo.

Et ce n’est pas tout : en plus d’échanger du matériel génétique avec H. sapiens, les auteurs affirment qu’ il y aurait également eu des transferts culturels avec cette espèce. Cette affirmation vient de la présence de plusieurs milliers d’outils exhumés sur le site. Ils représentent toujours une trouvaille intéressante. En effet, la façon dont ils sont fabriqués en dit long sur le type de population qui les a utilisés.

D’âpres joutes entre archéologues à prévoir

En l’occurrence, ceux-ci ressemblent comme deux gouttes d’eau à ceux conçus par nos ancêtres directs, H. sapiens. L’interprétation de l’équipe de recherche est que ces deux espèces ne se sont pas seulement croisées; elles auraient en fait vécu au contact l’une de l’autre, ce qui a permis ces transferts culturels et technologiques.

La nature précise de ces interactions reste encore largement inconnue. Se sont-ils simplement observés ? Y a-t-il eu une sorte de braconnage technologique ? Sont-ils allés jusqu’à communiquer de façon plus ou moins structurée ? Toutes ces questions restent ouvertes, et l’Homo de Nesher Ramla nous aidera certainement à y répondre. Mais pour cela, il faudra d’abord se mettre d’accord sur la chronologie. Car pour l’équipe de recherche, le spécimen découvert en Israël serait l’un des derniers survivants d’un groupe qui aurait précédé l’Homme de Néandertal.

Une interprétation à contre-courant du paradigme actuel, qui pourrait mettre un certain temps à faire son chemin. “Les scientifiques européens pourraient avoir du mal à accepter que la source des néandertaliens se trouve ici. Ils ont une longue histoire intime avec l’homme de Neandertal”, explique Israel Hershkovitz, chef de l’équipe de recherche. Il faudra simplement penser à le baptiser d’ici-là.

Source: Le Monde