Le cerveau des vaches rétrécit avec les générations, et voici pourquoi

Science

Par Antoine Gautherie le

Des chercheurs suisses ont montré que le cerveau des vaches d'élevage avait rétréci par rapport à leur ancêtre commun. Cette réduction serait fonction de leur exposition à l'humain.

© Ryan McGuire - Pixabay

Aujourd’hui, de nombreux animaux domestiques font l’objet d’un élevage et d’une sélection très stricte pour coller à différents critères humains. On pense bien évidemment aux chats et surtout au chien, dont la sélection par l’humain a fini par produire des races atteintes de vraies malformations, pourtant aujourd’hui considérées comme normales par une partie de la population.

Mais il y a un autre animal très commun qui est régulièrement sujet à l’élevage intensif : la vache. Et d’après les études d’une équipe de chercheurs de l’Université de Zurich, l’une de ces conséquences serait une diminution du volume de leur cerveau.

Pour arriver à cette conclusion, ils ont comparé les tailles des cerveaux de différents bovidés, en partant de leur ancêtre commun – l’auroch. Afin d’éviter un biais évident, ils n’ont pas mesuré la taille du cerveau seule, mais calculé le rapport de celle-ci sur la taille de l’animal. Et le résultat est particulièrement éloquent. Les vaches actuelles ont un cerveau 25,6% plus petit que leur ancêtre !

En partant de ce constat, une question s’impose : qu’est-ce qui peut bien avoir causé cette différence ? La réponse est à chercher dans le premier paragraphe : c’est l’élevage et la sélection par l’humain qui ont imposé cette situation.

Plus docile la vache, plus petit le cerveau

Ce qui a mis la puce à l’oreille des chercheurs, c’est un résultat secondaire, mais tout aussi intéressant. Ils ont constaté que la taille du cerveau varie même entre les différentes races actuelles. Et le principal critère qui a émergé de cette étude pour expliquer ces différences, c’est le degré d’exposition à l’humain et la docilité de l’animal. En effet, pour l’humain qui s’en occupe, il sera toujours plus agréable d’avoir une vache bien sage qu’une bête teigneuse et difficile à gérer. Forcément, au moment d’assurer sa descendance, l’éleveur va sélectionner les animaux les plus calmes. Répétez ce processus sur des générations, et vous obtenez des animaux placides à souhait… mais avec une atrophie cérébrale.

Tous les résultats semblent concorder dans ce sens : plus l’animal est sauvage, moins on observe de réduction du volume cérébral. L’exemple le plus parlant est certainement celui des taureaux de combat, élevés pour être mis à mort dans des arènes. Afin d’offrir un maximum de spectacle aux adeptes, ceux-ci sont plutôt sélectionnés pour leur agressivité. Chez ces races, la réduction du volume cérébral est d’environ 15%, soit bien moins que la moyenne. En revanche, chez les vaches à lait en contact quotidien avec l’Homme, la réduction atteint… 30,6% !

Pas de corrélation directe avec l’intelligence

La conclusion est assez claire : la domestication, la sélection et l’élevage intensif ont eu un effet très marqué sur les bovins. Plus précisément, il s’agirait de l’interaction de trois facteurs. Le premier est la sélection pour la docilité abordée ci-dessus; mais il faut aussi compter avec l’absence de prédateurs et l’apport de ressources par les humains.

Précisons cependant que l’humain n’a pas pour autant créé une espèce d’animaux zombies juste pour se nourrir. Cette réduction du volume du cerveau ne signifie pas que ces bêtes sont progressivement devenues stupides ! Si vous souhaitez vous en convaincre, vous pouvez vous plonger dans cet autre papier assez fascinant, vide de toute démonstration scientifique, mais plein de données intéressantes sur la psychologie des vaches. Mémoire, émotions, structure sociale, rapports entre individus, et même l’apprentissage de tâches complexes comme le jeu avec l’humain… tout y est !

Espérons que ces bêtes bien plus intéressantes qu’il n’y paraît ne finissent pas par devenir méconnaissables au fil des générations…

 

Le papier de recherche est disponible ici.