Ce quasi-lait maternel pourrait changer l’alimentation des nourrissons

Science

Par Antoine Gautherie le

Allaiter est aujourd'hui de plus en plus compliqué pour certaines femmes, et les préparations en poudre dominent le marché. Mais de nouvelles techniques pourraient permettre de retrouver les bénéfices du lait maternel sans donner de sa personne.

Un "vrai lait" produit en laboratoire pourrait remplacer les préparations en poudre. © Lucy Wolski - Unsplash

Allaiter son enfant peut se révéler très compliqué aujourd’hui pour certaines femmes, à tel point que de beaucoup optent pour des préparations en poudre à base de lait de bovin. Mais ces poudres n’arrivent pas à faire aussi bien que le lait maternel, dont la recette a été méticuleusement affinée pendant des millénaires d’évolution humaine. Par conséquent, cela fait déjà des années que la science recherche activement le meilleur substitut possible au lait maternel. BIOMILQ, un laboratoire de biologie affiliée à l’Université de Californie ,vient de proposer ce qui ressemble à la solution la plus aboutie aujourd’hui : un lait “maternel” de culture, produit hors du corps humain.

On peut légitimement se demander ce qu’il y a de novateur dans ce concept. Après tout, il ne s’agit que de lait, n’est-ce pas ? Détrompez-vous., “le lait humain est immensément complexe, autant en termes de composition que de structure”, explique le Dr. Jennifer Smilowitz, qui a travaillé sur le projet. Il ne s’agit pas d’une simple mixture, mais bel et bien d’un système biologique entier, avec sa dynamique propre.

Le lait, un bijou de complexité insoupçonné

Il est infiniment plus subtil que la simple somme de ses composants; par conséquent, il est aussi très complexe à reproduire. “Jusqu’ici, il nous était impossible de le répliquer en dehors du corps du parent”, ajoute la chercheuse. L’équipe a cherché une autre approche, plutôt que de s’acharner à réaliser eux-mêmes une copie approximative de ce trésor biologique. Ce lait devrait être produit de façon à “maintenir l’intégrité de ses incroyables origines évolutive”, explique  l’équipe de recherche qui a donc décidé de déléguer cette tâche à des cellules cultivées en laboratoire.

Malheureusement, le communiqué publié par l’entreprise est un peu maigre en détails techniques et ne propose pas de papier de recherche. Mais ils décrivent cependant des résultats très encourageants. Après une analyse exhaustive, leur produit contiendrait un ensemble de protéines, glucides, acides gras et autres lipides très proche de celui que l’on s’attend à trouver dans du lait maternel.

Mais là où ce produit marque encore plus de points, c’est sur les autres fonctions du lait. On sait grâce à plusieurs études que le lait maternel a un rôle qui dépasse celui de la nutrition. Et contrairement aux laits en poudre, BIOMILQ contiendrait ainsi une famille de protéines nommées HMOs qui, entre autres, favorisent le développement des défenses immunitaires ou participent même à l’acquisition du langage.

Pas exactement du lait maternel

Il ne s’agit pas pour autant d’une copie carbone du lait maternel, insistent cependant les chercheurs. Comme mentionné plus haut, le lait est un système dynamique et délicat qui peut varier en fonction des conditions. “Les changements hormonaux, le contact peau-à-peau, et l’environnement affectent tous le lait”, explique l’équipe de recherche. Puisqu’il est produit en dehors du corps, dans un environnement stérile, leur BIOMILQ ne pourra pas reproduire cette dynamique fine. Mais cela comporte néanmoins un avantage. Le lait produit sera exempt des éventuels contaminants présents dans le lait maternel : alcool, drogues, médicaments, allergènes, sous-produits d’une pathologie…

Sur le plan écologique, ce lait présente également un avantage considérable par rapport aux préparations en poudre. Plusieurs études ont démontré leur impact écologique non négligeable. D’après ce papier de recherche, près de ⅔ des nouveaux-nés seraient aujourd’hui nourris avec ces préparations. Ce sont donc des millions de bouches affamées qui dépendent directement de l’industrie laitière (et donc de l’élevage bovin, avec les conséquences écologiques que l’on connaît), ainsi que de l’industrie du plastique. Certes, c’est un impact qui reste marginal par rapport à celui d’autres filières, mais il est néanmoins réel.

BIOMILQ devrait maintenant se lancer dans la commercialisation de son produit. Reste à voir si celui-ci trouvera son public, et si cela ouvrira la voie à une concurrence sur ce secteur de niche.