I’Islande pourrait reposer sur un continent englouti

Science

Par Antoine Gautherie le

Des chercheurs pensent avoir trouvé un nouveau continent, baptisé Islandia. Une proposition qui pourrait rebattre bien des cartes en géologie, mais aussi d'un point de vue stratégique.

© Norris Niman - Unsplash

En 2017, des chercheurs nous révélaient l’existence de Zealandia, un continent jusque là passé inaperçu. Aujourd’hui, rebelote : dans un livre paru fin juin, une équipe internationale de chercheurs explique qu’ils pensent avoir mis la main sur un nouveau continent : Icelandia. Celui-ci couvrirait une superficie d’environ 600.000 km² (dont l’Islande) entre les îles Féroé et le Groenland.

Pour le découvrir, les chercheurs ne sont pas allés arpenter les grands fonds pour suivre une ligne de démarcation à bord d’un sous-marin. Les arguments sont géologiques. Tout commence avec un rift sous-marin entre deux plaques tectoniques. Ce sont des structures géologiques situées à la frontière de deux plaques tectoniques qui s’éloignent l’une de l’autre; entre les deux, il se forme une région amincie, la dorsale océanique. C’est par cette dorsale que remonte du magma, qui refroidit ensuite pour former le plancher océanique.

Une question de croûte

Le souci, c’est que la croûte océanique est normalement assez fine : six à huit  kilomètres d’épaisseur, tout au plus. “Or, la croûte sous l’Islande mesure 40 kilomètres d’épaisseur”, notent les auteurs. Jusque là, les géologues expliquaient cette anomalie par la présence d’un point chaud sous l’Islande, capable de faire remonter de grandes quantités de matériel géologique – d’où l’épaisseur de la croûte. C’est là qu’interviennent les chercheurs. Pour Gillian Goulger, géologue à l’université de Durham, la réalité est bien différente : l’Islande serait en fait un morceau de continent !

Le chercheur et ses collègues avancent plusieurs arguments. En premier lieu, ils estiment que l’activité géologique est insuffisante pour créer une croûte aussi épaisse. Deuxièmement, cette croûte est bien trop dense pour provenir du refroidissement du magma, et serait plus proche de la croûte continentale. Enfin, les chercheurs mentionnent aussi la présence de zircons, extrêmement anciens dans cette zone. Une observation incompatible avec la croûte océanique, car celle-ci est renouvelée en permanence au niveau des dorsales océaniques.

Autre point intéressant : ce petit lopin de croûte continentale serait un reste de la Pangée, le supercontinent qui s’est un jour fragmenté pour donner lieu aux continents tels qu’on les connaît. Une hypothèse en tout cas cohérente, qui permettrait d’expliquer certaines incohérences dans les relevés géologiques de la région.

Un coffre-fort géologique

Il faudra encore valider cette hypothèse. Pour cela, l’équipe de recherche compte trouver des associés pour tester leur théorie, notamment au moyen de forages profonds. Cela demandera du temps et des moyens, mais le jeu en vaut la chandelle. Car en plus d’Icelandia, il pourrait exister de nombreux autres cas similaires; analyser ce cas particulier pourrait nous aider à en identifier d’autres.

Il s’agit d’une information importante, qui dépasse de loin le cadre de la géologie fondamentale. Car la présence d’une croûte non pas océanique, mais continentale a des conséquences très concrètes. C’est elle qui recèle certains des matériaux les plus recherchés par l’espèce humaine. On y trouve notamment des hydrocarbures et des minéraux, dont certains rares. Si l’information est confirmée, Icelandia pourrait donc instantanément devenir un vrai coffre-fort sous-marin; tout le monde s’empressera de réclamer sa part du gateau.

En effet, d’après Futura Sciences, les états ont le droit de revendiquer les surfaces immergées et les ressources qu’elles contiennent… à condition qu’il s’agisse de surface continentale ! C’est donc un dossier scientifique à garder dans un coin de la tête, car il pourrait bien donner lieu à des frictions très concrètes. Le terme géopolitique a rarement été aussi approprié !