Ces toilettes transforment vos excréments en cryptomonnaie

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Par Antoine Gautherie le

Dans une université sud-coréenne, les étudiants sont rémunérés en cryptomonnaie pour leurs déjections, qui sont collectées pour produire de l'énergie.

© Ulsan National Institute of Science and Technology / Cho Jae-weon

Les cryptomonnaies ont pris une place significative dans le paysage numérique ces dernières années. Autour du tout puissant Bitcoin gravitent des dizaines d’autres monnaies, chacune avec ses spécificités. Évidemment, il y en a un certain nombre qui relève du gadget, voire même de l’arnaque pure et dure dans certains cas. Vous avez peut-être entendu parler du DogeCoin, une monnaie parodique chère à Elon Musk, mais sachez qu’il en existe des bien pires.  Ces monnaies douteuses, nos amis outre-Atlantique les surnomment parfoissh*tcoins”; un sobriquet peu flatteur, que la décence nous empêche de traduire, mais qui en dit long sur leur nature.

Mais cela pourrait changer grâce à l’Ulsan National Institute of Science and Technology, en Corée du Sud. En 2017, un de ses professeurs, Cho Jae-weaon, a présenté un concept de toilettes révolutionnaires, baptisés BeeVi. Le concept a récemment été appliqué dans cette université, comme le rapporte Reuters.

Désormais, à Ulsan, au lieu d’être déversées dans les égouts, les déjections sont à la place récupérées dans un méthaniseur souterrain. Cette grande cuve contient des microorganismes dits méthanogènes, qui vont se mettre à produire du méthane une fois privés d’oxygène. Ce méthane est ensuite directement utilisé pour alimenter un fourneau à gaz, un ballon d’eau chaude et une cellule à combustible.

De la cuvette physique au portefeuille numérique

Le système repose sur le fait que l’utilisateur est récompensé de sa contribution en Ggools, une cryptomonnaie créée pour l’occasion. Chaque passage -fructueux- au petit coin rapporte ainsi quelques Ggools. La personne peut ensuite les dépenser directement sur le campus, pour s’offrir différents incontournables de la vie étudiante. Il peut s’agir de livres, de fruits, d’un bol de nouilles, ou du sacro-saint café. L’inventeur explique que ce concept, qu’il baptise Feces Standard Money (Argent Standard des Selles) pourrait être étendu dans d’autres environnements. Une autre définition du “sh*tcoin” !

D’après le Pr. Jae-weon, une personne produit en moyenne 500 grammes de déjections par jour, qu’il est possible de convertir en 50L de méthane. Ce volume peut être transformé en 0.5kWh d’électricité. Selon Reuters, c’est suffisant pour alimenter une voiture électrique sur 1.2 km.

Le vrai aspect bénéfique de cette invention se trouve sur le plan écologique. Premièrement, grâce à son système de pompe, il consomme immensément moins d’eau que les toilettes traditionnelles : environ 0,5 litres, contre plus de 10 litres pour une chasse d’eau standard. De plus, les restes peuvent être utilisés pour produire du fumier. Ce dernier peut ensuite remplacer les engrais issus de l’industrie lourde à l’échelle locale. On économise également toutes les ressources indispensables à la purification des eaux usées, ce qui n’est pas négligeable.

Valoriser les déchets ultimes, un enjeu majeur du combat pour l’environnement

Certes, c’est encore un projet à petite échelle, qui progresse assez lentement. Mais aujourd’hui, tout bénéfice environnemental potentiel, même minime, doit être sérieusement envisagé; ce genre de concept pourrait donc bien avoir de l’avenir. Ce n’est pas une solution simple à mettre en place, puisqu’il faut reconstruire tout le réseau de plomberie. Mais on ne peut pas s’empêcher d’imaginer l’impact que cela pourrait avoir si toutes les collectivités utilisaient des principes de ce genre; il serait intéressant de voir quelle quantité d’énergie une institution pourrait produire en poussant ce concept au maximum.

Et il ne s’agit pas que de déjections : tous les systèmes qui permettent de valoriser des déchets ultimes sont bons à prendre. On peut ainsi tirer quelque chose de positif d’un produit alors qu’il aurait habituellement fallu dépenser des ressources pour le traiter; un petit peu comme les chercheurs qui ont réussi à produire de l’arôme de vanille à partir de plastique. Une philosophie plus d’actualité que jamais, en ces temps de détresse environnementale aiguë.

Source: Reuters