Les géants du e-commerce ont du souci à se faire. Inconnu du grand public au début de l’année, la plateforme chinoise Temu est en passe de devenir l’une des plus populaires du monde. Vantée sur les publicités des free-to-play mobiles ou sur les réseaux sociaux, l’entreprise est devenue en un temps record, l’une des plateformes les plus populaires aux États-Unis.
Une market place globale
Il faut dire que Temu a de solides arguments marketing pour concurrencer AliExpress ou Amazon. Des élastiques pour cheveux en passant par des accessoires de cuisine improbables, des boîtes de rangement ou des vêtements, la plateforme vend de tout, et son catalogue a de quoi donner le tournis. Lancée en septembre dernier aux États-Unis, l’application propose surtout des réductions et des codes promo à la pelle, avec des remises allant jusqu’à 90% des prix affichés.
Même si on sait que les réductions affichées ne sont pas toujours légales lorsqu’il est question de e-commerce, le matraquage marketing et publicitaire de l’enseigne semble avoir fonctionné. En moins de trois mois, Temu s’est hissé en tête des téléchargements au pays de l’Oncle Sam. En février dernier, la marque se paie même le luxce d’une publicité durant la mi-temps du SuperBowl, pour un budget estimé à 7 millions de dollars pour trente secondes de réclame.
Shop like a consommateur compulsif
Avec son slogan “Shop like a billionnaire“, Temu s’inscrit dans la digne lignée des enseignes de fast-fashion chinoises, comme Shein, Wish, Cider ou AliExpress. Son catalogue lui permet toutefois de s’imposer aussi face aux géants du e-commerce plus traditionnels comme Amazon. Après les États-Unis, l’enseigne s’est exportée au Canada, puis en Australie et en Nouvelle-Zélande, avant de débarquer en Europe au mois de mars dernier. Là encore, le succès est au rendez-vous, et l’application compte parmi les plus téléchargées d’iOS et Android chez nous.
Reste que cette énième ode aux achats compulsifs et aux produits de mauvvaise qualité fabriqués en Chine inquiète. D’abord pour son impact environnemental, et sa fâcheuse tendance à gamifier l’acte d’achat, en misant sur des pulsions éphémères et des réductions ultra-agressives pour toucher un public de plus en plus soumis à l’inflation.
Arnaques et malwares
Autre problème récurrent : derrière les réductions et les codes promo, plusieurs clients se seraient plaints de frais de douane supplémentaires, de colis non livrés, ou encore de délais de livraison à rallonge. De son côté, le service client répond aux abonnés absents, rapporte le magazine Time.
Enfin, le succès de Temu poserait déjà de sérieuses questions en termes de respect de la vie privée et des données. Il y a tout juste quelques semaines, une plateforme chinoise similaire était supprimée des magasins d’applications iOS et Android pour avoir accédé illégalement aux données biométriques, au Bluetooth ou encore aux informations des réseaux Wi-fi, indique CNBC. Certaines versions de l’application contenaient aussi des malwares.
TikTok is just one app tied to foreign adversaries. Today I directed the state’s Chief Information Officer to ban any application that provides personal information or data to foreign adversaries from the state network. pic.twitter.com/92Im6D9Jgx
— Governor Greg Gianforte (@GovGianforte) May 17, 2023
Pour éviter la moindre déconvenue, l’État du Montana a été le premier à réagir officiellement, en interdisant l’application Temu sur son territoire, au même titre que TikTok, WeChat et Telegram. Cette décision, prise le 17 mai dernier par le gouverneur républicain Greg Gianforte pourrait servir d’exemple, et être suivie dans d’autres régions du pays. En Europe, l’interdiction de Temu n’est pour le moment pas envisagée.