Le principe est déjà utilisé sur certains parkings commerciaux en France. Et en Pologne, Lidl expérimente actuellement une version plus stricte du système, avec 90 minutes de stationnement gratuit et une pénalité en cas de dépassement.
Des plaques déjà lues sur certains parkings français
La technologie n’a rien de futuriste, il s’agit de LAPI, pour “lecture automatisée des plaques d’immatriculation”, également appelée LPR ou ANPR dans les pays anglophones. Une caméra lit la plaque du véhicule à l’entrée, une seconde lecture peut être effectuée à la sortie, puis le système calcule automatiquement la durée de présence.
Cette technologie est déjà présente sur plusieurs parkings commerciaux en France, comme Lidl à Nice et Pierrefitte-sur-Seine, mais aussi Aldi à Lille et Charenton-le-Pont ou encore plusieurs centres commerciaux. À Nice, le fabricant français Survision documente lui-même l’installation de ses caméras LPR sur le parking Lidl, en association avec Scheidt & Bachmann. Le système permet notamment de contrôler l’accès et de réserver les places aux clients du magasin.
Le fonctionnement peut varier d’un site à l’autre puisque certains parkings utilisent encore des barrières, tandis que d’autres peuvent fonctionner sans ticket papier : la plaque devient alors, en quelque sorte, le ticket de stationnement. Sur certains sites, le conducteur bénéficie d’une période gratuite avant de devoir payer un supplément s’il reste plus longtemps que prévu.
Non, ce n’est pas vraiment une amende
C’est une nuance importante car sur un parking privé de supermarché, le dépassement du temps autorisé ne donne pas lieu à une contravention routière classique. Il s’agit d’une pénalité ou d’un tarif supplémentaire prévu par les conditions d’utilisation du parking. La différence n’est pas seulement sémantique puisqu’un automobiliste ne reçoit pas un procès-verbal dressé par les forces de l’ordre, il est soumis au règlement affiché sur le parking et, selon le dispositif retenu, peut devoir régler la somme prévue en cas de dépassement.
Lidl France précise d’ailleurs dans son règlement que ses parkings privés sont soumis aux règles affichées sur place et que les prescriptions particulières doivent être portées à la connaissance des usagers. L’enseigne indique également que des panneaux d’information sont installés aux accès de ses parkings lorsqu’ils sont équipés de caméras.
La Pologne teste une formule plus musclée
C’est en Pologne que le dispositif prend une tournure plus intéressante. Lidl expérimente actuellement la lecture automatique des plaques sur une dizaine de parkings, notamment à Wrocław et Poznań. Le principe est simple, le stationnement est limité à 90 minutes et le système utilise les plaques pour mesurer automatiquement le temps passé sur place.
L’objectif est le même que dans les autres pays où ce type de dispositif existe : empêcher des automobilistes de laisser leur voiture pendant plusieurs heures sur les places réservées aux clients, notamment à proximité de zones commerciales ou de transports.
Mais attention à un chiffre qui circule beaucoup autour de cette histoire. Les 825 euros ne correspondent pas, à ce stade, à une pénalité de Lidl officiellement annoncée en Pologne. Cette somme correspond à un plafond appliqué par Biedronka, une autre grande chaîne de supermarchés polonaise qui utilise déjà des systèmes similaires. Chez cette enseigne, les pénalités peuvent atteindre 3 500 zlotys, soit environ 825 euros. Pour Lidl, le montant exact de la pénalité dans son expérimentation polonaise n’était pas encore fixé aux dernières nouvelles.
Le chiffre de 35 euros est en revanche bien documenté dans d’autres expériences de stationnement surveillé, notamment en Allemagne. En 2024, un retraité allemand avait ainsi reçu une pénalité de 35 euros après avoir dépassé la durée maximale de 90 minutes sur un parking Lidl surveillé par une société privée. Son cas était toutefois particulièrement litigieux car sa voiture avait auparavant été enregistrée sur le même site alors qu’il se rendait dans une salle de sport située à proximité.
Et en France, que peut faire Lidl avec votre plaque ?
La plaque d’immatriculation n’est pas une information anodine. La CNIL considère qu’elle constitue une donnée personnelle lorsqu’elle permet d’identifier indirectement le propriétaire du véhicule. Les dispositifs LAPI sont donc soumis au RGPD lorsqu’ils collectent et traitent ces informations.
Cela implique notamment une obligation d’information des personnes concernées, ainsi que le respect de leurs droits sur leurs données. La CNIL précise également que les durées de conservation doivent être proportionnées à la finalité du traitement. Les règles peuvent donc différer selon que le système sert simplement à gérer un stationnement ou qu’il doit conserver des éléments pour traiter une contestation ou un litige.
Lidl France affirme de son côté que ses parkings équipés de caméras disposent d’une signalétique spécifique aux accès et que les informations détaillées sur le traitement sont accessibles via un QR code. Il est donc plus juste de parler de lecture automatisée d’une plaque signalée par le gestionnaire du parking que de caméra fonctionnant totalement à votre insu.
Ce système pourrait-il devenir la norme ?
Le mouvement est déjà bien engagé; la lecture automatique des plaques permet aux exploitants de supprimer les tickets papier, de fluidifier les entrées et sorties et surtout de contrôler beaucoup plus facilement la durée d’occupation des places.
Pour les enseignes, l’intérêt est évident : une place de parking occupée pendant trois heures par une voiture dont le propriétaire ne fait pas ses courses est une place qui n’est pas disponible pour un client. Les systèmes LAPI permettent de gérer ce problème automatiquement, sans mobiliser en permanence un agent.
En revanche, le modèle polonais montre aussi jusqu’où cette logique peut aller. Plus le contrôle devient automatisé, plus la question du montant des pénalités, de l’information des automobilistes et des possibilités de contestation devient importante.
Pour l’instant, rien ne permet d’affirmer que Lidl prévoit d’importer en France les modalités les plus sévères testées en Pologne. Mais une chose est déjà certaine, sur certains parkings Lidl français, votre plaque peut bien servir de ticket électronique, et le temps passé sur place peut être calculé automatiquement. La caméra n’est donc plus seulement là pour surveiller le parking, elle peut aussi devenir l’élément central de sa gestion.