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Le supervolcan le plus dangereux d’Europe sort de sa torpeur

Pas de panique : rien n’indique que les champs Phlégréens vont entrer en éruption du jour au lendemain… mais il va tout de même falloir surveiller la région de près.

L’Italie abrite plusieurs volcans remarquables comme l’Etna, en Sicile, ou le fameux Vésuve, responsable du cataclysme qui a figé les habitants de Pompéi pour l’éternité. Mais ces derniers temps, c’est un autre nom un peu moins connu du grand public qui attire l’attention des géologues ; ils ont observé des signes d’activité préoccupants du côté des campi Flegrei, ou champs Phlégréens, une zone volcanique proche de Naples.

Cette région, dont le nom signifie « champs brûlants », est un vaste réseau de 24 édifices volcaniques situé à quelques kilomètres de Naples. L’ensemble est considéré comme un volcan ultra-plinien de classe 8 — c’est-à-dire un supervolcan capable de produire des éruptions aux proportions apocalyptiques.

Et ce n’est pas une exagération sensationnaliste ; le terme est d’ailleurs explicitement inscrit dans la définition officielle de l’Indice d’explosivité volcanique, qui classe les éruptions en fonction de leur violence. Pour référence, la terrible éruption du Hunga Tonga qui a impacté la Terre entière en 2022 (voir notre article) n’a atteint qu’un score de 5 sur cette même échelle.

L’éruption du Hunga Tonga, en janvier 2022, a déjà eu des conséquences catastrophiques… et la Terre a encore bien pire en réserve. © NASA Earth Observatory / Joshua Stevens / NOAA / NESDIS

Les supervolcans, une menace sous-estimée

L’éruption d’un supervolcan de classe 8 pourrait donc avoir des conséquences terribles. Sur le papier, il s’agit potentiellement d’une menace existentielle pour l’humanité. Les volcanologues qui s’intéressent à ces scénarios estiment qu’un tel événement pourrait être dévastateur, aussi bien à l’échelle locale que globale.

Une éruption de classe 8 pourrait éjecter des centaines de tonnes de matériel incandescent. De quoi dévaster le terrain à des kilomètres à la ronde. Ces rejets auraient aussi un impact immense sur le climat. Avec des milliers de mètres cubes de soufre et de cendres toxiques déversées dans l’atmosphère, la planète se retrouverait plongée dans un hiver volcanique qui pourrait durer des années. Un tel scénario provoquerait vraisemblablement une extinction de masse, sans parler des conséquences sur les transports, la logistique, et les services de transports à l’échelle de la planète.

Pour les spécialistes, la surveillance des supervolcans comme Yellowstone ou les champs Phlégréens constitue donc une priorité. C’est dans ce contexte qu’à l’automne 2022, une équipe de chercheurs a tenu à tirer la sonnette d’alarme en rappelant que le monde était extrêmement mal préparé à une potentielle super-éruption.

Une croûte plus fragile que jamais

La nouvelle étude, menée conjointement par deux équipes de l’University College London et de l’Institut National de Recherche en Géophysique et Volcanologie (INGV) italien, s’inscrit dans la continuité de ces travaux. Ils ont ausculté les champs Phlégréens, dont la dernière éruption remonté à 1538, afin de déterminer s’ils pouvaient constituer une menace à court terme.

Ils ont commencé par passer en revue de nombreux relevés sismiques et topologiques. Cela leur a permis de déterminer que la zone traversait en ce moment une période d’activité relativement importante. Depuis le mois d’avril, la région a été secouée par plus de 600 petits séismes, ce qui constitue un record. Or, pour les volcanologues, il s’agit souvent d’un signal d’alarme, car les activités sismiques et volcaniques sont intimement liées.

Ils ont aussi observé que la ville de Pozzuoli, située près du sommet de l’édifice, s’était élevée d’environ 4 mètres depuis les années 1950. Là encore, c’est une information non négligeable. Cette augmentation de l’altitude peut en effet être liée à l’accumulation de gaz en contrebas. Or, au-delà d’un certain seuil, la pression peut devenir suffisamment importante pour conduire à une rupture de la croûte, ouvrant ainsi la voie à une éruption.

Les chercheurs ont ensuite intégré tous ces paramètres à un modèle informatique. Cela leur a permis de simuler l’intensité des contraintes mécaniques qui s’exercent sur le volcan. Et les résultats se sont avérés un tantinet préoccupants. Le modèle suggère en effet que la croûte sous les campi Flegrei n’a jamais été aussi proche de céder ; à l’heure actuelle, sa résistance aurait chuté de deux tiers par rapport à la dernière estimation, qui date de 1984.

Le principe de précaution face à l’incertitude

Mais les chercheurs insistent aussi sur le fait qu’il n’y a pas encore de raison de céder au catastrophisme. Il ne faut pas en déduire qu’une super-éruption cataclysmique va rayer l’Italie de la carte d’ici peu. Pour le moment, les chercheurs n’ont pas trouvé de signe explicite d’une éruption imminente.

Et même si cela venait à arriver, il ne s’agirait pas forcément du début de l’Apocalypse. Certes, le potentiel destructeur des champs Phlégréens est immense. Mais un sacré alignement des planètes serait nécessaire pour qu’il puisse générer une éruption de classe 8.

Il faudrait en effet que du gaz et du matériel volcanique aient pu s’accumuler dans plusieurs chambres presque entièrement hermétiques pendant de très longues années. Et fort heureusement, c’est relativement improbable connaissant la taille de l’édifice. D’après les chercheurs, le scénario le plus probable reste celui d’une éruption modeste, limitée à une partie du supervolcan.

Une éruption du Mont Sinabung, en Indonesie. © Yosh Ginsu – Unslpash

Malgré ces précisions rassurantes, les chercheurs rappellent aussi que la probabilité d’une éruption cataclysmique n’est pas entièrement négligeable pour autant. Le message est clair : il va impérativement falloir surveiller les champs Phlégréens comme le lait sur le feu.

« C’est la même chose pour tous les volcans qui sommeillent depuis des générations. Les champs Phlégréens pourraient s’installer dans un nouveau cycle de gonflement, puis d’affaissement, comme on le constate sur d’autres volcans, mais il pourrait aussi se rendormir complètement », explique Srtefano Carlino, chercheur à l’Observatoire du Vésuve. « Nous ne pouvons pas encore affirmer ce qui va se passer avec certitude. L’important, c’est d’être préparé à toutes les issues possibles. »

Le texte de l’étude est disponible ici.

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Source : EurekAlert

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