Depuis 2022, le gouvernement américain affiche sa volonté de changer d’approche sur sa gestion des OVNI — ou plutôt PANI, pour Phénomènes Aériens Non Identifiés, la nouvelle dénomination officielle aux États-Unis. Après avoir maintenu un silence radio complet sur le sujet pendant plus d’un demi-siècle, plusieurs audiences publiques devant le Congrès ont eu lieu l’année dernière (voir notre article).
L’objectif revendiqué de cette démarche est de briser un “cercle vicieux de secret excessif et de spéculation” qui ne bénéficie ni au gouvernement, ni aux chercheurs, ni aux éventuels lanceurs d’alerte. Mais le Département de la Défense, qui gère ces questions sensibles, reste muet comme une tombe. Le Pentagone refuse quasi-systématiquement de communiquer à ce sujet, et son dernier rapport public était aussi vide que peu concluant (voir notre article).
Dans ce contexte, une nouvelle audience a eu lieu hier, le 26 juillet, à Washington. Son intitulé : “Anomalies non identifiées : implications pour la sécurité nationale, la sécurité publique et la transparence du gouvernement”. Et si aucune nouvelle information particulièrement intéressante n’était ressortie des premières audiences, celle-ci a été un tantinet plus mouvementée, retour sur cet épisode qui fait les gros titres de la presse américaine aujourd’hui.
Des observations “ni rares, ni isolées”
Plusieurs témoins se sont exprimés lors de l’audience. Les deux premiers étaient Ryan Graves et David Fravor, deux anciens aviateurs de l’US Navy qui avaient rapporté des rencontres avec des objets volants au comportement très étrange lors d’un exercice en 2004.
Graves a commencé par indiquer à la commission du congrès que ces observations faisaient presque partie de la routine “Elles ne sont ni rares, ni isolées”, a déclaré l’ancien pilote. “Les pilotes militaires et commerciaux — des observateurs surentraînés dont la vie dépend de leur capacité d’identification précise — témoignent fréquemment de ces phénomènes”.
Il insiste aussi sur le fait que malgré les récentes initiatives de ramener les observations de PANI dans le débat public, ces événements font encore l’objet d’un tabou important. Selon Graves, cela dissuade souvent les pilotes d’en faire part à leur hiérarchie. “Ça décourage les témoins et réduit les pilotes au silence par peur de subir des répercussions professionnelles”, explique-t-il. “Et cette situation est aggravée par le fait que le gouvernement remet régulièrement en question la crédibilité de ces témoignages”.
Un tabou contre-productif
C’est un point qui avait déjà été largement abordé lors des précédentes audiences. Les instigateurs de cette démarche d’ouverture expliquaient que la véritable priorité n’est même pas de déterminer la nature exacte de tous ces objets, puisqu’il n’y a de toute façon pas suffisamment de preuves tangibles.
Le vrai objectif, c’est avant tout de lever ce tabou contre-productif. En substance, le raisonnement est simple ; si l’on se contente d’envoyer paître ceux qui présentent ce genre d’observations, on prend aussi le risque de passer à côté de certains éléments importants.
En effet, au-delà du scepticisme scientifique qui reste évidemment fondamental en l’absence de preuve, la plupart des témoignages d’OVNIs sont aujourd’hui accueillis avec une sorte de dédain systématique. De nombreux éléments potentiellement importants pourraient ainsi passer à la trappe sans recevoir l’attention qu’ils méritent. Une situation qui pourrait avoir des conséquences importantes en termes de défense et de sécurité de l’espace aérien.
“Puisqu’il s’agit d’un domaine qui intéresse fortement le public, tout secret malvenu serait un obstacle à la résolution du mystère. Cela pourrait aussi nous empêcher de trouver des solutions à des vulnérabilités potentielles”, expliquait le sénateur André Carson en mai dernier.
Le témoignage détonnant de David Grusch
Mais le témoignage qui intéressait le plus la commission était sans conteste celui de David Grusch, un vétéran décoré qui est notamment passé par les services de renseignement du Pentagone. Et pour cause : il a gratifié le public de quelques déclarations fracassantes. Il a surtout affirmé que le gouvernement était en possession d’un “vaisseau spatial intact”, et même de “matériel biologique” d’origine “non-humaine”.
L’un des membres de la commission a commencé par lui demander s’il avait connaissance de “programmes aérospatiaux avancés” qui existeraient en dehors des canaux officiels. Grusch a répondu en confirmant l’existence de tels programmes, en dehors de la supervision du Congrès. Il a déclaré avoir été mis au courant d’un “programme de récupération et de rétro-ingénierie d’ OVNI ” qui durerait depuis plusieurs décennies, dont l’accès lui aurait été refusé.
Il explique que cet épisode l’a poussé à enregistrer une plainte en tant que lanceur d’alerte sur la base d’informations qui lui ont été fournies par des “individus fiables, avec des états de service impeccables”, sous forme de “photographies, de documents officiels et de témoignages oraux classifiés”.
Des engins et du matériel biologique ?
Dans la foulée, il a jugé “inexactes” les déclarations précédentes d’un responsable du Pentagone qui affirmait que le gouvernement américain n’avait “aucune preuve d’intelligence non humaine”.
En réponse à la question “y a-t-il déjà eu une campagne de désinformation active de la part du gouvernement des États-Unis pour nier l’existence de certains PANI ?”, Grusch a répondu de manière catégorique, mais assez évasive. Il a confirmé l’existence d’une telle campagne, mais a ajouté qu’il ne “pouvait rien ajouter au-delà de ce qui avait déjà été publiquement exprimé”.
Un troisième membre de la commission, visiblement pas satisfait de sa réponse, a cherché à en savoir davantage en faisant référence à ses déclarations précédentes. “Vous avez déclaré que les États-Unis avaient un vaisseau spatial intact en leur possession. Vous avez dit que le gouvernement détenait des corps d’extraterrestres […] Avez-vous vu ce vaisseau ou ces corps ?”
Là encore, Grusch s’est partiellement défaussé. “Ce n’est pas quelque chose que j’ai observé moi-même”, a-t-il répondu. Mais il a tout de même persisté en affirmant à nouveau que du “matériel biologique” avait bel et bien émergé de certaines de ces récupérations d’OVNI.
Une autre membre de la commission a insisté, lui demandant de préciser s’il faisait référence à du matériel humain ou non humain. “Non humain”, a-t-il répondu sans hésiter. “C’est la conclusion des gens directement impliqués dans le programme à qui j’ai parlé”, a-t-il précisé.
Au-delà des spéculations complotistes, un vrai problème de transparence
Il convient de rappeler que l’objectif du Congrès n’est en aucun cas de déterminer si certains de ces phénomènes non identifiés sont imputables à des extraterrestres. Le vrai enjeu de cette audience, c’est de mettre en évidence le manque criant de transparence du gouvernement américain sur la question des phénomènes aériens non identifiés.
“C’est une question de transparence gouvernementale”, a déclaré le membre du congrès Tim Burchett, l’un des instigateurs de l’audience. “Nous ne parlons pas de petits hommes verts ou de soucoupes volantes ; nous cherchons simplement des faits.” “Le public a le droit d’en savoir plus sur ces technologies d’origine inconnue, cette “intelligence non humaine” et ces phénomènes inexplicables”, a renchéri son collègue Jared Moskowitz.
Le témoignage de Grusch semble confirmer que le Département de la Défense a effectivement déployé des efforts considérables pour brouiller les pistes par rapport aux phénomènes étranges observés par de nombreux pilotes. Est-ce simplement une manière de mettre une chape de plomb sur des informations militaires sensibles, ou y a-t-il anguille sous roche ? Pour le moment, le mystère reste entier.
Car en l’état, il est tout simplement impossible de confirmer ou d’infirmer ou ses propos à l’encontre du gouvernement américain. Même s’il a témoigné sous serment, il ne prend finalement que très peu de risques avec ces accusations ; la seule façon d’y voir clair serait d’accéder aux documents classifiés du Département de la Défense américain — et il n’y a pas la moindre chance que cette institution offre un accès libre à ses archives à moins d’y être contrainte, ce qui a peu de chance d’arriver.
Il sera donc très intéressant de suivre la suite de cette affaire. D’autres audiences de personnes impliquées sont prévues lors des mois à venir, et peut-être qu’une d’entre elles fera émerger des éléments de preuve concrets et tangibles. Ce qui est sûr, c’est que la question des OVNI n’a pas fini de déchaîner les passions.