Vous voulez ralentir le réchauffement climatique ? Diminuez votre consommation de viande. L’idée est logique, simpliste et régulièrement brandie comme une nécessité par les écologistes. Elle vient d’être confirmée par un récent rapport du RAC (Réseau Action Climat), qui fédère des associations environnementales, et la Société Française de Nutrition, parue ce mardi 20 février.
Les Français mangent trop de viande
À la lecture de ce rapport, on découvre que les Français mangent en moyenne 900 grammes de viande par semaine, soit un peu mois de 47 kg par an et par personne. Le chiffre est énorme, bien au-dessus de la moyenne mondiale, située à 36,3 kg par an. Or, cette consommation excessive de viande coûte cher à la planète : 60% des émissions de gaz à effet de serre en France proviennent de l’élevage animal, indique le dernier rapport du Haut Conseil pour le climat publié l’année dernière. Limiter notre consommation de viande pourrait ainsi permettre d’atteindre une réduction d’au moins 50 % de nos gaz à effet de serre à l’horizon 2050.
Limiter sa consommation de viande aurait aussi des conséquences notoires pour la santé. Consommés en excès, la viande rouge et les produits carnés transformés augmentent considérablement les risques de maladies cardiovasculaires et de diabète de type 2. Aujourd’hui, l’OMS (Organisation mondiale de la santé) recommande de ne pas dépasser les 500 grammes de viande par semaine, et d’éviter les excès de charcuterie comme de viande rouge, au profit de viandes plus maigres.
Manger des légumes ne suffira pas
À la lecture de l’étude, on comprend que diviser par deux notre consommation de viande pourrait avoir un impact important sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre en France. Une bonne nouvelle pour la France, qui vise la neutralité carbone (soit une diminution de l’émission des gaz à effet de serre couplée à une compensation des émissions générées). En réalité, les choses sont un peu plus compliquées.
Selon Benoit Granier, responsable alimentation du Réseau Action Climat, les recommandations du RAC sont à recontextualiser. Au micro du Huff Post, il explique : “réduire de 50 % la consommation de viande permettrait d’atteindre les objectifs climatiques français du secteur agricole”. On est donc très loin de l’émission carbone française totale, qui englobe tous les secteurs agricoles, industriels et particuliers.
Concrètement, réduire par deux notre consommation de viande ne permettra pas de diminuer de moitié les émissions totales de la France en matière de CO2 (estimées à 406 millions de tonnes par an). Cela permettra en revanche de diviser par deux les émissions provenant de l’élevage animal, ce qui est loin d’être négligeable. Adopter un régime flexitarien constitue donc un premier pas vers la neutralité carbone, mais cela ne sera pas suffisant : le transport (environ de 30 % de nos émissions de CO2), l’énergie (11 %) ou encore l’industrie (18 %) constituent, eux aussi, des pôles très importants d’émissions de gaz à effet de serre.
Au final, viande ou pas ?
Stopper (ou au moins diminuer) sa consommation de viande ne sauvera pas la planète, mais c’est une étape indispensable à la transition énergétique. L’année dernière, le rapport du Haut Conseil pour le Climat tirait d’ailleurs de conclusions similaires : pour atteindre nos objectifs environnementaux à l’horizon 2025, il est nécessaire de réduire de moitié les émissions du secteur agricole. Or, cette transition ne sera rendue possible que par une prise de conscience collective, avec la diminution de 30% de notre consommation animale.
L’étude du RAC préconise notamment “davantage de fruits et légumes, de légumineuses, de fruits à coque et de produits céréaliers complets qu’aujourd’hui, avec une consommation modérée d’œufs et de produits laitiers, et une forte diminution des produits gras, sucrés et/ou salés“, et tend à exclure progressivement la viande, mais aussi les produits laitiers.