Selon Reuters, la chine vient de mettre en service une installation assez remarquable : d’après ses concepteurs, il s’agit de la plus grande centrale photovoltaïque au monde.
Cette ferme solaire basée dans le désert de la province du Xinjiang se distingue d’abord par ses proportions XXL : elle recouvre une surface d’environ 800 km². Forcément, cela se traduit par une production d’énergie absolument démentielle. Sur le papier, l’installation de 5 GW devrait générer plus de 6 milliards de kWh par an. Pour remettre ce chiffre en perspective, cela représente l’équivalent de la consommation d’un pays comme la Côte d’Ivoire sur la même période, si l’on se réfère aux données de WorldData.
Wow
— Elon Musk (@elonmusk) June 3, 2024
C’est d’autant plus impressionnant que ce chiffre tient compte des différents facteurs qui impactent négativement les performances de ces fermes solaires. Pour commencer, les cellules photovoltaïques deviennent de moins en moins efficaces lorsque la température augmente. Dans la capitale régionale Ürümqi qui est située à quelques encablures, la température moyenne annuelle tourne autour de 7,5 °C, ce qui est assez bas pour garantir un rendement annuel très correct. En revanche, au pic de l’été, le mercure peut grimper très vite. En juillet 2023, la ville de Sanbao a par exemple dépassé les 52 °C. Dans de telles conditions, le rendement chute déjà de façon substantielle.
Il faudra aussi composer avec la poussière qui est sans cesse soulevée par les vents dans ce type d’environnement. L’efficacité chute très rapidement lorsque la surface en est recouverte, même partiellement. Les opérateurs devront donc prendre soin de nettoyer chaque panneau très régulièrement.
La Chine, leader paradoxal de l’énergie verte
La mise en service de cette centrale consolide le statut du Xinjiang, un haut lieu des énergies renouvelables. En plus du photovoltaïque, cette immense région très faiblement peuplée est aussi parsemée de nombreuses fermes éoliennes, et le gouvernement prévoit d’y construire d’autres énormes installations de ce genre sur les prochaines années.
Plus largement, cela cimente aussi la domination de la Chine dans le domaine du solaire. Selon les analystes de la firme britannique Ember, en 2022, le pays de Xi Jinping était déjà largement en tête dans ce domaine. Ses 428 TWh représentaient environ ⅓ de la production d’énergie solaire mondiale — plus du double des États-Unis, en 2e position, et environ 20x plus que la France, au 12e rang à cette époque. Et l’écart s’est encore creusé depuis.
Le gouvernement espère que ces initiatives permettront d’inverser une tendance qui a valu de nombreuses critiques à la Chine depuis des années. À ce jour, il s’agit toujours du premier producteur de dioxyde de carbone de la planète, avec 25 à 35 % des émissions globales en fonction des sources. Pourtant, le gouvernement compte inverser la courbe d’ici 2030, et même atteindre la neutralité carbone d’ici 2060. Un objectif incroyablement ambitieux, mais pas forcément irréaliste. Selon Interesting Engineering, au rythme actuel, le net zéro pourrait être atteint avec cinq ans d’avance. Un pronostic encore assez hasardeux, mais qui illustre bien cette dynamique remarquable.