Un amendement gouvernemental, déposé le 8 avril, propose de limiter l’obligation de ces ZFE, et donc de l’usage effectif de la vignette, aux seules métropoles de Paris et Lyon. Résultat : dans une cinquantaine d’agglomérations de plus de 150 000 habitants, l’obligation légale pourrait disparaître, laissant aux collectivités le choix de maintenir ou non leurs restrictions de circulation.
Plusieurs députés de droite et d’extrême droite avaient d’abord voté, en commission, la suppression pure et simple des ZFE pour l’essentiel des grandes villes, dénonçant une mesure “injuste” pour les artisans et familles modestes, contraints d’acheter des véhicules plus récents pour éviter les amendes. Le gouvernement, pris de court, a préféré recadrer le dispositif plutôt que de l’abroger totalement : seule la capitale et la métropole lyonnaise, régulièrement condamnées par Bruxelles pour leurs pics de dioxyde d’azote, resteraient contraintes d’appliquer une ZFE-mobilité.
La vignette Crit’Air encore là
Concrètement, la vignette Crit’Air, qui classe les véhicules de 0 (propres) à 5 (très polluants), ne disparaît pas. Elle demeure l’outil légal pour hiérarchiser les restrictions de circulation. À Paris, les Crit’Air 4, 5 et non classés continueront d’être interdits en 2025 sur l’ensemble du périmètre intramuros ; à Lyon, la même interdiction s’appliquera aux véhicules Crit’Air 5 et non classés sur la Métropole entière. Dans les autres villes concernées, Rouen, Toulouse, Grenoble, Nice, etc., la balle revient désormais aux élus locaux : ils pourront maintenir leur ZFE, l’assouplir ou la supprimer sans encadrement juridique.
Du côté des maires de communes moyennes, on se réjouit d’une “libération” face à une contrainte jugée coûteuse et socialement discriminante. À l’inverse, plusieurs ONG environnementales, dont Respire et l’Association pour la qualité de l’air, estiment que le couperet gouvernemental risque de fragiliser la lutte contre la pollution, responsable de dizaines de milliers de décès prématurés chaque année en France. “Sans obligation, beaucoup de villes renonceront à leurs ZFE, et nos objectifs de neutralité carbone s’en trouveront compromis”, alerte un expert de l’Agence de la transition écologique.
Sur le plan législatif, le texte amendé doit encore passer en séance publique, après quoi débutera la navette entre l’Assemblée et le Sénat. D’ici là, de nombreuses collectivités s’empressent de préparer plusieurs scénarios : maintien strict, assouplissement ciblé (axes de contournement, horaires, etc.) ou suppression pure et simple de leur ZFE.
À mi-chemin entre exigences sanitaires et contraintes économiques, la réforme en gestation illustre la difficulté à concilier transition écologique et justice sociale. Tandis que Paris et Lyon resteront sous haute surveillance européenne, le sort des autres métropoles dépendra bientôt de choix politiques locaux et, peut‑être, de la pression de citoyens de plus en plus sensibles à la qualité de l’air qu’ils respirent.
🟣 Pour ne manquer aucune news sur le Journal du Geek, suivez-nous sur Google et sur notre canal WhatsApp. Et si vous nous adorez, on a une newsletter tous les matins.