La suspension des principaux sites pornographiques en France en début de semaine, marque le début d’un combat à l’issue incertaine. Depuis des mois, le gouvernement français entend réguler l’accès aux plateformes X, sous couvert de protection des mineurs. En prévision d’une sanction inévitable et imminente, la maison mère Aylo a pris la décision radicale de bloquer l’accès à Youporn, Pornhub et Redtube en France.
Une rhétorique libertaire
Les déclarations d’Aylo entendent surtout jouer sur la guerre médiatique qui l’oppose à la France. L’entreprise justifie son retrait du marché par le refus de “compromettre la vie privée des utilisateurs” avec des vérifications d’âge jugées inefficaces et liberticides. Sur bien des points, les mises en garde de l’entreprise ne sont pas infondées : les accusations de collecte abusive de données personnelles constituent l’un des arguments majeurs du dossier. Aylo ne veut pas prendre la responsabilité de traiter des données aussi sensibles que les photos ou pièces d’identité de ses utilisateurs, et les craintes d’une pornographie sous surveillance inquiètent les défenseurs des droits.
Cette résistance s’inscrit dans une stratégie plus large : aux États-Unis, le groupe a déjà suspendu ses services dans plusieurs États imposant des contrôles d’âge, tout en dénonçant une atteinte aux libertés.
Oui mais…
L’exploitation des données pose déjà un problème
Une étude de 2019 révèle que 93 % des sites pornographiques transmettent des informations sensibles à des tiers, dont Google, Facebook ou Oracle, sans consentement clair des utilisateurs. Ces pratiques, contraires au RGPD, transforment la sexualité des internautes en matière première commerciale, alimentant des modèles publicitaires ciblés. En Europe, plusieurs chercheurs ont déjà déposé plainte contre le site, l’accusant de violer les règles strictes du RGPD.
Des solutions existent
La décision d’Aylo ignore les solutions techniques existantes, comme le double anonymat promu par la CNIL, qui permettrait de concilier protection des mineurs et respect de la vie privée. En réalité, l’entreprise cherche surtout à éviter les coûts liés à la mise en conformité et les risques d’une baisse de trafic, la France représentant son deuxième marché mondial avec près de 7 millions de visiteurs quotidiens.
De plus, les solutions techniques proposées par Aylo – comme la vérification d’âge au niveau des appareils – ne résolvent pas le problème. Elles se contentent de déplacer la responsabilité vers Apple, Google ou Microsoft.
Le blocage ne sert à rien ?
Il fallait s’en douter, les mesures prises par Aylo n’ont pas empêché les internautes d’accéder à de la pornographie gratuite. L’usage des VPN explose depuis quelques jours, et il faut bien se rendre à l’évidence : même avec le blocage, l’accès aux sites pornos persiste – cette fois dans un cadre moins sécurisé.
L’idée selon laquelle les internautes vont subitement se tourner vers les plateformes payantes pour consommer de la pornographie — ce qui permettrait de faire une pierre deux coups, en assurant une juste rémunération des travailleurs et des travailleuses du sexe en ligne, tout en garantissant l’interdiction aux mineurs est belle, mais elle n’est pas magique. Loin de défendre les internautes (et notamment les mineurs), la décision d’Aylo favorise plutôt la migration vers des plateformes clandestines, moins regardantes sur la modération des contenus et la protection des données.
La défense des libertés numériques par les géants du porno en ligne relève davantage de l’opération de communication que d’un engagement éthique. En refusant toute régulation contraignante, les géants du X préservent un modèle lucratif fondé sur l’exploitation des données et l’accès non contrôlé, au détriment de la protection des mineurs, et des travailleurs et travailleuses du sexe.
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