Au dernier épisode d’une série noire qui commence à prendre des proportions cauchemardesques, l’immense Starship de SpaceX est à nouveau parti en fumée.
L’incident a eu lieu dans la nuit de mercredi à jeudi sur le site de la Starbase, dans le sud du Texas. SpaceX était en train de procéder à une batterie de tests destinés à préparer son dernier Starship en date pour un dixième vol d’essai très attendu, dans un contexte où l’entreprise a essuyé plusieurs revers cuisants depuis le début de l’année.
Pour rappel, cela fait déjà huit mois que le deuxième étage du véhicule – le Starship lui-même – n’a plus connu un vol nominal, sans incident technique majeur. La dernière fois, c’était à l’occasion du 6e vol, en novembre 2024 ; il avait rallumé ses moteurs dans l’espace pour la première fois après un décollage rondement mené, avant de venir s’écraser dans l’océan comme prévu.
Trois échecs consécutifs
Ce vol très prometteur était aussi le dernier du Starship Block 1, l’ancien modèle qui a depuis été remplacé. Son successeur, le Block 2, était censé marquer un vrai tournant dans la feuille de route de l’entreprise. Notamment grâce à plusieurs améliorations structurelles, un réservoir de carburant étendu et de nouveaux éléments de protection thermique, entre autres.
Mais le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il a donné bien des maux de tête aux ingénieurs depuis sa prise de poste. Son baptême de l’air, à l’occasion du 7e vol d’essai, s’est soldé par une explosion due à un problème structurel complexe. Le 8e vol s’est terminé de façon tout aussi abrupte, quand SpaceX a été forcée de lancer la procédure d’autodestruction suite à une perte de contrôle. Et pour faire honneur au vieil adage “jamais deux sans trois”, il a subi une fuite de carburant en plein milieu de son 9e vol, forçant là encore les opérateurs à appuyer sur le bouton rouge.
Autant dire que les troupes d’Elon Musk étaient sous pression avant le 10e vol d’essai, prévu dans un futur relativement proche. Il fallait absolument éviter une nouvelle explosion pour offrir un premier succès au Starship Block 2, et remettre le programme sur la bonne voie.
La série noire du Block 2 continue
La bonne nouvelle, c’est que le Starship n’a pas explosé en vol. La mauvaise… c’est qu’il est parti en fumée avant même d’avoir eu l’occasion de décoller, lors d’un simple test de mise à feu statique.
Pour référence, ces tests de mise à feu statique consistent simplement à procéder à une mise à feu des moteurs pendant que le véhicule reste ancré au sol. Cela fait partie de la routine en amont des lancements ; c’est simplement une manière de s’assurer que le système de propulsion fonctionne comme prévu avant le jour J. Ce nouveau Starship aurait donc dû passer le test sans problème, sachant que trois de ses six moteurs avaient déjà été testés avec succès en début de semaine.
Mais c’est tout l’inverse qui s’est produit : le Ship 36 a été pulvérisé par une explosion absolument spectaculaire. Les images sont aussi éloquentes qu’impressionnantes ; sur cette vidéo capturée par NASASpaceFlight, on observe un flash extrêmement intense qui a duré plusieurs secondes, avant de laisser la place à une immense boule de feu.
ANOMALY! Just before Ship 36 was set to Static Fire, it blew up at SpaceX Masseys!
Live on X and YT:https://t.co/GPjZIX1Zyd pic.twitter.com/CfZhDeSGae
— NSF – NASASpaceflight.com (@NASASpaceflight) June 19, 2025
Au-delà de la perte du véhicule, la principale question qui reste en suspens concerne l’état du banc d’essai. Il est tout à fait possible qu’il ait été endommagé par l’explosion.
Cette hypothèse n’a pas été confirmé officiellement à l’heure actuelle, et repose surtout sur des témoignages de riverains impressionnés par la violence de l’explosion. Il faudra donc attendre une mise au point officielle pour en savoir plus. Mais le cas échéant, il s’agirait d’un coup dur pour l’entreprise ; en fonction de l’ampleur des dégâts, les réparations pourraient demander plusieurs semaines, voire des mois de travail aux équipes techniques, avec tout ce que cela implique pour le calendrier de la firme.
Une stagnation qui n’augure rien de bon
Ce qu iest sûr, en revanche, c’est que le Starship Block 2 va encore devoir patienter un certain temps avant de fêter sa première victoire. Et pendant ce temps, l’entreprise accumule un retard qui commence à devenir plus que préoccupant pour ses partenaires. On pense notamment à la NASA et à Artemis, son ambitieux programme de reconquête de la Lune.
Le Starship doit jouer un rôle central dans la troisième mission du programme, celle qui aura la lourde responsabilité de ramener des astronautes sur notre satellite pour la première fois depuis l’ère Apollo. Sans le mastodonte de SpaceX, l’agence sera donc forcée de repousser cette échéance encore davantage, avec toutes les difficultés logistiques et économiques que cela implique. Une perspective évidemment très ennuyeuse pour l’agence, comme l’avait déjà souligné l’ancien administrateur Bill Nelson.
Dans ce contexte déjà difficile, ce nouvel incident va encore accentuer la pression qui pèse déjà sur SpaceX. Plus que jamais, l’entreprise va être attendue au tournant . Elle va absolument devoir régler les problèmes de son Starship Block 2 dans les plus brefs délais pour s’extraire de cette phase de stagnation hautement problématique, ce qui sera tout sauf un jeu d’enfant au vu de la tendance actuelle.
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