Après avoir reçu le feu vert de la FAA quelques jours auparavant, SpaceX s’apprête désormais à procéder à un nouveau vol d’essai de son immense Starship ce 27 mai. Voici ce qu’il faut savoir avant ce lancement crucial, dans un contexte où l’entreprise traverse une période plutôt tumultueuse.
Si ce 9e vol est particulièrement attendu, c’est notamment parce que les résultats n’ont pas été satisfaisants depuis l’introduction du Starship Block 2, la dernière version du lanceur, à l’occasion du 7ᵉ vol d’essai. Pour rappel, ses deux premiers décollages (les 7ᵉ et 8ᵉ vols) se sont soldés par une désintégration catastrophique du véhicule, suite à différents problèmes techniques, notamment au niveau des fameux moteurs Raptor. À ce jour, ce nouveau modèle n’a toujours pas réussi à boucler une mission, et SpaceX va donc devoir faire mentir le célèbre dicton « jamais deux sans trois » pour repartir sur des bases solides.
Le programme de ce 9ᵉ vol s’annonce relativement chargé, et les ingénieurs vont en profiter pour réaliser une myriade de tests différents. Pour commencer, SpaceX prévoit de recycler un booster Super Heavy. Le véhicule est en effet construit autour du booster utilisé lors du 7ᵉ vol d’essai, en janvier dernier.
À lui seul, ce point rend déjà le vol très important. La capacité à réutiliser ce matériel à plusieurs reprises est en effet l’un des piliers de la stratégie de SpaceX. Ce n’est qu’avec cette approche que l’entreprise d’Elon Musk pourra s’approcher du rythme de lancement infernal souhaité par le PDG (SpaceX a récemment reçu l’autorisation de procéder à 25 tirs par an depuis la Starbase, contre 5 auparavant). Montrer que cet immense booster est capable de survivre à deux vols consécutifs serait déjà un grand pas dans cette direction. Il sera donc intéressant de voir comment ce premier étage va se comporter lors de cette deuxième sortie, notamment en ce qui concerne le système de propulsion. Les moteurs Raptor seront particulièrement scrutés par les équipes techniques, car c’est précisément à cause de la défaillance de l’un de ces propulseurs que le 8ᵉ vol s’est soldé par une explosion spectaculaire.
En plus de ce recyclage, le véhicule aura fort à faire lors de ce 9ᵉ vol. Il ne s’agira pas seulement de faire un aller-retour à la frontière de l’espace. Plusieurs tests importants sont également prévus en cours de route, et SpaceX espère que ce couple Starship–Super Heavy sera capable de réussir là où ses deux prédécesseurs ont échoué.
Un booster Super Heavy recyclé
Le premier test important arrivera juste après la séparation entre les deux étages, et il concerne une étape critique de chaque tir de fusée : la séparation.
Pour rappel, depuis le 3ᵉ vol, SpaceX a décidé de mettre en place une procédure appelée hot staging. Elle consiste à procéder à la mise à feu du 2ᵉ étage avant même que les deux parties ne soient physiquement séparées. Cela permet d’éviter un temps mort dans l’ascension et, par extension, d’économiser une quantité significative de carburant.
Cette procédure est rendue possible par un adaptateur spécialisé ; il est doté d’évents qui permettent aux gaz d’échappement du deuxième étage de se frayer un chemin à travers la structure jusqu’à la séparation.

Ces fameux évents vont jouer un rôle central dans le prochain test. Certains d’entre eux vont être volontairement bloqués, de façon à pousser le booster dans une direction bien précise pendant qu’il se désolidarise du deuxième étage. Cela évitera au Super Heavy de pivoter dans une direction aléatoire et, à terme, cela devrait grandement simplifier la procédure de récupération. Il convient toutefois de noter que cette fois-ci, SpaceX n’a pas l’intention de capturer le véhicule à l’aide de sa tour de lancement ; il terminera sa course dans le golfe du Mexique.
Le deuxième test se déroulera un peu plus tard, après la conclusion de la phase de poussée qui permet au booster de reprendre le chemin de la surface. Cette fois, il va aborder la descente avec un angle d’attaque plus agressif. En théorie, cela devrait générer davantage de friction avec l’atmosphère, permettant au booster de ralentir davantage ; il y aura donc besoin de conserver moins de carburant pour l’atterrissage en lui-même, un avantage conséquent au niveau logistique. Mais cela signifie aussi que la structure sera soumise à des contraintes mécaniques plus importantes, et il sera donc intéressant de voir comment ce Super Heavy recyclé y répondra.
Le dernier test du booster portera sur la partie propulsion. Un des trois moteurs centraux va être volontairement désactivé, générant ainsi une asymétrie dans la poussée. Cela permettra aux ingénieurs de travailler sur une procédure d’urgence qui consiste à moduler le débit des autres moteurs pour compenser cette « défaillance » et rééquilibrer la poussée, afin de conserver le contrôle du véhicule en cas de panne partielle.
Starship : des tests structuraux et de déploiement
Pendant ce temps, l’étage supérieur, c’est-à-dire le Starship en lui-même, va aussi faire l’objet de plusieurs tests. En premier lieu, SpaceX va tenter de rallumer un des moteurs du Starship à très haute altitude — une capacité indispensable pour ouvrir la voie à des manœuvres orbitales complexes.
Son prédécesseur, le Starship Block 1, y était déjà parvenu lors du lors du 6ᵉ vol en novembre 2024. L’objectif sera de répliquer cette opération avec le Starship Block 2, afin de montrer qu’il est lui aussi prêt à effectuer des opérations en orbite comme le déploiement de matériel.
Dans la foulée, le véhicule va d’ailleurs tenter de déployer une série de huit simulateurs de satellites Starlink. Si ces deux tests apportent satisfaction, le Starship se rapprochera considérablement de ses premières missions opérationnelles.
Enfin, le Starship va subir d’autres tests structuraux et thermiques. Il va être placé sur une trajectoire particulièrement exigeante pour les ailerons, qui vont être soumis à des contraintes mécaniques importantes afin de tester leur résistance. Plusieurs tuiles du bouclier thermique vont également être retirées pour vérifier comment le Starship peut encaisser les températures dantesques de la rentrée atmosphérique dans des conditions suboptimales. Tous ces tests permettront aux ingénieurs de collecter des données précieuses pour éviter des accidents à l’avenir.
Comment suivre le vol ?
La fenêtre de tir s’ouvrira dans la nuit du mardi 27 au mercredi 28, aux alentours de 1h30 (heure française). Comme à l’accoutumée, la tentative de lancement sera diffusée en direct par le compte X de SpaceX ou sur le site de l’entreprise, à cette adresse.
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