Quelques jours après le lancement (modeste) de son service de robotaxi à Austin, Tesla a dévoilé une vidéo impressionnante : un Model Y quittant seul la Gigafactory Texas pour rejoindre, sans chauffeur ni opérateur à distance, l’adresse de son nouveau propriétaire à une quinzaine de kilomètres de là. Le trajet, d’environ 30 minutes, traverse des axes majeurs comme l’Interstate 35 et un quartier animé de la ville.
Une livraison sans personne au volant, vraiment ?
Elon Musk, fidèle à son habitude, a réagi sur X (anciennement Twitter) avec un sobre « Kapow », en affirmant qu’aucune « télécommande » humaine n’avait été utilisée pendant cette démonstration. Selon lui, la voiture aurait tout géré elle-même, grâce à la technologie de robotaxi embarquée au départ, puis via le mode « Full Self-Driving (Supervised) » standard en cours de route. Ce dernier reste, malgré son nom, un système nécessitant légalement l’attention d’un conducteur humain… même en son absence.
La voiture apparaît dans la vidéo comme parfaitement à l’aise dans la circulation, elle respecte les limitations de vitesse, gère les intersections et les entrées d’immeuble. Le beau temps est de la partie, et aucun incident n’est visible. Pour les fans de la marque, cette démonstration est la preuve que l’autonomie complète est à portée de main. Certains internautes ont même salué un moment « historique», un « jalon qui redéfinit notre rapport au temps et à l’espace ». Rien de moins !
Bon. Gardons la tête froide. Car derrière cette mise en scène léchée se cachent plusieurs zones d’ombre. D’abord, la transparence : rien ne permet de vérifier si un opérateur n’a vraiment jamais eu la main, même brièvement. Tesla traîne un passif sur le sujet, comme cette vidéo promotionnelle de 2016 aujourd’hui reconnue comme truquée.
Ensuite, la fiabilité du système. La semaine même de cette livraison spectaculaire, les robotaxis de Tesla ont connu plusieurs incidents à Austin : freinages d’urgence inexpliqués, manœuvres dangereuses, virages manqués. La National Highway Traffic Safety Administration (NHTSA) s’est déjà penchée sur ces comportements, notamment après que des voitures ont ignoré des signaux d’arrêt ou des mannequins d’enfants dans des tests récents.
Autre sujet d’inquiétude : que se passe-t-il si une Tesla autonome se trompe de route, tombe en panne ou provoque un accident ? À ce jour, le constructeur n’a pas détaillé de procédure claire pour les interventions à distance, ni pour la récupération de véhicules bloqués. Le périmètre de livraison n’est pas non plus précisé, tout comme les conditions météo dans lesquelles ce type de trajet serait réalisable — les systèmes de Tesla reposent sur des caméras, et non sur des capteurs plus robustes comme le LIDAR.
Enfin, il reste la question de la légalité. Les réglementations varient d’un État à l’autre, et aucun cadre fédéral n’encadre pour l’instant ce type de livraison autonome. Qu’il s’agisse de la responsabilité en cas d’accident ou de l’interaction avec les services d’urgence, tout cela reste bien flou.
🟣 Pour ne manquer aucune news sur le Journal du Geek, suivez-nous sur Google et sur notre canal WhatsApp. Et si vous nous adorez, on a une newsletter tous les matins.